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10 septembre 2012

Le potager cultive la biodiversité

Lancés par Equiterre, les potagers urbains font les délices des Genevois. Dans ces parcelles plantées au pied des immeubles se tissent des liens avec la nature aussi bien qu’entre habitants. Rencontres.

Personnes autour d'une table au jardin
«Le Jardin ensoleillé», de Meyrin: un lieu dans lequel 
se mêlent toutes les générations.

S’il y a assez de cornichons, je vais pouvoir refaire un pot. J’en ai déjà fait en saumure et au vinaigre. C’était la première fois», raconte Barbara, venue s’occuper du petit coin de potager qu’elle occupe sur la parcelle de son ex-mari, à Thônex. Ce potager urbain est l’un des trois développés sous le patronage d’Equiterre dans la région genevoise. Comme celui de Meyrin, il a été inauguré au printemps dernier, un an après le premier potager ouvert au Grand-Saconnex. Installé au pied des immeubles, il vise à profiter des espaces verts situés dans des quartiers fortement peuplés pour recréer toute une série de contacts: avec la nature et le rythme des saisons, mais aussi avec le voisinage.

A Meyrin, les petits lopins ont parfaitement rempli leur fonction. «Avant, je voyais souvent le mari de Ruth parce que nous sommes voisins de parking. Je le saluais, mais je ne le connaissais pas», raconte Martine qui, désormais, côtoie Ruth et de nombreux autres habitants du quartier au potager. «Et il y a aussi plein de gens de l’extérieur qui s’arrêtent et qui viennent voir», ajoute Hatice, elle aussi jardinière.

Nour, 11 ans, est la plus jeune jardinière du 
«Le Jardin ensoleillé».

Joyeux mélange de variétés et de générations

Dans ces espaces délimités par une petite clôture s’est enracinée une véritable biodiversité. Humaine, d’abord, car au potager se mêlent dans un bel esprit de convivialité et de solidarité toutes les générations ainsi que toutes les origines sociales et culturelles. «Les gens se parlent et on a même des contacts avec les enfants et les jeunes qui font du foot sur le terrain de jeu voisin, souligne Barbara. Ils se donnent de la peine pour éviter que leur ballon abîme nos cultures.» Et dans les trois potagers, «lorsque les uns sont en vacances, les autres arrosent leur parcelle et s’en occupent», expliquent les jardiniers.

Lorsque les uns sont en vacances, les autres arrosent leur parcelle.

La biodiversité potagère s’est aussi naturellement installée dans les carreaux, qui abritent une foule de tomates, aubergines, courgettes de différentes variétés et, souvent, des légumes peu courants dans nos contrées. «Ça, c’est du chou que j’ai rapporté du Portugal. On ne le trouve pas en Suisse», explique José en cueillant les grandes feuilles vertes qui vont agrémenter la soupe du soir. «Je me suis fait envoyer des graines du Congo par ma mère, ajoute Jean-Pierre. Je ne sais pas du tout ce que ça va donner, mais je ferai découvrir tout ça à mes voisins!»

Au «Jardin des amis de Thônex», 
Barbara récolte les cornichons qui 
rempliront le prochain pot et arrose 
la parcelle de son ex-mari pendant 
l’absence de ce dernier.
Au «Jardin des amis de Thônex», 
Barbara récolte les cornichons qui 
rempliront le prochain pot et arrose 
la parcelle de son ex-mari pendant 
l’absence de ce dernier.

Des surprises parfois bonnes et parfois moins

Car pour les uns comme pour les autres, cultiver des légumes est une nouveauté. «J’ai toujours planté des tomates et des herbes sur le balcon, mais le potager, c’est différent. Et c’est plein de surprises! Il y a des choses qui poussent et d’autres pas. Parfois aussi, les escargots passent avant nous», relève en riant Sarah, qui cultive pour la deuxième saison consécutive, avec son mari Daniel, quelques mètres carrés au Grand-Saconnex. «On découvre également à quelle saison se plante tel légume et quand il se récolte», notent les jardiniers avec la curiosité passionnée de ceux qui découvrent un monde nouveau.

Avant de se lancer dans le plantage, les occupants des potagers ont suivi des cours avec des spécialistes. Ils ont également signé une charte par laquelle ils s’engagent à respecter les règles de la culture biologique. Un apprentissage pas toujours facile lorsqu’il faut affronter une invasion de mouches blanches ou de merles. Mais les bonnes astuces s’échangent avec la même spontanéité que les légumes lorsqu’ils arrivent à maturité.

«Nos légumes ont un goût incomparable», relèvent les jardiniers avec une belle unanimité.
«Nos légumes ont un goût incomparable», relèvent les jardiniers avec une belle unanimité.

Un goût incomparable pour pas un sou

Outre son aspect convivial et l’activité de loisir qu’il apporte, ce jardinage est source d’un véritable plaisir gustatif. «Nos légumes ont un goût incomparable», relèvent les jardiniers avec une belle unanimité. «Avant, il y en avait certains que je n’aimais pas et je les triais. Maintenant, il y en a beaucoup plus que j’aime!» confie Nour, 11 ans, la plus jeune jardinière du potager de Meyrin. «C’est vrai que depuis qu’elle a son jardin, elle mange des légumes différents et elle goûte aussi plus volontiers ceux qu’elle ne connaît pas», confirme Danièle, sa maman.

«Le jardin, c’est plein de surprises!» racontent Sandra 
et Daniel, qui vivent leur deuxième été au potager «Les Délices du Parc», au Grand-Saconnex.
«Le jardin, c’est plein de surprises!» racontent Sandra 
et Daniel, qui vivent leur deuxième été au potager «Les Délices du Parc», au Grand-Saconnex.

Enfin, et même si ce n’était pas la motivation première de ces nouveaux cultivateurs, le fait de produire ses propres légumes a bien souvent réduit le budget alimentation des ménages et des familles durant la belle saison. «C’est vraiment du développement durable! Tout y est: l’aspect environnemental, économique et social», souligne Alexandre, référent du potager du Grand-Saconnex. «S’il pouvait y avoir plus de potagers, cela rendrait beaucoup de gens heureux!»

Photographe: Carine Roth / Keystone, Fred Merz / Rezo, Dorothée Baumann