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21 mai 2012

Le solide gaillard qui a la bosse du vélo

Au pays de la petite reine, le BMX est en train de faire sa place. Un sport «cool», selon Yvan Lapraz, qui compte bien défendre la Suisse aux Jeux olympiques.

Yvan Lapraz
Yvan Lapraz 
a un rêve: partir pour les Etats-Unis pour pouvoir 
se consacrer 
pleinement 
à son sport.

Son gabarit imposant est à l’inverse de son vélo, qui lui-même est à l’opposé des vélos racés de course: Yvan Lapraz possède d’imposants pectoraux. Son vélo ressemble, lui, à un tricycle d’enfant, petites roues en moins. Mais la masse de l’engin n’a rien de celui d’une fillette. «Il faut qu’il ait un certain poids pour être stable. Le départ des courses se fait à la descente, donc plus on est lourd, plus on prend de la vitesse. Mais pas trop non plus», explique Yvan Lapraz. Il n’y a donc pas de vitesses et un seul frein. Quant à la selle, en course, il n’en a pas besoin.

A la base, il se passionnait plutôt pour le football. Mais un jour, il assiste avec ses deux frères à une course de motocross. Sur le terrain d’à côté, des gens s’entraînent sur des BMX. Coup de foudre collectif. Il a 8 ans. «La base du BMX est de ne pas avoir peur, même si certains de nos sauts atteignent quinze mètres. Forcément, il y a souvent des chutes, mais ce ne sont pas quelques cicatrices qui vont m’arrêter.» Son corps parle pour lui: de grosses marquent témoignent, ici des cicatrices sur un bras, une autre sur un coude, là des clavicules malmenées en permanence.

Yvan Lapraz: «La base du BMX est de ne pas avoir peur, même si certains de nos sauts atteignent quinze mètres.»
Yvan Lapraz: «La base du BMX est de ne pas avoir peur, même si certains de nos sauts atteignent quinze mètres.»

Huit mois hors du circuit

L’an dernier, une épaule lâche, le peintre en automobile («je voulais un CFC, même si je pense que je ne travaillerais jamais dans ce domaine») doit passer sur le billard et est privé de compétitions durant huit mois. Il en faudra plus pour l’arrêter. Sans relâche, il travaille la force, l’endurance, les accélérations, la technique... se nourrit de protéines, de vitamines et de créatine. «Il y a relativement peu de dopage dans le BMX, car la vitesse ne fait de loin pas toute la différence. C’est un sport cool, fair-play, même s’il y a quelques blaireaux.»

Pour pratiquer le BMX, il faut aimer les sensations fortes.

Un sport de casse-cou aussi, et Yvan Lapraz le reconnaît volontiers, casse-cou, il l’est aussi dans la vraie vie. «Pour pratiquer le BMX, il faut aimer les sensations fortes. Mais j’ai dû me calmer. Avant, à ski, je faisais tous les sauts.»

Cependant, sous ses airs de grand dur, le Neuchâtelois est un tendre au moment de prendre son lapin Yogi dans ses bras et de le calmer en murmurant à son oreille, dans le jardin de la maison familiale à Cortaillod.

A camping-car à travers l’Europe

Les trois frères Lapraz ont créé une émulation: désormais, tout le monde pratique le BMX dans le quartier. Parqué à proximité, le camping-car semi-remorque attend le prochain départ. Le père, qui tient un garage de motos, accompagne l’équipe suisse en qualité de mécanicien. «Il se déplace dans toute l’Europe sur les courses.» Dans ce véritable appartement tout confort, le jeune homme peut se reposer entre deux manches.

Cet été, la discipline sera présente aux Jeux olympiques pour la deuxième fois de son histoire, après un premier essai, il y a quatre ans à Pékin. «De plus en plus de gens connaissent le BMX, c’est positif. Au début, ils pensent qu’il s’agit d’un sport d’enfant, sans se rendre compte du boulot qu’il y a derrière. Mais quand ils viennent nous voir, ils réalisent.»

Il aimerait vivre de son sport

Son rêve? Partir à la fin de l’année pour les Etats-Unis, l’eldorado du BMX, pour y réaliser une ou plusieurs saisons et se faire connaître. Il économise ses primes dans ce but. «Là-bas, il y a beaucoup plus de sponsors, ce sera aussi plus facile d’en vivre», espère-t-il.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo