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26 août 2013

Le pharaon Toutankhamon fait escale à Genève

Les trésors de Toutankhamon comme vous ne les avez jamais vus. Une grande exposition qui reconstitue dans les moindres détails le tombeau de l’ancien roi d’Egypte est à découvrir à Palexpo jusqu’en janvier 2014.

L'anti-chambre du tombeau de Toutankhamon et un amoncèlement d'objets en or.
Toutankhamon a été doté de tout ce qu’il lui fallait pour son voyage dans l’au-delà. Une grande partie des objets est regroupée dans l’antichambre.

L’aventure débute face à une grande stèle sombre: la célèbre Pierre de Rosette, conservée au British Museum de Londres (lien en anglais). Son emplacement en tout début d’exposition ne doit rien au hasard puisque le morceau de roche, découvert en 1799 par les troupes de Napoléon, marque le début de l’égyptologie moderne.

A sa surface est gravé un même texte en deux langues: en égyptien ancien et en grec ancien. Un bilinguisme qui a permis de décrypter les hiéroglyphes et de comprendre ainsi le sens de ces anciens textes restés mystérieux depuis plus d’un millénaire.

Dès le 20 septembre 2013, Palexpo hébergera dans son antre l’exposition Toutankhamon, son tombeau et ses trésors. Sur près de 4000 mètres carrés, quelques 1000 répliques des objets funéraires du célèbre pharaon seront savamment et soigneusement mis en scène.

Des répliques? Oui, car la plupart des pièces originales sont jugées aujourd’hui trop fragiles pour voyager à travers le monde. Mais ces copies ne signifient pourtant pas que des désavantages pour les visiteurs. «Notre exposition est la seule possibilité de découvrir autant d’objets du tombeau de Toutankhamon en un seul lieu, nous explique Christophe Stolz, producteur et chef du projet. Et aussi d’apprécier les œuvres de plus près, sans vitrine, et de pouvoir les prendre en photo!»

Un vrai chef-d’œuvre artisanal pour un noble plagiat

Même l’œil expert d’un égyptologue aurait bien du mal à faire la distinction entre ces répliques grandeur nature et les pièces originales. «Tous les objets ont été fabriqués à la main dans un atelier au Caire, poursuit Christophe Stolz. Les matériaux utilisés sont les mêmes que pour les originaux.»

Un travail méticuleux de cinq années, entourés de près par des scientifiques allemands et britanniques (voir en particulier dès 1 min. 30). Et qui aura permis de retrouver d’anciennes techniques de fabrication que l’on ne maîtrisait plus depuis des siècles.

Reconstitution du visage du pharaon.
En 2005, le visage du jeune pharaon a été reconstitué sur la base d’un scan en 3D de la momie et des 1700 photos en résultant.

La deuxième œuvre n’est autre qu’une grande statue du plus célèbre des pharaons. Ses traits, encore adolescents, rappellent que le roi d’Egypte est monté sur le trône à l’âge de 8 ans, pour mourir dans des circonstances mystérieuses avant d’avoir atteint la vingtaine.

«Le jeune âge du pharaon et son court règne explique en partie la popularité du personnage aujourd’hui encore, indique Florence Maruéjol, égyptologue et ambassadrice scientifique de l’exposition. Mais c’est surtout son fabuleux trésor qui lui a forgé une telle renommée.»

Un peu plus loin, dans une grande pièce sombre, le public est invité à se mettre dans la peau de l’anglais Howard Carter lors de l’ouverture du tombeau le 29 novembre 1922. Le scientifique avait percé un petit orifice dans la porte encore scellée, découverte après des années de recherches infructueuses dans la Vallée des Rois. Une lampe électrique au bout du bras, ses yeux apercevaient les premiers trésors tel qu'il le relèvera plus tard dans son journal:

De l’or, partout le scintillement de l’or.

Un empilement bien ordonné sublime l’obscurité

La lumière s’allume lentement dans la salle. Carter avait bien décrit la scène. Nous voici face à la première pièce du tombeau, une antichambre regroupant déjà plus de 600 objets plus somptueux les uns que les autres. Lits dorés avec têtes d’animaux sculptées, sceptres et coffres richement décorés, trône majestueux, chars de cérémonies recouverts d’or et statues de toutes formes… Tous sont disposés comme au jour de leur découverte grâce aux croquis et aux notes d’Howard Carter et aux clichés de son photographe, Harry Burton.

Howard Carter se penche sur une statue creuse du sarcophage et enlève la poussière avec un pinceau- A ses côtés, un collaborateur local.
Howard Carter et un collaborateur, ici en 1923 en Egypte, se doutaient-ils déjà de la portée de leur découverte?

Dans la pièce suivante, c’est la salle du sarcophage qui est reconstituée. Entre les quatre murs décorés par de grandes fresques, une chapelle recouverte d’or occupait près de l’ensemble du volume de la pièce. Un sceau intact était encore apposé sur les portes lors de la découverte du tombeau. Personne ne les avait franchies depuis plus de trois mille ans.

A l’intérieur de cette chapelle, une autre chapelle… Puis encore une autre et une autre... Ces quatre chapelles gigognes, toutes couvertes d’or, renfermaient un sarcophage en roche rouge. Ce dernier contient trois riches cercueils imbriqués les uns dans les autres. Dans le dernier, en or massif, repose enfin la momie du pharaon. Sa tête et ses épaules recouvertes par le célèbre masque d’or, devenu symbole de la richesse et la puissance de l’Egypte antique.

Dix pièces maîtresses mises en avant

Anubis vu de profil, allongé sur un coffre en or.
Anubis est le gardien du royaume des défunts.

Chaque objet est présenté à double dans l’exposition, ce qui permet d’examiner de plus près encore une fois tout le trésor. Des objets eux aussi scrupuleusement reproduits d’après les originaux. «Les hiéroglyphes qui recouvrent chacune des chapelles ont été minutieusement vérifiés par des égyptologues», indique Florence Maruéjol.

A travers vidéos et photos d’archives, les visiteurs sont aussi amenés à en savoir plus sur la découverte du tombeau et le long travail qui a suivi pour transporter tous ces objets jusqu’au Nil. Et à en avoir le cœur net à propos de cette fameuse malédiction qui aurait frappé pas moins de vingt-sept personnes ayant foulé le sol du tombeau, dont Lord Carnarvon, le commanditaire des fouilles.

«Rien de sérieux dans ces hypothèses, rassure Florence Maruéjol. Cela prouve surtout l’excitation médiatique dans le monde entier qu’avait suscitée cette fabuleuse découverte.» Voilà qui rassurera les futurs visiteurs de l’exposition à Genève.

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Getty Images, Semmel Concerts/LDD