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19 mars 2012

Le patient, coacteur de sa guérison

Tout un chacun est amené à jouer un rôle toujours plus actif face à sa santé. Un changement de donne qui n’est pas sans soulever des questions. Outre-Sarine, un mouvement pour des patients compétents est né.

Dessin d'un patient remerciant à la fois son médecin et son propre reflet dans le miroir
La compétence des patiens ne cesse de s'élargir.

Le médecin n’est pas seulement celui que l’on croit. Si dans les années 60 on n’annonçait pas un diagnostic grave au malade lui-même, le patient d’aujourd’hui est informé de ce qui lui arrive et des traitements qu’on lui prescrit. Bien plus, «il devient un acteur de sa prise en charge», selon les termes de Jacques Cornuz, directeur de la Policlinique médicale universitaire (PMU) de Lausanne.

Dans le cas d’une maladie chronique comme le diabète, des infirmières enseignent aux malades les moyens de la gérer: ça s’appelle l’éducation thérapeutique. En outre, en 2010 déjà, une enquête de satisfaction réalisée à la PMU montrait que près de la moitié des patients souhaitaient être davantage impliqués dans les décisions portant sur leur santé, comme l’écrivaient Jacques Cornuz et ses confrères dans un article de la Revue médicale suisse. Un constat toujours valable aujourd’hui, selon le spécialiste.

J’encourage les patients à explorer toutes les voies qui leur semblent bonnes.
- Jacques Cornuz, directeur de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne

Le partage de la décision entre médecin et patient fait justement partie des outils utilisés dans ce but. Il est appliqué dans le traitement de cancers ou le choix de certains dépistages comme le test PSA pour le cancer de la prostate: son efficacité n’a pas été démontrée, mais s’il s’avère positif, il génère souvent des examens invasifs et coûteux, précise Jacques Cornuz. La démarche soulève pourtant des questions et notamment la crainte des médecins qu’on leur reproche de se décharger d’une part de leur responsabilité professionnelle, relèvent les auteurs dans leur article de la Revue médicale.

A Zurich, un oncologue, lui-même touché par un cancer, va encore plus loin. Gerd Nagel travaille depuis quinze ans sur la compétence du patient, un thème qui s’est aussi développé dans les pays anglophones depuis les années 2000: autrement dit la tendance du patient à assumer davantage de responsabilité individuelle. A partir de son expérience, il a développé un mode d’emploi pour activer ses propres ressources contre la maladie. Il le propose à ses patients. Ce médecin est aussi à l’origine de la Fondation pour la compétence du patient qui a vu le jour sur les bords de la Limmat; les premiers cours d’entraînement des malades viennent d’y être donnés à des professionnels de la santé.

Selon l'oncologue Gerd Nagel, «sans garantie de guérison, c’est ajouter une corde à son arc.»
Selon l'oncologue Gerd Nagel, «sans garantie de guérison, c’est ajouter une corde à son arc.»

«En Suisse alémanique, c’est un mouvement de société de penser que nous avons tous des possibilités d’influer le cours de la maladie», se réjouit Gerd Nagel. D’après son enquête, 98% des patients pensent que pour être guéri, il faut deux médecins: le traditionnel et celui que chacun porte en soi. Et près de la moitié des cancérologues alémaniques estiment que la participation du malade joue un rôle déterminant dans le succès d’une thérapie anticancer.

Le médecin intérieur est fait, selon lui, de l’ensemble des défenses immunitaires d’une personne, de son métabolisme, de sa nutrition, de son activité physique, de sa force, de sa volonté et de ses croyances. L’activer c’est répondre à la question: que puis-je faire pour moi-même, pour m’aider à me battre contre la maladie, à vivre normalement malgré elle? Gerd Nagel aide les patients à dénicher les solutions en eux. Avec comme résultats une qualité de vie meilleure, constate-t-il, moins de complications des chimiothérapies, moins d’effets secondaires et des patients plus actifs.

De meilleures chances de survie d’après une étude

Il n’existe pas d’étude dans la médecine scientifique sur le pourcentage de guérison dû à des patients plus compétents, reconnaît le spécialiste. Qui cite une étude américaine selon laquelle des patients «bien éduqués» ont de meilleures chances de survie avec moins de récidives dans les sept ans. Sans garantie de guérison, faire appel à son médecin intérieur, c’est ajouter une corde à son arc pour Gerd Nagel.

Jacques Cornuz encourage aussi les patients à explorer toutes les voies qui leur semblent bonnes – notamment les médecines complémentaires vers lesquelles se tournent généralement ceux à qui on diagnostique un cancer. «Pourvu qu’ils continuent à adhérer au traitement classique.» Loin d’y être opposés, les patients compétents sont plus coopératifs, affirme Gerd Nagel.

Pour lui, la médecine d’avenir devrait faire une place à de nouveaux professionnels de la santé: des coachs qui entraînent les patients à devenir compétents.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: François Maret (illustration)