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14 mars 2016

Le printemps avant l’heure

A la Belle Epoque, le tunnel ferroviaire du Saint-Gothard a acheminé les premiers visiteurs en quête de soleil à Lugano. Aujourd’hui, les milieux touristiques mettent beaucoup d’espoir dans l’ouverture prochaine de la galerie de base et jouent la carte de l’art, avec le nouveau centre culturel LAC.

Le centre culturel LAC
Le centre culturel LAC bénéficie d’un emplacement privilégié: sur le quai au bord du lac de Lugano.

Si les chutes de neige ont rythmé la première partie du voyage jusqu’au portail nord du Saint-Gothard à Göschenen (UR), un ciel d’un bleu immaculé accueille les passagers du train à la sortie côté Airolo (TI). C’est ce même climat – de type méditerranéen – que recherchaient déjà les premiers touristes de la Belle Epoque, dès l’inauguration du tunnel en 1882. Grâce aux nouveaux ouvrages ferroviaires, le temps de trajet entre Bâle et Milan s’est réduit à douze heures en 1885. Contre un périple de trois jours entiers quelques années auparavant!

horloge dans la rue
Au tessin, c'est le printemps avant l'heure!

Pour nous faire profiter d’une vue générale sur la ville, Carlo Frey, guide à l’Office du tourisme de Lugano, nous emmène jusqu’au Parco del Tassino, au-dessus de la gare principale. «Le canton du Tessin, indépendant seulement dès 1803, manquait encore de financiers aux premières heures du tourisme, raconte l’ex-professeur de culture générale. Ce sont des hommes d’affaires alémaniques qui y ont investi de l’argent.»

Plusieurs grandes attractions voient alors le jour pour divertir ces riches visiteurs. «Il y a d’abord le funiculaire du San Salvatore, inauguré en 1890», annonce le Luganais en pointant du doigt la montagne sur notre droite. «En 1908, on a construit le funiculaire du Monte Brè, sur la flanc opposé.» Tous deux sont encore en fonction aujourd’hui, pour le plus grand plaisir des touristes actuels.

Il faut mentionner encore le train à crémaillère qui mène au Monte Generoso (1700 m d’altitude), à l’extrémité sud du lac de Lugano.

Par temps clair, on peut y apercevoir Milan!»

La balade sur la fameuse montagne tessinoise ne sera pas possible cette année, en raison du chantier du futur centre touristique signé de l’architecte tessinois Mario Botta. Rendez-vous au printemps 2017 pour découvrir le nouveau bâtiment tout de pierres et en forme de fleur...

Suite à la construction de la gare de Lugano, les hôtels ont fleuri dans ses proches alentours. «Les touristes, qui provenaient essentiellement d’Angleterre, des Pays-Bas et de Belgique, préféraient résider sur les hauteurs de la ville, pour bénéficier de la vue.» Le bord du lac, lui, était encore bordé du quartier populaire de Sassello. «C’était très sale et il y avait beaucoup de moustiques… Ce qui convenait guère à ces riches bourgeois!»

façade de l’ancien hôtel 
Palace
A Lugano, nombreux sont les bâtiments à l’architecture éclectique, emblématique de la Belle Epoque. A l’image de la façade de l’ancien hôtel Palace avec ses sculptures de titans

Si la plupart de ces hôtels ont disparu aujourd’hui, les styles architecturaux de la Belle Epoque se laissent encore admirer sur de nombreux bâtiments de la cité. «On les reconnaît par leur style éclectique, qui mêle des éléments empruntés à différents styles et périodes.» Il y a par exemple le château qui domine le quartier de Paradiso, érigé en 1912, mais qui reprend des lignes médiévales.

C’est aussi le cas de plusieurs immeubles de la Via Nassa – artère la plus luxueuse de Lugano. Et jusqu’à l’ancien grand-hôtel Palace de Lugano, transformé depuis peu en appartements, bureaux et boutiques de luxe. Ses deux façades côté lac, seules parties de l’ouvrage à avoir été conservées, sont aussi emblématiques de l’époque, avec leurs sculptures de titans.

De l’élitaire au populaire...

La Belle Epoque prend fin au début de la Première Guerre mondiale en Europe. La Suisse, épargnée par les conflits, pourra jouer les prolongations jusqu’à la crise financière de 1929. Pour remplacer cette clientèle, on invite un nouveau type de tourisme, qui s’ouvre à toutes les catégories sociales.

L’un des acteurs de ce changement, c’est le fondateur de Migros, Gottlieb Duttweiler,

indique Carlo Frey, brandissant une ancienne annonce publicitaire de 1935 d’Hotelplan: «Sept jours de vacances à Lugano, tout compris, pour 65 francs.» La nouvelle clientèle sera essentiellement formée de Suisses alémaniques, profitant à leur tour de ce qu’ils nomment le «Sonnenstube», balcon ensoleillé de la Suisse.

Aujourd’hui le tourisme au Tessin, comme dans la plupart des régions helvétiques, fait face à une nouvelle baisse de fréquentation. Selon Suisse Tourisme, les nuitées y ont fondu de 5,7% en 2015. Lugano et sa région s’en sortent mieux: «Les chiffres ici sont plutôt stables, indique Julie Arlin, du service de communication de l’Office du tourisme de Lugano. Parce que nous sommes parvenus à désaisonnaliser le tourisme, notamment en développant le secteur business.»

D’autres pistes sont étudiées pour drainer de nouveaux types de visiteurs.

Un secteur porteur, c’est celui du médical. On trouve dans la région de Lugano des cliniques privées de haute qualité…»

Il y a aussi la clientèle asiatique, en constante progression. «De plus en plus souvent, ils optent pour des tours de la Suisse qui passent par le Tessin», se réjouit la jeune femme.

La carte de la culture

L’autre argument de choix, c’est le nouveau centre culturel LAC (Lugano Arte e Cultura), (lien en italien ou en anglais) inauguré en septembre dernier (lire encadré). Le complexe dispose notamment d’un musée d’art de 2500 m2 dédiés à des expositions temporaires et permanentes, ainsi que d’une salle de concerts et de spectacles, toute de bois et modulable à souhait, qui affiche une capacité de 1000 places.

Mais l’atout de charme de ce bijou architectural, c’est son emplacement: sur le quai entre le centre-ville de Lugano et le quartier touristique de Paradiso. «Son hall d’entrée de 392 m2 a été pensé par son architecte tessinois Ivano Gianola comme un prolongement de la place publique à l’extérieur», précise Alice Croci Torti, du service de communication du LAC. L’espace accueille régulièrement des événements publics, à l’image de ces concerts gratuits organisés certains dimanches.

Les milieux touristiques placent aussi beaucoup d’espoir dans le tunnel de base du Gothard, qui sera mis en fonction à la fin de l’année. Grâce au nouvel ouvrage, le trajet en train du Plateau suisse à Lugano pourra être raccourci d’environ trente minutes. Et d’une heure dès 2020 lors de l’inauguration de la galerie du Ceneri. De quoi, comme à la Belle Epoque, écrire un nouveau chapitre du tourisme tessinois?

Texte: © Migros Magazine / Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Claudio Bader