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7 avril 2015

Le manque de WC publics: une fatalité?

Dans bien des villes, le nombre de toilettes est insuffisant. Parce que leur entretien s’avère trop coûteux. Et si les communes romandes s’inspiraient de l’exemple de Bienne qui a lancé, en partenariat avec des restaurateurs, le concept «Toilettes accueillantes»?

Une pancarte avec toilettes écrits dessus photo
Dans bien des villes, le nombre de toilettes est insuffisant. (Photo: Getty Images)

Ces dernières années, nombre de toilettes publiques ont été fermées dans nos villes. Pour cause d’économie! Du coup, quand le besoin urge, il devient difficile de trouver un lieu d’aisance et il n’est ainsi pas rare que le badaud doive se replier dans un bar, un café ou un restaurant pour pouvoir se soulager.

Confrontés à semblable situation, les Allemands ont trouvé une solution originale pour pallier ce manque cruel de commodités: le «Nette Toilette», soit un partenariat entre collectivités et restaurateurs. En fait, ces derniers s’engagent à mettre gratuitement et sans obligation de consommer leurs WC à disposition du public et ils reçoivent en contrepartie des communes une indemnité à titre de compensation pour le nettoyage et l’entretien de leurs petits coins.

Les Romands à la traîne

Aujourd’hui, près de deux cents cités germaniques ont adopté à satisfaction ce système. Et des localités suisses ont suivi leur exemple. Notamment Thoune, Lucerne et tout récemment Bienne qui a lancé le concept «Toilettes accueillantes» à la fin du mois de mars (lire entretien ci-contre). Dans la cité seelandaise comme ailleurs, l’on reconnaît les bistrots qui jouent le jeu à l’autocollant rouge et noir qu’ils arborent sur leur devanture.

Berne et Aarau semblent également prêts à s’investir dans un tel projet. Quant aux villes romandes, elles continuent soit de fermer petit à petit leurs édicules publics, soit de les entretenir à grands frais…

«Cela fait de la pub aux cafés et restaurants qui participent»

Barbara Schwickert, conseillère municipale biennoise (Les Verts) photo.
Barbara Schwickert, conseillère municipale biennoise (Les Verts).

Barbara Schwickert, conseillère municipale biennoise (Les Verts).

En 2014, la ville de Bienne a fermé toutes ses toilettes publiques pour faire des économies…

Oui, c’était une décision du conseil de ville, de notre parlement, pour économiser 200 000 francs, soit le montant annuel budgété pour le nettoyage et l’entretien de seize toilettes publiques.

C’est si cher que cela d’entretenir et de nettoyer des WC?

Cela peut paraître énorme comme montant. Mais au centre-ville, il faut nettoyer ces toilettes au minimum une fois par jour. Elles doivent être propres si l’on veut que les gens les utilisent.

Cette décision de supprimer ainsi les lieux d’aisance n’a, semble-t-il, pas fait l’unanimité?

Effectivement, nous avons eu pas mal de réclamations suite à ces fermetures et je comprends qu’une partie de la population ait réagi de la sorte.

Au point d’ailleurs que vous avez dû faire marche arrière!

Absolument. Le conseil de ville nous a accordé pour 2015 la moitié du budget d’avant, soit 100 000 francs. Cela a permis de rouvrir sept toilettes publiques.

Et pour compléter l’offre, vous avez eu l’idée de reprendre un concept baptisé «Toilettes accueillantes»…

Oui, avec le solde du budget alloué, nous finançons ce projet de «Toilettes accueillantes». En Allemagne, où le concept est né, quelque deux cents communes ont introduit ce système avec beaucoup de succès. Ici, en Suisse, c’est encore assez rare… Thoune l’a, par exemple, adopté et nous avons donc repris le système que cette commune a mis en place il y a maintenant un peu plus d’une année.

Du coup, il y a autant de toilettes qu’avant à disposition des Biennois et des hôtes de passage, mais ça vous coûte deux fois moins cher!

C’est exact.

Pourrait-on alors imaginer de supprimer les toilettes publiques et collaborer avec encore davantage de cafetiers-restaurateurs?

Théoriquement, oui. Mais il y a des endroits où il n’y a justement pas de restaurants à proximité. Sur notre territoire, je pense, par exemple, au Parc municipal ou à la plage de Vigneules. Là, une offre publique est nécessaire!

Outre les économies que réalise ainsi la ville de Bienne, quels sont les autres avantages de ce partenariat?

Certains restaurateurs tolèrent que des gens utilisent leurs toilettes sans rien consommer chez eux. D’autres pas. Ce système permet à mon sens d’éclaircir la situation et c’est déjà positif. Ensuite, ceux qui jouent le jeu signent un contrat avec la ville et reçoivent 1000 francs par année comme participation aux frais d’entretien et de nettoyage de leurs WC. Et enfin, comme l’a montré l’expérience allemande, il y a des gens qui, par le biais de ce concept «Toilettes accueillantes», découvrent de nouveaux établissements et reviennent pour y boire ou y manger. Les retombées sont difficilement mesurables, mais cela fait clairement de la pub aux cafés et restaurants qui participent.

Ce projet sera poursuivi jusqu’à la fin de l’année à titre de phase pilote. Et ensuite?

Eh bien, on tirera un bilan de cette première expérience pour voir s’il est nécessaire de densifier encore un peu cette offre. Pour ma part, je pense que quelques adresses de plus, ça serait sans doute pas mal…

En définitive, les toilettes publiques, c’est un véritable serpent de mer pour les communes, non?

Vous avez raison. A Bienne, cela faisait des années que l’on discutait de fermer en tout cas une partie de nos toilettes publiques, c’était donc un problème récurrent. Je sais que Berne et Aarau réfléchissent à l’éventualité d’adopter le concept «Toilettes accueillantes». Oui, oui, il semble bien que ce soit un sujet!

Auteur: Alain Portner