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3 avril 2017

Le sacristain de Saint-Nicolas

Cuisinier-pâtissier de formation, ancien rugbyman, Pierre Feraut officie depuis six ans à la cathédrale de Fribourg. Un métier pas tout à fait comme les autres, entre rituel et conciergerie.

Pierre Feraut  en train de préparer l'autel avenat une cérémonie qui se tiendra dans la cathédrale de Fribourg.
Pierre Feraut en train de préparer l'autel avenat une cérémonie qui se tiendra dans la cathédrale de Fribourg.

«Je suis croyant et, dans ce métier, ça aide.» Originaire d’un petit village près de Toulouse, Pierre Feraut est le sacristain de la cathédrale de Fribourg depuis six ans. Cuisinier-pâtissier de formation, il est arrivé en Suisse en 1992 pour travailler dans la restauration. Après avoir été ensuite facteur, il répond à une offre d’emploi de sacristain-concierge.

Pierre Feraut estime que la fonction proprement dite de sacristain occupe environ 20% de son temps. «Le reste, c’est surtout du nettoyage: passer l’aspirateur, donner un coup de main à nos entreprises partenaires.» Il se dit «très heureux» dans son travail:

«J’apprécie d’être à l’intérieur en plein hiver et au frais en été. La température dans la cathédrale est constante: 16 à 17 degrés en toute saison.»

L’activité, comme toute autre, connaît aussi des périodes de «gros stress». Noël bien sûr, «avec le montage de la crèche et beaucoup de cérémonies au mois de décembre, comme l’assermentation de la police». Et la Saint-Nicolas, «une journée intensive».

Mais la plus grande fête reste «Pâques, qui s’étale sur sept jours avec des cérémonies et des messes spéciales et qui demande une semaine de préparation. Il faut sortir le matériel, le contrôler et le nettoyer. J’aime bien quand ça brille.

Je peux même être pénible et, quand on me dit que je suis trop maniaque, je prends ça plutôt pour un compliment.»

Une journée avec Pierre Feraut

Pierre Feraut nettoyant les lumignons.
Pierre Feraut commence sa journée en nettoyant les lumignons.

6 h: la petite lueur de l’aube
«La première chose que je fais, c’est de nettoyer et ranger les lumignons qui ont été brûlés. J’aime que cela soit propre pour le premier fidèle. J’en allume pas loin d’un par jour, avec une prière pour ma famille ou mes amis.»

Pierre Feraut  en train d'ouvrir la porte principale depuis l'intérieur.
La cathédrale est prête à accueillir les fidèles.

7 h 30: ouverture de la cathédrale
«Les fidèles sont très gentils, les touristes aussi. Même si parfois il y en a qui oublient que l’on est dans une église, notamment concernant l’usage des natels. Je ne joue pas la police, Mais si je dois intervenir, je le fais. J’ai eu affaire une fois à des jeunes qui ont tenté de mettre le feu au bénitier.»

Pierre Feraut autour de la table avec ses amis.
Une pause qui est avant tout un moment de partage.

8 h : au Café du Théâtre
«On se retrouve pour la pause dans un bar tous les matins avec un petit groupe, c’est un moment de partage sympa. Ici, c’est un peu notre QG.»

Pierre Feraut en train de marcher dans une allée de la cathédrale.
Pierre Feraut connait la cathédrale comme sa poche.

9 h: dans la maison de Dieu
«J’aime me balader dans ce lieu propice à la méditation. Toute la charpente, datant de 500 ans, est d’origine et faite que de chevilles en bois. Nous y avons installé un dépôt et nous y hissons des statues de pierre usées par le temps et surtout la pollution avec un palan.»

Pierre Feraut sur la terrasse
Arriver sur la terrasse se mérite!

10 h: sur la terrasse
«Je gravis trois ou quatre fois par semaine les 368 marches qui conduisent jusqu’ici. Quand je dis que je suis devenu sacristain, les gens qui me connaissent bien rient. J’aime la vie et un sacristain peut aussi faire la fête à côté de son travail. Je suis un ancien rugbyman, j’ai un coq tatoué sur le mollet. Il ne faut pas renier ses origines, même si j’ai la double nationalité.»

Pierre Feraut devant l'ordinateur.
Dans ce métier aussi, a technologie moderne a sa part.

14 h: l’ordinateur de la sacristie
«Depuis ici, je peux allumer et éteindre la cathédrale, contrôler l’humidité, la température et aussi gérer les micro-cravates des prêtres pendant la messe.»

Pierre Feraut  en train de préparer l'autel avenat une cérémonie qui se tiendra dans la cathédrale de Fribourg.
Pierre Feraut est très méticuleux dans son travail.

18 h: avant la messe
«Je prépare le calice, les livres, les hosties, j’apporte tout cela à l’autel, je sors les aubes de leurs armoires. Je m’entends bien avec les prêtres, ce sont des gens comme vous et moi. Chacun a ses habitudes, il suffit de les connaître.»

Texte: © Migros Magazine / Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Pierre-Yves Massot