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Le pouvoir des talons

Saviez-vous que Louis XIV portait des talons? Avant de n'être réservées qu'aux femmes, les chaussures surélevées étaient un signe de pouvoir.

talons hauts
Les talons... pas qu'une histoire de femmes.

Ils n’ont pas toujours été sexy, les talons hauts, mais tour à tour pratiques, cavaliers, distingués. Avant tout, liés à des histoires de pouvoir. Donc aux hommes. Ils semblent avoir été les premiers à s’élever, mille ans avant notre ère, dans l’Egypte ancienne, pour ne pas se salir les pieds durant les cérémonies où le sang coulait… Depuis l’Antiquité en fait, rois, empereurs puis aristocrates se juchent haut pour surplomber le petit peuple… et la boue dans les rues. Fou de chaussures, le Roi Soleil se grandit sur des talons de 10 cm et des chaussures à semelles exclusivement rouges.

Le talon à proprement parler – séparé et surélevé par rapport à la pointe du pied, par opposition à de hautes semelles compensées – apparaît officiellement au XVIe siècle. Pour des raisons pratiques, les fiers cavaliers du Moyen-Orient et de Perse les portent, eux, dès le IXe déjà pour se caler debout sur leurs étriers et décocher des flèches avec précision. Question de statut social pour les comédiens de la Rome et de la Grèce antique, plus tard ceux de la Renaissance, qui se distinguent par des chaussures à semelles hautes, les cothurnes.

Et ces dames? D’abord elles piqueront aux hommes cet attribut de pouvoir. Catherine de Médicis se fait fabriquer une paire vertigineuse pour épouser son roi Henri II en 1533. Les Vénitiennes, elles, ont besoin de deux domestiques non pas pour lacer les rubans de leurs chopines, mais pour tenir debout sur ces «mules échasses» nées en Turquie au XVe siècle et qui peuvent atteindre 70 cm de haut. Mais les femmes s’approprieront aussi les hauts talons pour imiter les prostituées, folles de jalousie du pouvoir érotique de celles qui se reconnaissent depuis toujours à la hauteur de leurs chevilles.

Au fur et à mesure que ces dames s’élèvent, jusqu’aux talons aiguilles inventés par les chausseurs italiens des années 50, ces messieurs sont redescendus. Mis à part les santiags et les talonnettes qui donnent parfois un peu de hauteur ni vu ni connu…

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck