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16 juillet 2012

Le sitar lui va si bien

Fille du musicien indien Ravi Shankar, sœur de la chanteuse folk Norah Jones, Anoushka Shankar a créé sa propre voie, entre l’Asie et le flamenco.

Anoushka Shankar sur un lit avec son sitar
Anoushka Shankar et son sitar se produiront à Verbier le 25 juillet. (Photo: Keystone/Harper Smith)

Après une vie partagée entre l’Inde, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, c’est de Londres – où elle s’est installée avec son mari, le réalisateur Joe Wright (Orgueil et préjugés) et son fils Zubin (18 mois) – qu’Anoushka Shankar nous répond. «Je suis tellement heureuse de faire ce que je fais, et de pouvoir le partager avec les gens!»

Avec un père idole de la world music, Ravi Shankar, difficile de passer à côté du sitar, son instrument mythique. Pourtant, la fillette tâte d’abord un peu de piano avant de se lancer corps et âme dans l’étude du complexe cousin de la guitare. «J’ai eu une préférence pour la musique de mon père, le sitar est mon grand amour», confie-t-elle aujourd’hui.

Anoushka à propos de son père Ravi Shankar: «Nous avons une relation incroyable, quasi télépathique.»
Anoushka à propos de son père Ravi Shankar: «Nous avons une relation incroyable, quasi télépathique.»

Entourée d’autres jeunes gens, elle assiste aux cours donnés par le vieil homme, aujourd’hui âgé de 92 ans, qui décèle, non sans fierté, un réel talent chez sa fille et décide de la prendre pour l’accompagner dans ses concerts. «Nous avons une relation incroyable, quasi télépathique: père-fille, mais aussi prof-élève. Nous n’avions pas fait de musique ensemble durant des mois à cause de ma grossesse. Mais en février dernier, nous avons rejoué ensemble pour la première fois depuis longtemps. C’était clair, ça coulait de source», raconte la jeune femme de 30 ans. Un père à qui elle a dédié un livre, Bapi... l’amour de ma vie.

La troupe indienne enchaîne les concerts, permettant à la jeune fille alors âgée de 13 ans de se produire dans les lieux les plus mythiques, comme le Carnegie Hall à New York. Et ce qui devait arriver arriva: un jour Anoushka Shankar décide de sortir son propre album, envoûtant de sitar. «Ça a été difficile de créer mon propre chemin, mais je ne l’ai pas vraiment cherché non plus. Je crois que j’essayais de me prouver que j’en étais capable. En même temps, mon père reste mon père. C’est comme si l’on n’aime pas son nez, on doit vivre avec.»

Elle trace son chemin, reçoit ses premières récompenses internationales, poursuit ses collaborations avec Ravi, tout en sortant tour à tour six albums. «Ce qui m’inspire? La vie. Ma vie, mes expériences, les joies, les peines, l’amour... Sur scène, je ne pense à rien, je joue au feeling, c’est très intime. Mais bon, parfois aussi, j’ai des choses très pratiques en tête. On ne peut pas toujours être totalement dedans.»

Quand le sitar se mélange au flamenco

Anoushka Shankar est une femme de son temps. Loin d’elle l’idée de perpétuer la tradition de la musique indienne. Alors, dans son dernier album, Traveller, elle a pris un risque immense: mêler le sitar au flamenco. Comment cela est-il possible? «Les deux ont des racines communes. Vers l’an 800, beaucoup d’Intouchables (ndlr: la caste mise au ban de la société indienne), qui vivaient comme des gitans, ont dû quitter le pays. Ils ont traversé toute l’Europe pour s’installer en Espagne. C’est ce voyage-là que je voulais raconter.»

Selon elle, le flamenco et la musique indienne possèdent beaucoup de similitudes, mais c’est davantage le dialogue entre les deux, plutôt que les liens qui les unissent, qui l’a poussée à collaborer avec de grands artistes. Le modus operandi demeure le même: elle au sitar donnant l’harmonie et l’impulsion, sur lesquelles les invités posent ensuite leur voix.

Je suis tellement heureuse de faire ce que je fais.

Par le passé, d’autres collaborations ont aussi marqué les mémoires: Sting, Nina Simone, Herbie Hancock ou... Madonna. Toujours grâce à la musique, elle a eu l’honneur de rencontrer le dalaï- lama. Une rencontre qui n’est pas restée sans suite, puisque Anoushka Shankar a été approchée par l’ONU afin de devenir ambassadrice pour les projets au Rajasthan. «S’il y a une chance que les choses changent grâce à ma voix, je le fais volontiers. C’est important de m’engager pour mon pays. Il est pétri de contradictions: on parle beaucoup de son développement ces dernières années, alors qu’il y a tellement de gens qui n’ont pas accès à l’eau potable!»

Un engagement pour les filles de son pays

Parmi les projets qui lui tiennent à cœur, Anoushka Shankar cite le problème des filles qui, souvent, n’ont pas la chance de naître (avortement tardif après le verdict du sexe) et le manque d’éducation. «Je suis terrifiée par cette situation et m’engage à créer une sorte de sponsoring, afin qu’elles puissent aller à l’école.» En attendant, la famille Shankar pourrait bien continuer à porter haut les couleurs de la musique indienne. Zubin, le fils d’Anoushka, montre déjà de l’intérêt pour l’instrument traditionnel familial. «J’adorerais lui apprendre, mais il faut que cela vienne de lui.» Et avec Norah Jones, cette demi-sœur longtemps détestée? «Nous avions composé un duo en 2008. Nos relations se sont apaisées. Mais c’est frustrant que l’on ne me parle que de ça!» déplore-t-elle. De sa sœur, il n’en sera pas question au Verbier Fes­tival, où elle se produira le 25 juillet, après une première performance applaudie, il y a quatre ans. «J’avais beaucoup aimé l’ambiance, la vue et les contacts avec les autres musiciens. Peut-être que cela débouchera sur un nouveau projet, qui sait?» glisse-t-elle en riant.

Auteur: Mélanie Haab