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15 avril 2013

Le musicien des cavernes

Fasciné par la préhistoire, Jean-François Guignard s’amuse à fabriquer des instruments de musique paléolithiques. Retour à l’âge de la pierre à La Chaux-de-Fonds.

Jean-François Guignard.
«Je suis simplement heureux d’être vivant. Je me lève à 5 heures tous les matins, je pars en balade pour me réveiller. Et puis je me consacre à la musique pendant cinq heures chaque jour. Il m’arrive même de descendre à la buanderie pour jouer de la flûte sans déranger les voisins.»

La barbe en broussaille, mais l’œil vif, Jean-François Guignard ne vit pas tout à fait à notre époque. Oui, cet instituteur retraité, passionné de musique folk et de préhistoire, s’est entiché de remonter le temps. Et fabrique depuis quelques années des instruments de musique paléolithiques.

Je suis tombé sur un article parlant de la flûte de Neandertal. Et ça a été un déclencheur. J’ai alors eu envie d’en faire quelque chose.

Bricoleur depuis toujours, l’homme se documente et se lance alors dans sa première flûte en os de cerf à cinq trous pour une gamme pentatonique. Avant d’enchaîner avec un lithophone, des arcs musicaux et des vièles primitives.

«On ne sait pas quelle musique les premiers hommes jouaient. Mais ils avaient des arcs pour chasser et sans doute avaient-ils remarqué que la corde tendue faisait un son», explique celui qui n’a pas la prétention d’atteindre une ri­gueur paléontologique. «Ma démarche est d’abord artistique. Et je ne pousse pas le purisme jusqu’à fabriquer mes instruments avec des outils en pierre!» Il choisit néanmoins soigneusement ses matériaux: corne, os, boyaux, bois, cailloux, mais jamais de métal.

«La préhistoire est un miracle humain qui me fascine davantage que la conquête spatiale. Cette puissance d’exister des premiers hommes m’épate. Mis à part la technologie, ils n’avaient rien d’inférieur à nous. Pour moi, on aurait pu en rester là!» Il plaisante à peine, Jean-François Guignard. Qui vit sans voiture et n’achète que ce qu’il ne peut pas fabriquer lui-même.

La passion contagieuse, il a réussi à monter un quatuor des cavernes qui a déjà donné une poignée de concerts. Tambour des origines, sons primitifs et borborygmes pour une musique qui transporte le spectateur à l’aube de son humanité. Et qu’il compte présenter à Tautavel et à Lascaux cet été avec deux concerts dignes de l’âge de la pierre.

Jean-François Guignard en quelques mots

Mes instruments

«J’ai réalisé un lithophone avec des dalles nacrées de la carrière du Gros-Crêt. J’ai également fabriqué plusieurs vièles primitives à deux cordes avec caisse de résonance en corne de vache et manche en noisetier. Et j’ai taillé un grand nombre de flûtes en os, en bambou, en sureau...»

Mes murmures de pierre

«Je sculpte au gré des trouvailles, bois, pierres ou tout ce qui est assez proche d’un état premier. Je fais des assemblages qui tiennent sans colle: deux branches de noisetier, des barreaux à la façon d’une échelle où j’installe des lames de mollasse trouvées dans la région. Sculpter, c’est ma récréation.»

Premier CD

«J’ai eu envie de faire un disque de relaxation. Avec le groupe, on a composé une dizaine de morceaux et on a sorti le CD «Silexus» en 2012. Finalement, on y a mis un ou deux morceaux plus enlevés, puisque les hommes préhistoriques devaient aussi parfois faire la ribouldingue!»

Mon groupe

«Avec ma sœur et deux amies, on a créé le groupe Silexus en 2010. On se réunit tous les dimanches pour jouer. Bien sûr, les instruments conditionnent notre musique. On ne peut pas interpréter un concerto de Bach, mais on peut s’amuser un moment!»

Mon rêve aborigène

«Il m’arrive de prendre les pinceaux et de poser des points blancs sur un fond noir pendant des heures en écoutant de la musique médiévale. Je m’inspire de l’art aborigène. Pour ce peuple premier, ce n’est pas de la peinture abstraite, mais un art très codifié. Moi, quand je peins, j’ai juste l’impression d’être à la bonne place.»

Auteur: Patricia Brambilla