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2 mars 2015

Le mariage pour tous, de la fiction à la réalité?

Un sondage montrant qu’une majorité nette de Suisses y sont désormais favorables et une initiative parlementaire validée au Conseil national: le train semble en marche.

Deux homosexuels se marient photo
La voie vers un mariage pour tous en Suisse semble dégagée. (Photo: Getty Images)

La voie vers un mariage pour tous en Suisse semble dégagée. C’est d’abord la commission juridique du Conseil national qui approuve par 12 voix contre 9 une initiative parlementaire des Verts libéraux. Laquelle demandait que toutes les unions juridiques soient ouvertes à tous les couples, indépendamment de leur orientation sexuelle.

Les couples de même sexe pourraient ainsi se marier et les couples hétérosexuels avoir recours au partenariat enregistré. C’est ensuite le PDC qui retire de son initiative sur l’égalité fiscale une définition trop traditionnelle du mariage conçu uniquement comme l’union entre un homme et une femme. C’est enfin la publication dans la presse dominicale d’un sondage commandé par l’association Pink Cross et faisant ressortir que désormais une large majorité de Suisses est favorable au mariage pour tous.

On semble donc pouvoir faire l’économie des débats houleux, des marches et contre-marches revendicatrices, du climat d’invective et de quasi guerre civile, qui ont marqué l’adoption du mariage pour tous chez nos voisins français. Des oppositions certes demeurent, notamment du côté d’une UDC disant ne pas comprendre que le «PDC se distancie de sa notion claire et nette du mariage comme communauté d’une femme et d’un homme».

D’autres relèvent que le parte­nariat enregistré est déjà bien suffisant, puisqu’il garantit les mêmes droits qu’un mariage pour les couples hétérosexuels. A quoi le conseiller national Guillaume Barazzone (PDC) rétorque en invoquant «le statut juridique d’une minorité».

«IL S'AGIT AVANT TOUT D'UNE QUESTION D'ÉGALITÉ DEVANT LA LOI»

Mehdi Künzle, co-président de Pink Cross photo.
Mehdi Künzle, co-président de Pink Cross.

Mehdi Künzle, co-président de Pink Cross.

Avez-vous été surpris par les résultats du sondage que vous avez commandé et montrant qu’une large majorité de la population suisse était favorable désormais au mariage pour tous?

Oui et plutôt agréablement. Même pour nous il n’était pas vraiment clair que les réponses iraient dans ce sens. Ce qui montre qu’il est toujours difficile de deviner ce que pensent les gens avant qu’on leur ait demandé leur avis.

Avez-vous une explication à ce large plébiscite en faveur du mariage homosexuel?

Sans doute que le nombre important de débats sur le sujet ayant déjà eu lieu, en Suisse comme à l’étranger, a dû jouer un rôle déterminant. Les gens ont compris qu’il s’agissait d’une question d’égalité face à la loi, d’une égalité de droits entre tous les citoyens et non pas d’une question d’institutions ou de traditions religieuses. Les Suisses, je crois, ne veulent pas d’un pays où cohabiteraient des citoyens de première zone et des citoyens de seconde zone, avec des lois spécifiques pour les uns, et d’autres lois pour les autres.

Un argument souvent mis en avant contre le mariage pour tous est de dire que le Pacs garantit déjà les mêmes droits pour les homosexuels...

Certes la loi dite du partenariat enregistré est quasi similaire au mariage mais elle se résume principalement et surtout socialement pour les personnes LGBT à un concept de «triangle rose» qu’on mettrait sur les gens pour savoir s’ils sont homosexuels ou hétérosexuels. S’ils sont mariés ce sont des hétérosexuels et s’ils sont en partenariat ce sont des homosexuels. Or les discriminations que subissent les gens se rencontrent souvent dans le milieu du travail, ou quand on cherche un appartement. Dans ces situations le partenariat fait clairement apparaître deux types de citoyenneté.

Le rapprochement est souvent fait entre mariage et adoption. Qu’en est-il en réalité? Les deux revendications sont-elles liées?

En Suisse ne peuvent adopter à l’heure actuelle que les gens mariés ou les célibataires. Bientôt il sera également possible d’adopter l’enfant du partenaire. Pour nous la question centrale concernant l’adoption reste définitivement l’intérêt de l’enfant. Nous ne demandons pas d’ouvrir l’adoption aux homosexuels, il s’agirait plutôt d’avoir une loi qui protège les enfants et fasse que ces enfants aient accès à des parents, à une famille, à un milieu qui les protègent. Que le milieu qui les protège soit hétérosexuel ou homosexuel, d’après toutes les études faites jusqu’à aujourd’hui, cela ne change absolument rien. Nous estimons que deux personnes partenariées sont aussi légitimes pour adopter un enfant qu’un célibataire ou un couple marié.

Avez-vous l’impression que là aussi la population est prête?

On entend différents échos, y compris au sein de la communauté LGBT, il y a des pour et des contres. Notre principal souci, c’est que tous les citoyens aient les mêmes droits et les mêmes devoirs.

La bénédiction d’un couple homosexuel par un prêtre a fait récemment débat, voire scandale. Qu’en pensez-vous?

Le mariage religieux n’est pas notre cheval de bataille. Notre organisation est apolitique et n’a aucune appartenance religieuse. Néanmoins nombre de personnes ressentent ce besoin de conclure un mariage et de le faire justifier par l’Eglise, la Synagogue ou la Mosquée. On commence à entendre au sein des milieux religieux des voix qui se lèvent et assument avec force l’égalité des êtres humains face à leur institution. La bénédiction à laquelle vous faites allusion s’est passée dans le canton d’Uri, dans cette Suisse centrale que les clichés présentent volontiers comme très conservatrice. L’élan de solidarité qui s’est créé autour de ce prêtre était émouvant aussi pour nous, non-croyants.

Auteur: Laurent Nicolet