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26 mai 2014

Le smartphone tuera-t-il l’appareil photo?

Faute de se montrer plus pratiques et innovants que les téléphones portables, les appareils photo traditionnels, compacts en tête, voient leurs ventes dégringoler.

Une foule se presse et photgraphie avec des smartphones, des compacts et des appareils reflex.
Les appareils photos compacts doivent désormais jouer des coudes pour garder leur place sur le marché. (Photo: Keystone)

Le flou s’installe sur l’avenir des appareils photo traditionnels. Marché des compacts en plein rétrécissement, intérêt décroissant pour les reflex à objectifs interchangeables de la part du consommateur lambda: avec sa fonction photo désormais performante, et toujours sous la main, le smartphone triomphe.

Des chiffres? Les sept grands acteurs de l’image numérique (Canon, Nikon, Sony, Fujifilm, Panasonic, Casio et Olympus) prévoient la vente de 48 millions d’exemplaires sur l’année en cours (d’avril 2014 à mars 2015), soit 50% de moins que durant la période 2010-2011.

Dans le détail, Canon et Nikon, davantage pourvus d’une réputation d’«experts», s’en sortent mieux que les autres, qui tendent tous à abandonner le secteur de l’appareil photo compact de base, considéré moribond, et préfèrent se tourner vers des boîtiers hybrides sans miroir, les seuls connaissant un certain succès.

Si le marché des «vrais» reflex reste un cas à part, qui aura toujours les faveurs des professionnels tout comme des amateurs passionnés, l’avenir des modèles compacts semble passer uniquement par la présence de fonctions de plus en plus haut de gamme: zooms sur-dimensionnés, prises de vues en rafale, étanchéité, etc.

Une connectivité qui pourrait encore être améliorée

En revanche, on s’interroge sur l’absence prolongée de vraies solutions simples et rapides de transferts d’images, ainsi que sur celle d’un réel wi-fi. Car l’instantanéité avec laquelle un smartphone peut déposer une photo sur Facebook ou Instagram, voire l’envoyer par message ou e-mail, constitue l’une des clefs de sa prise de pouvoir en photo numérique.

«L’important est de conserver une trace, pas de créer une œuvre d’art»

Portrait de Xavier Bertschy portant un T-Shirt avec l'inscription "Little bit super"
Xavier Bertschy

Xavier Bertschy, entrepreneur web frigbourgeois et agitateur d’idées interactives, répond aux questions de Migros Magazine.

Les grandes marques d’appareils photo n’ont-elles pas manqué d’esprit novateur en omettant d’intégrer le wi-fi ou d’autres dispositifs facilitant le transfert d’images depuis leurs appareils?

Très certainement. De telles solutions existent depuis quelques années déjà pour le milieu professionnel, mais pas vraiment pour le grand public. De nos jours, il existe enfin des appareils de type «compact» qui fonctionnent avec un système Android (comme sur les téléphones) et qui permettent d’envoyer les clichés directement sur internet via un espace privé dans le «nuage», ou par le biais d’outils de partage tels que par exemple Instagram.

Instantanéité et praticité jouent indéniablement en faveur des smartphones. Restent l’expression artistique et la qualité aux «vrais» appareils photo. La possibilité de partage est-elle devenue l’élément le plus important pour la majorité?

Evidemment! Le marché mis à mal par les smartphones est avant tout le marché du grand public. La plupart du temps, il s’agit de clichés «souvenirs». L’important est de conserver une trace, pas de créer une œuvre d’art. On cherche à faire un cliché réussi, et ce le plus facilement possible. Et puis, après, on cherche à lui donner de la valeur (et flatter son ego) en la partageant avec ses amis pour obtenir un maximum de likes ou de retweets. Un smartphone permet de réaliser tout cela. Avec un appareil photo de type «classique», c’est bien plus long et fastidieux.

Trop d’images, partout et tout le temps: n’y a-t-il pas un risque de lassitude?

Prendre une photo est désormais facile; il ne faut plus de compétence particulière. Partager ses clichés est aussi devenu gratuit. La photo s’intègre clairement au mainstream. Ceci dit, les blogs n’ont pas tué les livres. Ce n’est pas parce qu’une discipline est techniquement devenue accessible que tout un chacun peut produire du contenu de qualité. Un bon photographe, ça restera un coup d’œil et un message à faire passer en un cliché (ou une série). Et l’appareil photo, sophistiqué ou non, reste un simple outil. En revanche, les gens ne s’intéressent plus aux coulisses de la photo. C’est comme la mécanique: il faut juste que cela fonctionne, l’appareil se chargeant des réglages.

Auteur: Pierre Léderrey