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2 juin 2014

Le roi des prairies fleuries

Aussi discret que sonore, le grillon champêtre a été désigné animal de l’année par Pro Natura. Zoom sur ce musicien solitaire indicateur de biodiversité, dont le chant annonce l’arrivée des beaux jours.

Dessin d'un grillon champêtre dans les herbes d'une prairie
Le grillon champêtre, l’animal de l’année 2014, 
a besoin de prairies fleuries pour exister.

Avec sa carapace noire et ses ailes jaunes en guise de queue de pie, le grillon champêtre, ou Gryllus campestris de son nom savant, a tout du soliste de concert. Certes, sa grosse tête ronde et son corps trapu le font davantage ressembler à un costaud malabar qu’à un délicat mélomane, mais la grâce de ce membre de la grande famille des orthoptères est à chercher dans son chant inimitable. Tantôt doux tantôt aigu (lire encadré), il annonce l’arrivée des beaux jours et fait souffler un air de Provence sur les soirées d’été.

Pas un hasard si ce petit insecte, dont la taille oscille entre 2 et 3 centimètres, a été sacré animal de l’année 2014 par Pro Natura. «On avait besoin d’un animal pour mettre en lumière le problème de la disparition progressive des prairies fleuries, et le grillon champêtre est une espèce indicatrice», note Nicolas Wüthrich, porte-parole de Pro Natura. C’est ainsi que cet amoureux des coteaux secs et ensoleillés, que l’on rencontre entre 200 et 1800 mètres d’altitude, est devenu l’emblème du plaidoyer de l’association pour la biodiversité des prairies et des pâturages dans le cadre de sa campagne «Flower Power-prairies arc-en-ciel».

«Avec l’intensification de l’agriculture et la colonisation des coteaux par les promoteurs immobiliers, les prairies sèches et maigres sont devenues rares, surtout sur le Plateau, poursuit le porte-parole. Il en résulte une très nette diminution de la variété des fleurs et des espèces.» S’il n’est pas encore menacé, le grillon champêtre se fait toutefois de plus en plus discret en plaine, son habitat s’étant réduit à certains endroits à la taille d’îlots, ce qui le rend vulnérable puisque qu’il ne vole pas.

Lorsque le chant du grillon se tait, c’est une foule de végétaux et d’animaux qui disparaissent en même temps.»

Un solitaire à l’esprit chevaleresque

Rares sont toutefois ceux à l’apercevoir. C’est que Monsieur est tout sauf un aventurier. Il passe son année et demie de vie à proximité de la galerie linéaire qu’il a creusée et dans laquelle il court se réfugier au moindre bruit. Côté cuisine, il se nourrit de graminées et de plantes herbacées ainsi que de petits insectes vivants ou morts.

Les beaux jours revenus, cet adepte du bel canto aime striduler sur sa terrasse où il a pris soin d’enlever herbes et cailloux afin d’y attirer les femelles. Muettes, ces dernières sont capables de localiser un mâle dans un rayon de 10 mètres.

Un réflexe de protection face au danger

Avec ces dames, notre grillon sait aussi se montrer chevaleresque. Un danger les menace? Il n’hésite pas à leur laisser sa place dans sa galerie, au péril de sa vie. Une manière, selon les observateurs, d’accroître le taux de reproduction des futurs parents et d’assurer la pérennité de son matériel génétique. Il faut dire que les femelles pondent entre 200 et 300 œufs dans la terre appelés à éclore à la fin de l’été.

Laissées à elles-mêmes, ces larves sont en réalité déjà de mini grillons dépourvus d’ailes, détaille Nicolas Wüthrich. «Elles éclosent après deux à trois semaines, puis vont muer une dizaine de fois jusqu’à l’automne.»

Les jeunes pousses passeront l’hiver dans la galerie creusée par leurs soins ou celle abandonnée par un ancêtre avant de muer encore une ou deux fois au printemps pour atteindre l’âge adulte. C’est là, à partir du mois de mai, que les mâles commenceront à faire entendre leur cri-cri. Mais après avoir chanté tout l’été, le grillon champêtre se trouvera fort dépourvu… Il finira par s’éteindre à l’automne, laissant derrière lui une vie consacrée à la musique.

Grillon, sauterelle, ou criquet?

Pas évident d’y voir clair dans la grande famille des orthoptères, c’est-à-dire qui ont les ailes droites. Il faut dire que l’on dénombre plus de 25 000 espèces dans le monde, dont 111 en Suisse... Voici quelques pistes pour les différencier.

Grillon
Grillon

Le grillon
Il appartient au sous-ordre des ensifères, dont les membres sont au nombres de 9 en Suisse. On le reconnaît à ses longues antennes qui dépassent souvent son corps trapu et brunâtre, muni de pattes courtes. Le grillon ne vole pas et se nourrit d’herbe et de petits insectes trouvés au sol. Il émet son cri-cri par frottement d’ailes et entend avec ses pattes.

Criquet
Criquet

Le criquet
Contrairement aux grillons et aux sauterelles, il appartient à l’ordre des caelifères et chante en frottant ses pattes au-dessus de ses élytres. Il ­entend grâce à des tympans situés sur l’abdomen et non pas sur les pattes avant. Le criquet se distingue aussi par des antennes nettement plus courtes et se nourrit exclusivement de végétaux.

Sauterelle
Sauterelle

La sauterelle
Verte ou jaunâtre, elle se distingue du grillon qui paraît bien terne à ses côtés, mais appartient tout comme lui au sous-ordre des ensifères, et stridule par conséquent avec ses ailes et ses pattes. Comme son nom l’indique, la sauterelle pratique la haute voltige grâce à ses longues pattes postérieures qui lui permettent d’effectuer des sauts puissants. Herbivore la plupart du temps, il arrive que certaines de ses représentantes se nourrissent d’insectes ou d’escargots, voire de petits lézards.

Texte: © Migros Magazine - Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Olivia Aloisi (illustration)