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4 février 2013

Le sculpteur du carnaval

Il taille, creuse, découpe l’arolle pour en faire surgir des figures grimaçantes. Hugo Beytrison à Tour (VS), maître du travestissement, lève un coin du masque.

Hugo Beytrison
«Les masques, je les fabrique pendant deux mois intensifs. Si je devais en réaliser toute l’année, je me lasserais. Le reste du temps, je fais un peu d’ébénisterie, des meubles à l’ancienne, qui durent et donnent une âme à la maison.»

Une odeur de bois saisit les narines, des copeaux jonchent le sol brut, tandis qu’un feu crépite dans le fourneau en pierre ollaire. «C’est ma maison et mon atelier, je fais comme les anciens qui travaillaient le bois là où ils vivaient», dit aussitôt Hugo Beytrison. Une stature d’ours, le bouc jovial et l’œil pétillant, l’homme est connu comme le loup blanc dans tout le val d’Hérens. C’est lui qui taille les masques de carnaval, lequel est fêté jusqu'au 12 février à Evolène.

Depuis une vingtaine d’années, cet ébéniste passe les mois d’hiver à sculpter l’arolle, «un bois noble, tendre et léger». Il aime travailler à l’ancienne, sans raboteuse, en creusant à la gouge la demi-lune d’un tronc coupé en deux. «Dans l’esprit, j’aime bien suivre la tradition, faire perdurer ce qui peut l’être.»

Mais dans la forme, c’est une autre histoire. Sa créativité a fait exploser l’habituelle galerie de monstres. Félins, diables grimaçants, animaux mythologiques et même un Balrog cornu tiré du Seigneur des anneaux sont venus grossir la folle sarabande des figures inquiétantes. «Je trouvais les masques de l’époque trop gentils, un peu gnangnan. J’avais besoin de visages plus piquants, envie d’exprimer le mal de l’humanité, ce qu’on aimerait bannir, mais qui revient toujours. Et puis, le carnaval évolue, les masques doivent évoluer aussi.»

En tout, il a déjà réalisé plus de 300 masques et exécute une quinzaine de commandes par année. Ses prochaines créations: un dragon, un aigle et un tigre à dents de sabre. Qu’il taillera avec précision, soucieux d’inscrire dans le bois sauvagerie et rugissement.

Son favori? Un taureau furieux à la mâchoire articulée, qu’il a souvent porté. «Je vais toujours au carnaval, même si j’ai moins besoin de me déguiser. C’est un exutoire, une façon de se défouler et de tromper les longs hivers rigoureux.»


Purgatory, un masque inspiré d’une pochette d’Iron Maiden.
Purgatory, un masque inspiré d’une pochette d’Iron Maiden.


Mon préféré

«Purgatory» est un de mes masques préférés. Je l’ai réalisé en 1992, en m’inspirant d’une pochette d’Iron Maiden. C’est un visage à double face, que j’ai longtemps porté à Carnaval. Et que je porte encore à l’occasion.»


Hugo Beytrison préfère ce qui est simple aux dernières technologies.
Hugo Beytrison préfère ce qui est simple aux dernières technologies.

Mon lieu de ressourcement

«J’ai hérité de la cabane de chasse de mon père, sur l’alpage de Bréonna dans les grands espaces non construits d’Evolène. J’aime m’y rendre avec ma femme et mes chiens, juste pour passer du temps ensemble. Un fourneau, deux lits, une porte et une fenêtre. C’est rudimentaire, mais je préfère ce qui est simple aux dernières technologies.»


Quelques outils nécessaires à l'élaboration des masques.
Quelques outils nécessaires à l'élaboration des masques.

Mes outils

«Il me suffit d’une dizaine de ciseaux, gouges de sculpture et pieds-de-biche pour sculpter un masque. Mais il m’arrive d’utiliser la perceuse pour faire les narines… Je ne suis pas contre le modernisme!»


«Adhara» et «Sirius», deux noms d’étoiles dans la constellation du Chien.
«Adhara» et «Sirius», deux noms d’étoiles dans la constellation du Chien.

Mes compagnons

«Nous avons deux chiens, «Adhara», un cane corso, et «Sirius», un boxer. Deux noms d’étoiles dans la constellation du Chien. Ce sont de vrais compagnons, un peu bruyants parfois… «Sirius» est de nature curieuse, il vient souvent me tenir compagnie quand je travaille.»


Sculpter les panneaux de porte, le dada d'Hugo Beytrison.
Sculpter les panneaux de porte, le dada d'Hugo Beytrison.

Mon dada

«Je m’amuse à sculpter les panneaux de porte. J’ai commencé avec les blaireaux, que ma femme aime beaucoup, puis j’ai réalisé les hiboux. Il me reste encore deux portes à l’étage… Je préfère représenter la vie des animaux plutôt qu’une scène villageoise.»

Auteur: Patricia Brambilla