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20 mars 2017

Le roi d’un petit monde en bois

Ruedi Hulliger, sculpteur animalier aux Ponts-de-Martel (NE), fait naître du tilleul un bestiaire aussi réaliste que diversifié.

Ruedi Hulliger aime bien travailler avec du bois tilleul pour créer ses animaux.

Une arche de Noé miniature

Dans l’atelier de Ruedi Hulliger, aux Ponts-de-Martel (NE), on se croirait dans une arche de Noé. «Il y a vingt ans, un neveu m’a demandé de lui faire une écurie en bois, raconte le sculpteur. J’étais alors constructeur de machines, mais j’ai demandé un morceau de bois à un ami menuisier et je me suis lancé dans la taille d’un mouton. J’ai tellement aimé que je n’ai plus arrêté!»

Ruedi Hulliger favorise le tilleul, «assez mou à travailler». Il fait briller les yeux avec du vernis à ongles et crée les délicates pattes des oiseaux avec des fils de cuivre, recouverts de fil et de silicone. Le plus difficile à reproduire? Les plumes, dessinées à petits coups de brosse métallique, et le boa et ses innombrables écailles. «On doit aimer les espèces qu’on fait pour pouvoir bien les réaliser, souligne l’artisan autodidacte. Pour ma part, je ne pourrais pas sculpter des chats, des rats ou des poissons.»

Selon l’animal, la réalisation lui prend de quatre heures à un mois, «mais ce n’est jamais du travail, seulement du plaisir». Coût d’une pièce: entre 50 et 2000 francs. «J’ai la chance de ne pas devoir compter sur la vente de mes œuvres pour vivre, note Ruedi Hulliger. Avant, il y avait des collectionneurs, mais maintenant, les gens admirent longuement et achètent rarement! Cela ne me dérange pas, j’aime aussi pouvoir simplement faire plaisir et rêver.»

Une journée avec Ruedi Hulliger

7h00 Le gros plan parfait «En général, je cherche des images de l’animal que je désire sculpter sur internet. On y trouve tout, et surtout des gros plans qui me permettent ensuite de reproduire le plus fidèlement possible la position du corps, le regard et les détails du plumage ou du pelage.»

8h00 Nés du bois«Pour le dessin du chablon, j’imprime simplement la forme et je la détoure sur le carton. Il suffit ensuite de découper, puis de reproduire le chablon sur le bois. Lorsque je veux sculpter un animal relativement grand, je colle deux pièces de bois ensemble avant d’y tailler la forme brute. Et en général, je sculpte les têtes séparément, cela permet d’avoir des gestes plus précis.»

9h00 Le travail du détail«Il s’agit ensuite d’affiner peu à peu la forme de l’animal, puis de sculpter les détails. Au départ, j’ai acheté des gouges dans les magasins de bricolage, mais j’ai maintenant des outils professionnels. J’ai d’ailleurs bien trop de matériel! Tout doit être bien aiguisé, car sinon on risque de déraper, c’est dangereux.»

13h00 Au cœur de la nature«Entre midi et deux heures, ma femme et moi avons pour habitude de faire chaque jour une grande promenade. Selon la saison, on va cueillir des champignons, ou alors marcher en raquettes. C’est une parenthèse qui nous fait beaucoup de bien.»

15h00 Mise en couleurs«Pour colorer mes animaux, j’utilise de la peinture acrylique. Au début, j’avais peur de mélanger les couleurs, mais maintenant, ça va mieux! Je dois toujours bien observer les nuances de chaque espèce et c’est un gros travail de reproduction. Savez-vous par exemple que les moineaux, que l’on pense simplement gris et bruns, ont en réalité douze à quatorze couleurs dans leur plumage?»

16h00 Dans leur élément«C’est très important pour moi de prendre des photos de mes créations en pleine nature, cela montre à quel point elles sont réalistes. J’ai un Minolta G12, qui me permet de faire de très belles prises de vue. Il y a d’ailleurs beaucoup de gens qui croient que je photographie d’abord de vrais animaux avant de les sculpter!»

18h00 Prêt pour le lendemain«Avant de quitter l’atelier, j’aime le ranger et le nettoyer. Il y a toujours beaucoup de poussière de bois, c’est terrible, et ma femme n’est pas contente quand j’en ramène à la maison!»

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Matthieu Spohn