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16 novembre 2015

Le plus amusant des Suisses

Hadi Barkat, fondateur et patron de la société Helvetiq, a conquis le pays avec ses jeux de société, livres, et autres créations originales. Une success story qui se poursuit aujourd’hui sur les marchés étrangers.

Hadi Barkat photo
Lorsqu’il a créé «Helvetiq», son premier jeu, Hadi Barkat était loin de s’imaginer qu’il allait se retrouver plus tard à la tête d’une véritable entreprise.

«On fait une petite partie?» C’est ainsi que l’on reçoit les invités chez Helvetiq à Lausanne, jeune entreprise spécialisée dans les jeux de société. Le patron et fondateur Hadi Barkat est fier de présenter sa toute nouvelle création, Grand Tour Switzerland. Sur le grand plateau de carton, une carte de la Suisse et ses 26 cantons. Le but est de récupérer plusieurs objets répartis à travers tout le pays. Pour progresser, il faudra répondre correctement à des questions, du style: «Quels cantons relie le col du Nufenen? Quels cantons traversez-vous pour rejlier en ligne droite Delémont à Sarnen? Dans quel canton sont produites le plus de pommes?»

Alors que certaines énigmes donnent sérieusement du fil à retordre, le jeune entrepreneur se montre lui incollable… Peut-être parce que le jeu sort tout droit de son imagination, en collaboration avec le concepteur de jeux Sébastien Pauchon.

Certaines réponses font appel à nos connaissances, d’autres exigent de faire preuve de rapidité,

en cherchant des informations sur le plateau de jeu, explique-t-il. Ce qui permet à tout le monde d’y trouver du plaisir!» Une seconde boîte a été créée en parallèle, proposant cette fois-ci de partir à la découverte du continent européen jusqu’en Russie.

Inspiré de faits réels

La petite entreprise n’en est pas à son coup d’essai. L’histoire a débuté en 2008 avec un premier jeu, Helvetiq, sorte de Trivial Pursuit basé sur la Suisse, où les joueurs sont amenés à faire carrière en politique, d’abord dans leur commune, pour siéger finalement au Conseil fédéral. Un concept qui a germé dans la tête d’Hadi Barkat alors qu’il était en pleine procédure de naturalisation. «Je me suis aperçu qu’il n’existait aucune solution ludique pour développer ses connaissances de la Suisse. J’ai voulu combler cette lacune», se souvient cet Algérien d’origine, débarqué en Suisse en 1995 dans le but de suivre une filière en informatique à l’EPFL.

Ce détail qui fait la différence

A sa grande surprise, les 3000 premiers exemplaires trouveront très rapidement preneurs. Le projet, à la base non commercial et qui était censé s’arrêter après cette première création, s’est donc poursuivi pour donner naissance à la maison d’édition actuelle. L’entreprise, implantée à Lausanne et Bâle, compte aujourd’hui sept employés fixes. «Chacun est amené à partager ses idées et à tester les jeux. Le but étant que chaque membre de l’équipe ait l’occasion de monter son propre projet.»

La société a gardé son esprit start-up et prend garde de rester à l’écoute des joueurs, «qui soufflent régulièrement de très bonnes idées.» Le papa de 38 ans bénéficie également de ses cobayes attitrés: ses deux filles de 3 et demi et 5 ans. «Leurs yeux s’illuminent quand je reviens le soir à la maison avec un nouveau produit sous le bras...» Hadi Barkat ne doute pas de la pérennité des jeux de société, qui vivraient actuellement un «nouvel âge d’or». «Il est fini le temps des jeux mal conçus dont les parties pouvaient s’éterniser sans que l’on sache à la fin qui en était le vainqueur. Aujourd’hui, les concepts sont plus réfléchis et donc susceptibles de plaire à un très large public.»

Helvetiq s’inscrit pleinement parmi ces éditeurs de jeux d’un nouveau genre. Et pour se démarquer de ses nombreux concurrents à l’international, la société mise sur un point en particulier: un design particulièrement soigné et original. «C’est un peu notre marque de fabrique, reconnaît le patron.

Notre visuel nous permet de nous différencier très rapidement par rapport aux designs plus classiques qu’arborent généralement les jeux développés dans les pays voisins.»

Plus de 100 000 boîtes de jeu au total ont été vendues jusqu’ici en Suisse et à l’étranger. Toutes n’ont pas connu le même succès que le premier jeu, Helvetiq, qui détient encore le record de ventes. Il y a eu aussi quelques cinglants échecs. «Nous n’avons vendu que huit exemplaires du puzzle prenant comme illustration une carte de la ville de Saint-Gall!»

Dès 2011, la start-up s’est également lancée dans l’édition de plusieurs livres. Certains jaillis de la plume de son patron, d’autres émanant d’auteurs externes. Dernier ouvrage en date, Autour de la Suisse en 80 cartes, qui recueille des documents inédits dénichés dans les archives publiques et collections privées. D’autres projets sont en cours. «Je m’attelle actuellement à l’écriture d’un roman», confie Hadi Barkat. On n’en saura pas plus pour l’instant.

Les idées fusent de toutes parts chez Helvetiq. Peu importe si elles vont parfois à contre-courant les unes des autres: la société développe actuellement un jeu de cartes pour «aider à décrocher de son téléphone et se détendre entre amis» et dans le même temps projette plusieurs applications de jeux pour smartphones. «Je ne comprends pas cette tendance à tout mettre en opposition. Jeux vidéo et jeux de société continueront à coexister.»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: François Wavre