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2 juin 2014

Le pouvoir du small talk

Maîtriser l’art des petits mots constitue une arme imparable pour booster sa carrière professionnelle. Ce qui explique le récent succès des cours pour devenir un pro de la répartie. Conseils de Christina Ligthart, de l'Ecole hotelière de Genève.

illustration montrant une situation de small talk.
Illustration: Andrea Caprez

On n’a vraiment pas de chance avec le temps!» La météo reste l’un de nos sujets favoris lorsque l’on doit amorcer une conversation. Mais il en existe quantité d’autres, souvent pauvres en termes de sens, que l’on nomme «small talk».

Et il faut avouer que ces petits bouts de discussions, a priori innocents, peuvent se révéler particulièrement utiles, notamment dans le monde professionnel. C’est typiquement le cas lorsqu’on désire entrer en relation avec une personne influente lors d’un cocktail dînatoire, entre une flûte de champagne et un petit four…

Conscients du fort potentiel de ces «petits mots», on enseigne aujourd’hui un peu partout l’art de la répartie. Comme Christina Ligthart, responsable des cours de savoir-vivre à l’Ecole hôtelière de Genève, qui organise des cours pour les entreprises et les particuliers. Voici quelques-uns de ses précieux conseils qui vous aideront à briser la glace.

Quels sujets aborder?

«Il en existe plus qu’on ne l’imagine! Le temps qu’il fait est un très bon allié. On pourrait penser a priori qu’il s’agit d’un sujet trop banal… Mais si la personne en face de soi est réceptive, il peut en découler une conversation très intéressante! On peut aussi demander à son interlocuteur s’il a trouvé facilement le lieu du rendez-vous, ce qui peut se poursuivre par exemple avec une discussion à propos des avantages ou inconvénients de la voiture par rapport aux transports publics. Ou lorsqu’on assiste à un cocktail, on peut aussi converser à propos de la nourriture et des boissons à disposition…»

Et quels sont les thèmes à proscrire?

«Il y en a principalement quatre: politique, religion, argent et préférences sexuelles. Ce sont des sujets à éviter parce que pour y répondre notre interlocuteur est obligé de se positionner! Même au niveau du travail, il s’agit de rester prudent… J’ai personnellement l’habitude de poser la question «dans quel secteur travaillez-vous?» plutôt que «pour quelle entreprise?». J’ai constaté en effet que certaines personnes préfèrent ne pas dévoiler leur employeur. Mon conseil est donc de toujours privilégier les questions ouvertes.»

Que faire si la personne se montre désintéressée?

«Surtout, ne pas insister! Et s’éloigner, en prétextant que l’on va chercher quelque chose à boire. En général, ce désintérêt se remarque dès les premières minutes. Il ne faut pas le prendre contre soi… C’est peut-être que cette personne n’était pas au mieux de sa forme ce jour-là ou qu’elle n’avait tout simplement pas envie de se rendre à cette réunion.»

Que faire si on se retrouve seul?

«Dans ces cas-là, il peut être très utile d’avoir un parrain pour nous introduire auprès d’autres invités. Si vous n’en avez pas la possibilité, pas de panique! On trouve toujours dans la salle d’autres personnes qui nous invitent du regard à les rejoindre pour converser. On peut alors sans autre leur expliquer se sentir un peu perdu. Les gens se montreront généralement solidaires car ils ont tous été une fois ou l’autre dans ce même genre de situation.»

Combien de temps converser?

«Il faudrait pouvoir s’éclipser avant qu’il y ait un coup de mou dans la conversation, de manière à laisser une bonne impression à son interlocuteur. Lorsqu’on s’éloigne, prendre congé de la personne poliment en indiquant que cela nous a fait très plaisir de converser avec elle.»

Comment se débarrasser d’un interlocuteur trop bavard?

«Je les appelle des «radios» parce qu’ils ont l’habitude de parler beaucoup, sans tenir compte de la personne en face d’eux. Il serait toutefois impoli de s’éclipser en douce… Il vaut mieux, avant de s’éloigner, annoncer: «Cette discussion est intéressante, nous pourrons la reprendre plus tard.»

Quand sortir sa carte de visite?

«Il faut attendre qu’il y ait déjà eu un minimum de conversation pour que la personne en face ait été mise en confiance. On peut tendre sa carte plus rapidement si l’on connaissait déjà cet interlocuteur mais qu’on n’a peu souvent l’occasion de le rencontrer.»

© Migros Magazine - Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Andrea Caprez (illustration)