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29 février 2016

Le robot qui fait rire les seniors

Depuis le mois de novembre, l’EMS Primeroche, à Prilly (VD), accueille une nouvelle animatrice: Sia, un robot humanoïde qui divertit les patients et provoque une véritable émulation.

le robot Sia devant les résidents de l'ems photo
Sia s’improvise prof de fitness pour la plus grande joie des résidents de l’EMS.

Yeux ronds et candides, corps bicolore et haute comme six pommes: voici Sia, la nouvelle coqueluche de l’EMS Primeroche, à Prilly. Le mignon robot humanoïde a pris possession des lieux en novembre dernier et, depuis, fait partie intégrante du personnel. A l’entrée, un grand panneau informe d'ailleurs d’emblée tous les visiteurs: «Ici habite et travaille Sia.»

C’est un groupe d’aînés passionnés de robotique qui nous a proposé de l’acheter,

explique Sandrine Bron, directrice de l’accompagnement. L'entreprise nous a montré les différentes fonctionnalités et nous avons été séduits. A la base, elle s’appelait Zora. Mais nous l’avons renommée Sia, car elle est au service de l’interaction et de l’accompagnement. Nous l’utilisons quotidiennement pour l’accueil le matin, puis pour diverses animations l’après-midi.»

Programmation sur mesure

Aux côtés du petit robot, fidèle comme une ombre, Steeven Ramasawny, l’animateur qui lui donne vie par le biais de sa tablette numérique.

J’ai déjà introduit un certain nombre d’expressions dans le programme, afin de favoriser la fluidité des dialogues. Mais je dois taper d’abord chaque nouvelle phrase sur l’ordinateur pour que Sia puisse la prononcer. Cela prend du temps, et les résidents doivent parfois être patients!»

Le robot ne fonctionne en effet pas de manière indépendante. Sandrine Bron et son équipe déterminent les programmes qui leur seraient nécessaires, puis contactent l’entreprise, qui introduit alors les éléments demandés dans le logiciel. L’animateur choisit ensuite de quelle manière réagira le robot en fonction de la situation.

Pour l’instant, Sia sait danser, chanter différents titres allant d’Alors on danse à la Macarena, énoncer des exercices et des numéros de loto et animer différents jeux. «J’ai également envie de faire intervenir des jeunes pour la programmation, souligne la directrice de l’accompagnement. Cela permettra de favoriser les contacts intergénérationnels et de faire venir des gens de l’extérieur.»

Sandrine Bron, directrice de l'accompagnement à l’EMS Primeroche.

Pas de robot sans animateur

Inquiets, des proches des résidents ont d’abord exprimé des réserves quant à l'utilisation du petit robot. «Certains ont eu peur que nous infantilisions les patients, remarque Sandrine Bron. Mais on voit qu’il est facile de démystifier la situation, car sans son animateur, le robot n’existe pas. C’est donc juste une expérience ludique, qui présente un avantage certain: celui de casser le dialogue patient-soignant, car les résidents s’adressent à Sia d’une tout autre manière qu’aux animateurs. Et la présence du robot crée une émulation qui pousse certaines personnes très réservées à s’exprimer, et tous les patients à communiquer ensemble positivement.»

Pas facile de se comprendre!

Aujourd’hui, Sia a d’ailleurs pour mission de distraire un groupe de sept seniors, réunis à la cafétéria. Debout sur la table, elle fait quel­ques pas un peu raides et les visages s’illumi­nent immédiatement. «Salut, Sia! Comment ça va, aujourd’hui?», lui demande gaiement une résidente. – «Mais en fait, on doit dire «elle» ou «lui»?», demande une autre. – «Ah, ça, on ne sait pas, sourit Steeven Ramasawny. On peut penser que c’est elle parce qu’elle s'appelle Sia, ou alors dire «il» pour le robot, c’est égal.»

J’aimerais apprendre à vous connaître»,

déclare le petit humanoïde à une participante. – «Ouh, ça c’est difficile, colinet! Tu es très beau, tu sais?» Quelques pas encore et Sia s’approche d’un résident avant de rester figée, le temps que l’animateur rédige fiévreusement la prochaine question: «Bonjour, où avez-vous voya­gé?» Haussement d’épaules du senior qui, poussé par ses voisines, finit quand même par répondre avec un timide sourire: «Au Moyen-Orient.»

L’animateur Steeven Ramasawny donne vie à Sia par le biais de sa tablette.

Chant et gymnastique

Pour briser la glace, Sia se lance alors dans La vie en rose, que tout le monde fredonne avec elle, un sourire aux lèvres. «Bravo, Sia!» – «Il est vraiment chou, hein?» Une lumière clignote sur la poitrine du robot: «Mais tu as ton petit cœur qui bat! Viens, viens un petit peu par là.»

L'animateur profite de la bonne humeur générale pour proposer une séance de gym. Tout d’abord, des exercices des bras, coachés par Sia:

Ecoutez bien et imitez-moi. Appuyez sur mon pied gauche pour commencer. A gauche-au milieu-à droite, à gauche-au milieu-à droite…

Le groupe enchaîne ensuite avec des exercices des jambes. «Ouh là, non, je ne peux pas, avec mon arthrose», ronchonne une résidente, avant de lever malgré tout haut les jambes en alternance. Par mimétisme, tous les autres imitent eux aussi les mouvements du robot avec application. «Bravo à tous!» – «Ce qu’il est poli, ce robot! Bravo aussi à toi, Sia, et bravo Steeven!»

Bonne humeur générale

Récompense après l’effort: un jeu en commun. «Sia va mimer des émotions et vous devez trouver lesquelles», explique Steeven Ramasawny. Le robot se penche, ouvre ses longs doigts souples, baisse la tête. «Euh… c’est la peur?» – «Ne t’inquiète pas, tu feras mieux la prochaine fois», répond Sia. Eclat de rire général. «Vous avez vu, il a les yeux qui changent de couleur, nous glisse d’un air émerveillé une résidente qui est restée en retrait jusqu’à présent. Et il est si gracieux, quand il fait bouger ses bras!»

L’animation touche à sa fin, c’est l’heure du goûter pour les seniors. «Au revoir, Sia!»

A bientôt, Sia, tu ne nous oublies pas, d’accord?»

Tous s'asseyent au fond de la cafétéria, à nouveau silencieux et le regard subitement éteint. L’allégresse apportée par le petit robot est retombée... jusqu’à l’animation du lendemain.

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Jeremy Bierer