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6 juin 2016

Le moral dans les sandalettes

On connaissait déjà la dépression saisonnière en hiver. Pour certaines personnes, c’est pourtant à l’approche de l’été que leur moral tombe au plus bas.

Illustration humoristique. Une personne dit partir en dépression cet été.
Les vacances d'été ne font pas rire tout le monde.

Les journées s’allongent, les températures grimpent et les grandes vacances approchent à grands pas. Que du bonheur en perspective? Pas pour tout le monde. Une minorité de personnes ne perçoit pas le retour des beaux jours comme une période de réjouissance.

Une tendance qu’observent chaque année les téléphonistes bénévoles de
La Main Tendue:

Si les appels ne sont pas plus nombreux à cette période, on capte quand même, juste avant l’été, une angoisse croissante chez ceux qui nous appellent»,

confirme Yaël Liebking, directrice de la section genevoise du service d’aide téléphonique aux personnes en difficultés. Comment expliquer cette baisse de moral? «Certains affirment clairement détester spécialement cette période de l’année, poursuit-elle. Pour la majorité de la population, l’été est caractérisé par les loisirs et le regroupement familial…

Pour les personnes souffrant de solitude, cette période peut renforcer un sentiment d’exclusion.»

D’autant plus que leur encadrement habituel (thérapeute, tuteur, foyer d’accueil) est parfois absent lors des congés estivaux.

Un contexte qui n’aide pas

Si pour d’aucuns, la période rime avec mélancolie, pour d’autres, elle est particulièrement propice aux conflits. «A l’instar des fêtes de fin d’année, c’est une période où les tensions sont exacerbées dans les familles divisées, indique Yaël Liebking. Par exemple pour les couples divorcés avec enfants qui doivent négocier les droits de visite pendant les vacances scolaires.»

Peut-on dès lors parler de dépression saisonnière? «Ce terme fait référence au léger pic de dépression qui débute dès l’automne et s’achève au printemps, rectifie Martin Preisig, professeur à l’Unité de recherche en épidémiologie et psychopathologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). En été, en revanche, le nombre de dépressions a plutôt tendance à rester stable.»

Pour le psychiatre, ce sont d’abord des facteurs sociaux qui expliquent cette forme de «blues estival». Ce dernier toucherait d’ailleurs essentiellement des personnes qui ont déjà tendance à la déprime. «Une catégorie à risque est constituée par exemple de celles et ceux qui connaissent certaines difficultés à accepter leur corps et craignent donc d’ôter quelques couches de vêtements lors des chaleurs estivales. Un problème déjà latent, qui pourrait être résolu en pratiquant une thérapie.»

La déprime estivale a encore donné lieu à très peu d’études scientifiques. Car pour l’heure, il est impossible de la justifier par des facteurs biologiques, comme le souligne le médecin:

L’été, l’ensoleillement est favorable à notre rythme naturel. Il n’y a donc aucune raison biologique qui expliquerait une baisse de moral»,

Le rôle des températures

Mais qui dit soleil dit aussi chaleur… Ce qui mène parfois à des problèmes de sommeil. Et peut-être, à terme, à une tendance à la déprime? «L’hypothèse est peu plausible. Chez nous, les jours à forte chaleur ne sont pas assez nombreux pour justifier une telle explication… Et puis, c’est dans les régions les plus chaudes – Sud de l’Italie, Portugal, Nord de l’Afrique – que l’on enregistre le moins de dépression au fil de l’an.»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Isabelle Kottelat, Alexandre Willemin

Illustrations: François Maret