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9 janvier 2012

Malvoyante mais championne

Malvoyante depuis la fin de l’adolescence, Leila Bahsoun a décidé de se réapproprier son corps par le sport de compétition.

Leila Bahsoun assise sur le canapé
Leila Bahsoun ne laisse pas son handicap limiter complètement sa vie.

Pour Leila Bahsoun, la nuit dure depuis longtemps. Depuis ce jour où, à 16 ans, les médecins diagnostiquent une maladie congénitale rare. «Au moment où le couperet est tombé, j’avais déjà 70% de vision en moins. Cette maladie, je ne la voulais pas.» La jeune femme sourit. Rien dans son regard ne trahit son handicap. Et s’il n’y avait pas ce système audio qui lui rappelle ses rendez-vous ou l’aide à consulter ses mails, rien ne permettrait de le deviner.

Se réapproprier son corps, puiser dans sa cécité de nouvelles ressources: elle en a fait un combat. Si aujourd’hui les petites et grandes victoires s’enchaînent, il lui a fallu lutter. «J’étais au gymnase de Bienne. Une fois le choc digéré, j’ai décidé de terminer coûte que coûte. J’ai reçu aussi beaucoup d’aide de mes amis.»

Cette disparition, aujourd’hui quasi totale, a été progressive. «Cela a été un long chemin. Aujourd’hui, mon handicap est une composante de vie.»

Leila Bahsoun a eu son premier petit garçon a 23 ans. «Devenir maman était important. Devenir non-voyante a peut-être juste accéléré les choses.» Comme pour l’activité physique: très sportive, la jeune femme désormais établie dans la banlieue lausannoise se cherche de nouveaux défis. A 31 ans, elle débarque lors d’une séance d’entraînement du Lausanne Natation. Et demande à s’entraîner avec les valides. «L’entraîneur était plutôt surpris, s’amuse-t-elle. Puis, il m’a dit d’essayer et que l’on verrait bien.» Résultat: elle rafle une belle moisson de médailles (dont l’or en 400 m libre et l’argent en 50 m dos) aux derniers championnats suisses de sport handicap. «Le résultat de cinq entraînements de deux heures par semaine», raconte Leila Bahsoun. «Je n’ai pas choisi ce qui m’arrive. Mais j’aime bien ce que j’en ai fait», aime à dire celle qui est aussi vice-dauphine du dernier concours de Miss Handicap.

Quelques mots clés...

Un message
La vie est possible avec un handicap. Si nous expliquons notre réalité, le dialogue avec les valides devient possible, on peut construire des ponts.

Prune, la chienne guide de Leila Bahsoun.
Prune, la chienne guide de Leila Bahsoun.

Un être qui ne la quitte jamais «Prune», ma chienne-guide de 5 ans. Elle est depuis trois ans à mes côtés, et à l’extérieur elle pallie en partie ce sens essentiel qui me fait défaut. Sinon j’ai également appris à développer ma mémoire. Je connais par cœur les horaires de bus, par exemple.

Leila Bahsoun lors d'un championnat suisse de natation (Photo: Georges Cabrera)
Leila Bahsoun lors d'un championnat suisse de natation (Photo: Georges Cabrera)

Un rêve
Je m’entraîne dur pour décrocher ma qualification aux Jeux paralympiques de Londres 2012.

Une belle collection de médailles pour Leila Bahsoun!
Une belle collection de médailles pour Leila Bahsoun!

Un objet
Mes médailles. Je me suis beaucoup entraînée pour les avoir et aujourd’hui la natation m’apporte un bel équilibre.

Une tasse de café. (Photo: Jupiterimages)
Une tasse de café. (Photo: Jupiterimages)

Une boisson favorite
J’aime le café. Je commence chacune de mes journées en en buvant une grande tasse.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: François Wavre