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27 avril 2015

Le Milan des Milanais

La capitale de la Lombardie a bien plus à offrir que la sainte trilogie shopping-scala-stade de foot. Suivez notre guide d’un jour, Serena Lopizzo, à quelques jours de l’inauguration de l’exposition universelle Milano 2015.

La moderne Piazza Gae Aulenti à Milan.
La moderne Piazza Gae Aulenti à Milan. (Photo: Keystone)

Des pommes et de l’eau. Du sel et du café. Sur le papier, le menu concocté par la Confédération helvétique à l’occasion de l’exposition universelle Milano 2015 n’est guère appétissant. Et surprend les Italiens, plutôt exigeants en ce qui concerne les choses de la bouche et particulièrement intransigeants en matière de petits noirs. Serena Lopizzo, une Milanaise pure souche, ne manque d’ailleurs pas d’éclater de rire à l’annonce du contenu du Pavillon suisse.

Sur le toit du Duomo: en fin de journée, lorsque le marbre de la cathédrale prend des teintes rosées, il vaut la peine de monter sur le toit de cette église mélangeant les styles comme aucune autre. La plus belle vue de Milan.
Sur le toit du Duomo: en fin de journée, lorsque le marbre de la cathédrale prend des teintes rosées, il vaut la peine de monter sur le toit de cette église mélangeant les styles comme aucune autre. La plus belle vue de Milan. (Photo: Keystone)

«Il me semble que la Suisse a mieux à offrir, notamment du chocolat ou des produits laitiers», avance poliment l’étudiante. Il est vrai qu’ici, au niveau du café, la concurrence est plus que vive. Il suffit de se rendre place du Dôme, le centre névralgique de Milan, pour s’en rendre compte. Ici, l’espresso, onctueux et puissant, se boit d’un trait au zinc. Pour ce chef-d’œuvre créé sous vos yeux par un efficace et sympathique barista, il vous en coûtera à peine 1 euro – pour autant que vous restiez debout. Assis, l’addition fera passer Genève ou Zurich pour des villes bon marché...

Serena Lopizzo, étudiante, Milanaise pure souche.
Serena Lopizzo, étudiante, Milanaise pure souche. (Photo: Marc Antoine Messer)

Ainsi ragaillardis, nous voici prêts à partir à la découverte de Milan. Toutefois, nous laisserons le flot de touristes parader sous les galeries Vittorio Emanuele II, magnifiquement restaurées pour Milano 2015, avant qu’ils ne filent en direction du Quadrilatero D’Oro, ce quartier célèbre pour être le paradis du shopping et l’enfer du porte-monnaie. De notre côté, nous prenons la direction de l’ouest.

En quelques pas seulement, nous passons du XIXe siècle flamboyant au XVe plus sombre. Voici la place des Marchands, l’ancien centre de la ville et ses palais moyenâgeux. «A la différence de la Grèce ou de l’Egypte qui ont connu de grandes civilisations sur un temps donné seulement, l’Italie n’a jamais cessé de livrer de grandes œuvres, que ce soit durant l’Empire romain, le Moyen Age, la Renaissance ou après, explique Serena Lopizzo. Du coup, le pays croule sous l’héritage de l’histoire et peine à tout restaurer.»

Admirer la Cène

Une fresque qui est par contre au centre de toutes les attentions, du fait de sa très grande fragilité, est celle du réfectoire du couvent de Santa Maria delle Grazie situé à quelques centaines de mètres de là. C’est là que Léonard de Vinci a peint l’un des chefs-d’œuvre de l’humanité: La Cène. Pour admirer le dernier repas du Christ, une réservation faite au préalable sur internet est indispensable. Problème: les places disponibles sont plus que rares étant donné que les tour-opérateurs squattent quasiment tous les créneaux-horaires et que seule une poignée de privilégiés peuvent entrer par jour dans le couvent.

Je conseille toujours à mes amis de se rendre sur place même s’ils n’ont pas de billets. Avec un peu de chance, ils bénéficieront d’un désistement de dernière minute. Paradoxalement, c’est le moyen le plus fiable pour espérer voir cette fresque qui est réellement magnifique.»

la basilique Saint-Ambroise au très bel autel d’or carolingien et aux impressionnantes mosaïques du Ve siècle est bien plus facile d’accès pour les touristes.
La basilique Saint-Ambroise au très bel autel d’or carolingien et aux impressionnantes mosaïques du Ve siècle est bien plus facile d’accès pour les touristes. (Photo: Keystone)

Située plus au sud, la basilique Saint-Ambroise au très bel autel d’or carolingien et aux impressionnantes mosaïques du Ve siècle est bien plus facile d’accès pour les touristes. Pour celles et ceux qui veulent s’y marier, c’est une autre histoire. «Toutes les grandes familles milanaises veulent que leurs enfants se marient ici, car saint Ambroise est le patron de la ville. La liste d’attente est donc très longue, explique Serena Lopizzo. Certains couples essaient alors de dépasser d’autres amoureux par des moyens pas très catholiques. Ils n’hésitent pas ensuite à se vanter d’avoir célébré leurs noces ici, par snobisme.»

Après une pause désaltérante auprès d’un drago verde, comme surnomment les Milanais ces innombrables petites fontaines publiques couleur sapin crachant de l’eau fraîche de la gueule d’un dragon, nous poursuivons notre route en direction du sud pour atteindre les Navigli. Les deux canaux, seuls rescapés du système hydrique qui quadrillait Milan jusqu’au XIXe siècle, invitent à la détente. Certes, le quartier est moins branché depuis une quinzaine d’années, il n’empêche: il est très agréable de flâner sur les quais. Le week-end, en journée, des brocanteurs ou des fleuristes installent leur stand dans une ambiance quasiment villageoise. Le soir, à l’heure de l’aperitivo, on se retrouve pour profiter des riches buffets proposés pour le prix d’une consommation. Si l’estomac crie toujours famine, le gourmand aura l’embarras du choix dans le quartier, même à une heure tardive.

Pour la suite, les Milanais se donnent des rendez-vous pour le moins obscurs pour les néophytes. «On se voit aux colonnes», lancent-ils avant de se retrouver le long de la colonnade antique de Saint-Laurent datant du IIe siècle. Un verre à la main, les citadins refont le monde jusque tard dans la nuit.

les deux tours jardins, sortes de forêts verticales signées de l’architecte Stefano Boeri, nous font prendre conscience que les utopies d’hier sont les réalités d’aujourd’hui.
Les deux tours jardins, sortes de forêts verticales signées de l’architecte Stefano Boeri, nous font prendre conscience que les utopies d’hier sont les réalités d’aujourd’hui. (Photo: Marc Antoine Messer)

Un autre quartier est très apprécié des noctambules, celui de la porte Garibaldi, plus au nord. Ici, le lounge du 10, Corso Como et la discoteca Hollywood attirent les célébrités et ceux qui veulent le devenir. La journée aussi, le quartier ultra-branché mérite le détour. Car c’est ici que Milan se montre sous son jour le plus contemporain. Sur la Piazza Gae Aulenti, les gratte-ciel ont catapulté la capitale lombarde, «dynamique, mode et travailleuse», comme le résume Serena Lopizzo, dans le XXIe siècle. Mieux encore: les deux tours jardins, sortes de forêts verticales signées de l’architecte Stefano Boeri, nous font prendre conscience que les utopies d’hier sont les réalités d’aujourd’hui. Du moins à Milan.

Texte © Migros Magazine – Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich