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6 juillet 2014

Le petit Nicolas remet ça et Valérie Lemercier et Kad Merad aussi!

Après «Le petit Nicolas» en 2009, Valérie Lemercier et Kad Merad renfilent le costume des parents du célèbre garnement, en vacances cette fois. Interview croisée et souvenirs.

Valérie Lermercier, le petit Nicolas et Kad Merad
Après «Le Petit 
Nicolas», en 2009, «Le Petit Nicolas 
en vacances» est la deuxième adaptation cinémato­graphique du personnage de Sempé et Goscinny. (photo: pathéfilms)

L’univers du petit Nicolas vous ramène-t-il à votre propre enfance? Les vacances par exemple...

Valérie Lermercier.
Valérie Lemercier. (photo: Roberto Frankenberg / Moods)

Valérie Lemercier: Oui je revois mes parents et toute la famille, on était quatre sœurs, entassées dans une voiture, dans les embouteillages, toujours à attendre, et sans films à regarder sur une tablette, hein. Alors on comptait les voitures. On comptait les voitures rouges, on comptait les voitures bleues. Sinon, on avait une ferme, à 10 kilomètres de la mer, en Normandie on avait une cabine de plage, on pêchait la crevette, on avait nos affaires qui puaient le sel et le moisi. Mon grand souvenir, c’est le pique-nique le soir sur les galets, les galets bien chauds de l’été, sur la plage.

Kad Merad.
Kad Merad. photo: Jérôme Bonnet/ Moods.

Kad Merad: Moi, ça fumait dans la bagnole. Pas de clim. Qu’est-ce qu’on se faisait chier. Mais on ne pouvait pas faire autrement. Pour les vacances, on allait jusqu’en Algérie en voiture, en Ami 8, avec une remorque, parce qu’on ramenait plein de trucs à la famille. On traversait la France, l’Espagne. On prenait le bateau, on dormait sur le parking du bateau pour attendre d’embarquer à 6 heures, on n’avait pas l’hôtel, on dormait dans des sacs de couchage, dans la bagnole, à six, c’est dingue quand même. J’ai des souvenirs incroyables du bateau, on n’allait pas dans des cabines de luxe, c’était vraiment le Titanic. On arrivait au Maroc, et là on attendait sept heures à la frontière avec l’Algérie, en plein cagnard. ça ne m’a pas traumatisé pour autant.

Vidéo: bande-annonce du Petit Nicolas en vacances

Comment voyiez-vous vos parents à l’âge du petit Nicolas?

VL: Je trouvais ma mère très belle. J’avais comme le petit Nicolas un père qui travaillait et une mère à la maison. Les rôles étaient très définis. Ce n’était par exemple jamais maman qui conduisait.

KM: Jamais! Chez moi non plus. Ma mère ne faisait pas non plus la cuisine. Si, elle nous faisait des poissons panés et des coquillettes. Mon père faisait la cuisine le dimanche et tout ce qu’il préparait alors, ça servait toute la semaine. C’était soit une paella, soit un gros couscous. Sinon pareil que dans le petit Nicolas: le père qui partait bosser très tôt le matin, un peu énervé le soir, son whisky, la télé. On mangeait devant la télé.

VL: Ah, nous on n’avait pas le droit de la regarder.

KM: Une génération où il n’y avait pas trop de psychologie, quoi. On allait pas voir des pédopsy. C’était bam! et tais-toi!

Dans le film, un journaliste pose la question à la maman du petit Nicolas: ça fait quoi d’être une star? Vous répondriez la même chose qu’elle?

VL: Ah non, dans le film je dis n’importe quoi. Et d’abord je ne suis pas une star. Un jour un monsieur voulait me prendre en photo dans un tabac, j’étais tellement mal coiffée, je lui ai dit, s’il vous plaît, non. Il m’a répondu: on est une star ou on ne l’est pas. Je lui ai dit, alors je ne le suis pas.

KM: Moi, savoir que je suis connu de beaucoup de gens, ça me surprend chaque jour, ça continue de me faire marrer. Mais ça ne me dérange pas, parce que ce n’est pas cela ma motivation. Je veux bien avoir du succès, je veux que les gens me comprennent mais pas être une star. Je suis un mec cool, j’essaie d’être le plus normal possible, alors que je sais que les autres ne me voient pas comme ça. C’est ce décalage qui est compliqué à gérer. Je vais le plus possible dans la vie, je vais dans les cafés, mais ce n’est pas toujours évident. Alors qu’on ne fait que du divertissement après tout.

VL:

Ce qui a changé ces dernières années ce sont les photos. Avant, on vous demandait un autographe, et on pouvait parler avec les gens. Maintenant une fois que les gens ont pris une photo, qu’ils l’ont envoyée sur leur compte Twitter ou Facebook, on n’existe plus.

Alors que ce qu’il y a de merveilleux dans le fait d’être connu, c’est de pouvoir parler. Ce que j’adore c’est que les gens me parlent plus qu’à mes sœurs par exemple. Je viens de la campagne, d’un petit village où on était 170. La première fois que je suis allée dans la grande ville qui était Rouen, je me suis dit, quelle chance il y a plein de gens. J’aime rencontrer les gens, les connaître. Mais aujourd’hui les gens ne nous parlent plus.

Comment expliquez-vous que le petit Nicolas, univers sans portable, sans ordinateur, fonctionne encore?

KM: Eh bien justement, c’est pour ça.

VL: Ce qui se passe dans la tête des enfants aujourd’hui n’est pas très différent de ce qui s’y passait autrefois. Tous les enfants ont encore envie de faire des fugues et d’être retrouvés quand même. Les enfants ont toujours des parents, ils vont toujours à l’école et pour la plupart, j’espère, en vacances. Ce sont des passages obligés, qu’on vienne d’un milieu modeste, comme le petit Nicolas, ou non.

ça vous a fait plaisir de retrouver ces personnages cinq ans après?

VL: J’étais contente de pouvoir rentrer encore dans les robes du premier...

KM:

Moi aussi! Ce qui était plaisant surtout, c’était un scénario qui nous laissait quand même une grande place à nous les adultes.

VL: Les vacances du petit Nicolas, par rapport au premier, ce n’est plus seulement l’affaire des enfants. Dans celui-ci, nous ne sommes pas que des parents mais aussi un homme et une femme, avec des problèmes d’homme et de femme, on est un couple, avec des défauts, et donc aussi des qualités, des êtres de chair, avec des tentations. J’étais contente quand j’ai vu qu’on m’avait mis une scène où je devais danser. Déjà dans le premier, la maman du petit Nicolas a envie de plus. Envie d’avoir une belle robe, de conduire, de s’émanciper. Là elle devient une diva. Bon, ça ne dure qu’une nuit.

Dans le livre de Sempé et Goscinny, la mère n’a pas une grande place et vous avez hésité à accepter le rôle...

VL: C’est sûr dans le livre, on la voit avec un tablier, elle fait des gâteaux, c’est tout. Même dans le premier film, tout ce qui concerne la mère a été rajouté. Le tournage du premier s’était tellement bien passé et puis la perspective de retrouver Kad...

KM: On s’entend très bien.

VL: On s’amuse plus que les enfants.

Vous avez utilisé votre expérience de père pour ce rôle?

KM: Sans doute inconsciemment. Je ne suis pas non plus le plus grand préparateur de rôle du monde. Je m’immerge pas trop. Disons que j’ai plus pensé à mon père à moi qu’au père que je suis aujourd’hui. Certes la relation avec l’enfant est plus facile du fait que j’en ai un qui en plus a l’âge du rôle. Mais quand même j’ai plus été inspiré par les vieilles photos de mon père. Il était très élégant, très bien habillé, toujours des photos près de la voiture, avec les enfants à côté.

Et vous Valérie Lemercier, vous vous êtes inspirée de votre mère?

VL: Non au départ plutôt des publicités pour les arts ménagers, avec la femme toujours impeccable, très dessinée, avec le mixer, le grand sourire, le bonheur d’avoir du matériel pour se faire aider à la cuisine. Dans celui-ci, c’est encore autre chose: je ne suis même plus assise à la place du mort, mais carrément à l’arrière avec le petit, parce qu’il y a mémé. Etre la fille d’une mère qu’on est obligé de se coltiner.

Les femmes ont toujours le dernier mot, c’est un peu le message du film non?

KM: Malheureusement. Non, non! Mettez plutôt: heureusement. Ah j’en aurais à raconter sur ce sujet. Au final, c’est vrai que les femmes sont plus fortes. De toute façon, on n’a pas le choix. Oui c’est comme ça. J’essaie de ne pas y penser.

VL: C’est aussi ce que vit le petit Nicolas sa petite copine décide de tout.

Y a-t-il des difficultés particulières à tourner avec des enfants?

KM: En fait non. Les enfants étaient tellement bien encadrés, tellement bien préparés. Et puis, en France, légalement, ils ne peuvent tourner que quatre heures par jour. Il y avait donc quatre heures de grande concentration autour d’eux. Laurent Tirard, le réalisateur, est très bon avec les enfants, il sait leur parler.

VL: Moi ils me faisaient de la peine, je les voyais partir, ils avaient des chapeaux, des casquettes, des peignoirs. Ils n’avaient pas le droit de bronzer, pas le droit de jouer au foot, pour éviter les accidents et les coups de soleil. Pour eux, ce n’était pas des vacances. Nous, quand le tournage se terminait, on pouvait aller se baigner.

KM: En plus ils devaient faire leurs devoirs. Mais c’est quand même agréable de tourner avec des enfants, c’est frais, les enfants, ça vous dit des choses qu’on ne vous dit jamais. Par exemple, qu’est-ce que tu joues mal dis donc!

VL: J’adore ça.

© Migros Magazine - Laurent Nicolet

Photographe: Laurent Nicolet