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11 mai 2015

Au rythme du marais

Entre Yvonand et Yverdon (VD), le sentier de l’Escarbille invite le promeneur à s’immerger dans une végétation foisonnante au coeur de la Grande Cariçaie.

Vue sur la zone marécageuse de la réserve.
La Grande Cariçaie est le plus grand marais lacustre de Suisse

Le soleil est radieux. Ses rayons caressent notre visage. L’air n’en est pas moins encore frais. En cette fin d’avril, la nature se réveille enfin. Un bourgeon par-ci. Un nid par-là. Mais ce qu’il y a de plus frappant, ce sont les sons produits par les chants des oiseaux. Intenses. Envoûtants. La nature est ici reine. Elle n’est pourtant pas loin de la civilisation, puisque nous sommes sur le sentier de l’Escarbille, entre Yvonand et Yverdon.

Portrait de Thierry Pellet appuyé contre la facade d'une cabane en bois.
Thierry Pellet, directeur du centre Pro Natura, est aussi notre guide de ce jour

Deux heures de marche où la forêt fait peu à peu place à une zone unique et surprenante. Celle de la Grande Cariçaie. «Le plus grand marais lacustre de Suisse», précise Thierry Pellet, directeur du centre Pro Natura de Champ-Pittet, situé à quelques encablures d’Yverdon. Si le patron nous fait l’honneur de nous accompagner aujourd’hui, c’est notamment pour nous présenter ce sentier réhabilité cette année, ainsi que la nouvelle exposition dans le château de Champ-Pittet, baptisée: «Zoom dans la prairie. Petites cachettes, grandes découvertes».

Mais commençons par le commencement. C’est-à-dire la gare d’Yvonand. En sortant du train, nous prenons directement à droite, direction Yverdon. Le parcours est tracé. Les panneaux de randonnée facilitent grandement la balade. Il faut toutefois être attentif aux losanges jaunes peints sur les troncs d’arbres afin de ne pas se perdre. Après avoir passé sur la voie de chemin de fer, nous traversons des habitations.

Des animaux bien réveillés

Au milieu de celles-ci, un chat tigré surgit et semble motivé à se balader avec nous. Son miaulement en dit long sur son humeur printanière. Et il est loin d’être le seul. La «saison des amours» a bel et bien commencé.
Une chance pour nous puisque le parcours nous réserve quelques belles surprises. Dont ces fameux sifflements puissants et ensorcelants.

«Ecoutez, avise Thierry Pellet une fois arrivés dans la forêt,

les mésanges et les sittelles chantent à tue-tête, elles marquent leur territoire et draguent. Une fois que les œufs sont dans le nid, on les entend moins.»

Paysage du marais avec un observatoire en bois en arrière-plan.
Un marais à perte de vue

Quelques mètres plus loin, dans un petit plan d’eau en lisière de la forêt, nous tombons sur des œufs de grenouille. «C’est la période, elles ne pondent qu’une fois par année.» Pas de doute, les amoureux de la nature et des animaux sont ici servis. Couleuvres, crapauds, chamois (oui, oui) et rouges-gorges ne sont que quelques exemples d’espèces vivant dans cette dense forêt. Tout comme les tiques auxquelles il faut faire attention en prenant quelques précautions, telles que le port de chaussures montantes et de pantalons longs, ainsi que de s’asperger d’une lotion répulsive anti-tique.

Après une heure de marche facile, le refuge de l’Escarbille, situé sur les hauteurs, invite les promeneurs à prendre une pause. Pas de restaurant ou de toilettes publiques, mais un lieu où il fait bon pique-niquer. Une place de jeux permet aux enfants de s’amuser tandis que les adultes contemplent le lac de Neuchâtel.

Un quart de la faune et de la flore

Rassasiés, nous continuons la promenade dans la forêt. Un panneau indique que nous nous trouvons bel et bien dans la Grande Cariçaie. Ce marais lacustre borde la rive sud du lac de Neuchâtel. «Il s’étend sur quarante kilomètres et compte trois mille hectares, c’est énorme, lance Thierry Pellet. Le quart de la faune et de la flore de notre pays se trouve ici.

Quelque huit cents espèces végétales et dix mille animaux y sont présents. Et on trouve ici aussi des espèces rares et menacées.

Une des stars de la Grande Cariçaie est la panure à moustaches, c’est le seul endroit où elle niche en Suisse.» Nous n’aurons pas l’occasion d’en apercevoir. Mais avec l’aide d’une paire de jumelles, nous tombons néanmoins sur une fauvette à tête noire ainsi que sur un troglodyte mignon, «le plus petit oiseau de Suisse».

Changement de décor

Alors que nous descendons des escaliers escarpés, nous entendons un pic épeiche tambouriner bruyamment sur un arbre. Le décor change ensuite peu à peu. Si la forêt est toujours présente, la végétation est plus douce. En suivant le sentier bordé d’ail des ours, nous croisons de charmantes cascades.

Puis, nous arrivons sur le domaine de Champ-Pittet. Ce centre nature géré par Pro Natura fête cette année ses trente ans. Sur le chemin, nous marchons sur des passerelles surplombant des étangs. Les lentilles d’eau nappent ces étendues, les rendant immobiles et d’un vert presque surnaturel. Les amoureux seront ici enchantés, l’atmosphère qui émane des lieux a quelque chose de nostalgique et de romantique.

Cette impression se poursuit lorsque nous arrivons au château de Champ-Pittet. Cette magnifique demeure du XVIIIe siècle abrite un restaurant, une boutique, un laboratoire, des salles de séminaires et plusieurs expositions (lire encadré). C’est ici que nous laissons le patron vaquer à ses occupations.

Pour nous, la balade se termine à l’observatoire. Un lieu magique où le lac de Neuchâtel prend des airs d’Everglades. La peur fantasmée de tomber nez à nez avec un crocodile nous pousse à regarder nos pieds. Jusqu’à ce qu’un enfant crie: «Regarde le martin-pêcheur, il frôle l’eau à toute vitesse, c’est trop cool!»

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin

Photographe: Mathieu Spohn