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15 septembre 2014

Retour de la chiclette biodégradable

Saviez-vous que: la chronique d'Isabelle Kottelat.

Indien qui fait bulle de chewing-gum
Mayas et Aztèques mâchaient déjà de la sève.

Nerveux? Au bord de l’ennui? Soucieux de son hygiène buccale? L’homme a toujours mâché n’importe quoi. Depuis les temps préhistoriques où il mastiquait des résines d’épicéas et autres conifères, pour leurs vertus antiseptiques. Et bien avant que Grecs et Egyptiens mâchent de la résine, Mayas et Aztèques se trituraient déjà les mandibules avec de la sève de sapotillier, un arbre des forêts mexicaines. Un genre de latex naturel par qui tout a commencé et qui s’appelait, forcément, chiclé.

Et si Thomas Adams avait réussi à le vulcaniser, c’est-à-dire à le transformer en pneus de bicyclettes par le même procédé utilisé pour le caoutchouc (en ajoutant du soufre), personne aujourd’hui ne mâcherait du chewing-gum. C’est à cet inventeur et scientifique américain que l’on doit la gomme à mâcher moderne. Lui qui a eu l’idée – par dépit – d’aromatiser et de commercialiser ce chiclé, en 1868. Et surtout de construire une machine pour produire un nombre industriel de ce qui deviendra nos chiclettes.

Parce qu’il en faudra des tonnes, surtout pour les deux guerres mondiales. En 1918, la Croix-Rouge américaine expédie 4,5 millions de chewing-gums en France pour les troupes de l’oncle Sam qui en raffolent.

Avec les GI au ruminant sourire, la chiclette devient sexy et se répand en Europe. Propre, elle remplace avantageusement le tabac à mâcher qui noircit les dents de nos grands-pères depuis le XVIe siècle où ils découvraient cette plante.

De nos jours, on ne mâchouille plus végétal, mais chimique: des polymères dérivés du pétrole. Mais bonne nouvelle: la chiclette 100% naturelle et biodégradable – les trottoirs et le dessous des pupitres d’école de tous les pays lui disent merci – a débarqué il y a quelques années sur le marché. Retour aux sources, retour à une gomme à mâcher naturelle d’un arbre de la forêt tropicale mexicaine: le chicozapote… qui n’est autre que le sapotillier des Aztèques.

© Migros Magazine - Isabelle Kottelat

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck