Archives
4 octobre 2014

Le péché mignon du Père Niclasse? La chasse!

Rencontre avec un prêtre fribourgeois atypique qui prêche la bonne parole autant biblique que cynégétique.

le Père Hubert Niclasse
Le Père Hubert Niclasse, prêtre dominicain et grand chasseur devant l’Eternel. Photo: Jeremy Bierer

Ce matin-là, des voiles de brume s’accrochent aux flancs du Mont-Gibloux. Au pied de cette chaîne de collines fribourgeoises, un chalet, l’antre du Père Hubert Niclasse, prêtre dominicain et grand chasseur devant l’Eternel. Cet homme de foi et des bois y séjourne chaque année à la même époque, dès l’ouverture de la saison de la chasse.

«Hier, j’ai laissé passer une chevrette, mais j’ai quand même tiré un brocard… Un mâle, ça me gêne moins qu’une femelle, et puis on doit réguler le cheptel, c’est notre rôle.» Ce sexagénaire encore bien vert avoue s’attendrir avec l’âge, avoir toujours plus de peine à abattre un chevreuil. «La chasse, c’est comme l’amour, ça débute par la passion et ça se termine par de l’affection.»

Au commencement était donc la passion, dévorante au point de pousser le jeune novice à traquer le gibier hors des sentiers battus, à braconner. «Oui, appelons ça ainsi, même si je n’en ai jamais fait commerce!» Pour ce personnage au verbe truculent et à l’esprit libre, qui vit mal «dans ce monde où foisonnent les interdits», c’était plutôt un jeu, celui du gendarme et du franc-tireur.

Pris la main dans le collet, il a fait pénitence (dix ans d’interdiction de chasse sur tout le territoire fribourgeois) et est entré dans le rang (dans les ordres, c’était déjà fait). «J’ai coutume de dire que les gens font leur première communion pour en finir avec la religion, se marient pour en finir avec l’amour et prennent un permis pour en finir avec la chasse.» Lui n’en a pas terminé avec son péché mignon comme en témoignent les nombreux trophées accrochés aux murs de son salon. «Ils ne sont pas là par forfanterie, mais pour honorer les animaux que j’ai prélevés!» Car l’art cynégétique pour ce religieux, c’est d’abord et avant tout une communion avec la nature, une fraternité avec ses compagnons d’armes et de battues.

«Ces vieux instincts qui nous font vibrer»

Un retour aux sources aussi. «La chasse révèle les vieux instincts de l’homme, ces vieux instincts qui viennent du fond des âges et qui nous font vibrer. A la voix d’un chien, par exemple, on a l’âme qui s’élève, c’est comme ça.» Le Père Niclasse confesse ressentir également des frissons lorsqu’il célèbre une messe de saint Hubert sonnée à la trompe de chasse.

Alors, quand on traite les membres de sa corporation de viandards et d’assassins, ce juriste (il a fait sa théologie à Fribourg, son droit à Genève et préside le tribunal du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg) prend forcément leur défense: «L’important, c’est le respect dû à l’être vivant. Or, je crois que les chasseurs ont bien compris aujourd’hui que l’on ne peut pas tout tirer, tout massacrer!»

Et le fameux commandement «Tu ne tueras point»!!? «Il ne concerne pas les animaux, il était destiné à la première communauté humaine sédentarisée qui avait besoin d’un ordre juridique pour assurer sa cohésion.» Un ange passe. «Si l’on fait un procès à la chasse, c’est parce qu’on est passé d’une société rurale à une société citadine, et que celle-ci idéalise la nature, la sacralise.»

Selon notre hôte, plutôt rat des champs, les rats des villes ne supportent pas la vue du sang ni l’idée de la mort. En plus, ils ont tendance à succomber à ce qu’il appelle «la tentation d’Eden». «Ils sont à la recherche d’un paradis perdu, d’un endroit où il n’y aurait ni guerre, ni violence, ni chasse. Mais c’est un mythe: la nature n’a jamais été harmonieuse!»

Du coup, il a les «écolos» et Walt Disney dans le collimateur. Les premiers pour les raisons citées plus haut et le second parce qu’il a «humanisé les animaux». «L’animal a son rôle à jouer, il est parfois notre complice, parfois notre concurrent, mais jamais notre égal. L’homme reste au centre de la Création, il est important de rétablir cette hiérarchie.»

Le Père Hubert conclut en mettant un peu d’eau bénite dans son vin de messe: «Il faudrait que l’écologie soit un peu plus humaniste, qu’elle intègre l’être humain dans la nature. Et aussi que les chasseurs développent leur capacité d’émerveillement, deviennent davantage poètes.» A son image?

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner