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21 octobre 2013

Le Mécénat 2.0

Les sites internet de financement participatif cartonnent. Exemple avec Wemakeit.ch, la plateforme leader en Suisse.

Tirelire cochon et clavier
Des artistes préfèrent
financer leurs projets par un soutien direct de leurs fans.

Pierre-Yves Massot, un photographe fribourgeois inventif et un peu poète, cherche Fr. 3000.- pour financer l’édition d’un «essai intimiste» mais pas «égo-centré», livre de photos noir-blanc en forme de voyage intérieur, comme autant de «cartes postales d’un voyage émancipateur». En cinq jours, Fr. 1900.- ont déjà été versés par 30 contributeurs. Comme il en reste 25 à trouver pour boucler son budget, son projet participatif a toutes le chances de voir le jour.

Appelé «crowdfunding», ce type de mécénat volontaire via internet a traversé l’Atlantique et se taille également un joli succès en Europe. Michèle Laroque y a trouvé l’argent de son prochain film, alors que le polar Polisse de Maïwenn y a déjà eu recours. Une entreprise débutante comme un café bio à Zurich, un disque de rock ou un spectacle de théâtre, un film documentaire voire une tournée à Cuba: leader du financement participatif en Suisse, le site Wemakeit.ch propose 68 projets selon le même mode qu’Entre Parenthèses, le livre de Pierre-Yves Massot.

Des participants... et non des investisseurs

Créé à Zurich en janvier 2012, la start-up a désormais une antenne romande, ainsi qu’un site jumeau en Allemagne. D’après ses propres chiffres, il se place en seconde position du marché là-bas, alors qu’il est devenu leader en Suisse. En mars dernier, soit après quinze mois d’activités, Wemakeit.ch annonçait le financement réussi de 275 projets de la part de 15 000 «backers» puisque l’on préfère parler ici de «participants» plutôt que d’investisseurs, dans la ligne de l’esprit communautaire accompagnant ce type de soutien qui d’ailleurs brouille un peu les frontières entre l’œuvre et le public.

D’autant que chaque souscripteur est naturellement remercié en obtenant un exemplaire de l’œuvre financée, un billet pour le spectacle ainsi produit, etc. Et que c’est bien la multiplication des petites sommes récoltées grâce au Web qui fait l’intérêt de ce système de fait assez éloigné d’un financement classique par un sponsor privé ou public.

Chaque projet ne dispose que d’un temps limité pour séduire. Le site fonctionne sur le mode du «all or nothing» (tout ou rien): soit la somme désirée est réunie (90% va aux artistes), soit les contributeurs déjà engagés sont remboursés.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Istockphoto,