Archives
19 décembre 2016

Le succès des films

François Albera, professeur d’histoire et esthétique du cinéma, Université de Lausanne, répond à la question de Roxanne, 15 ans.

Question manuscrite d'ado: «Pourquoi certains films restent au ciné et pas d'autres?»
La question de Roxanne, 15 ans.
Portrait de François Albera
François Albera

François Albera, professeur d’histoire et esthétique du cinéma, Université de Lausanne.

«La question n’est pas facile, car l’histoire du cinéma elle-même évolue. En 1958, on avait demandé à des critiques et historiens du cinéma quels étaient les dix meilleurs films de tous les temps. Leur palmarès ne se retrouve plus du tout dans les années 2000.

Non seulement parce que le cinéma a continué de produire des films, mais aussi parce qu’on ne regarde plus du même œil le cinéma passé, qu’il soit muet ou parlant. Titanic, qui a eu un énorme succès, est-il resté aussi important?

Les chefs-d’œuvre ne sont pas figés, ils changent en fonction des goûts, ou de nouvelles découvertes.

Par exemple, on s’est intéressé à Buster Keaton dans les années 1950, quand Chaplin régnait à peu près seul dans le domaine du film burlesque. Ou dans les années 1980, on a redécouvert un cinéaste japonais, Ozu, jusqu’alors méconnu.

Depuis quelques dizaines d’années Hitchcock est plus apprécié que Welles ou Renoir. Ces trois cinéastes sont aujourd’hui en tête du palmarès des ‹cent meilleurs films de tous les temps›. Par ailleurs, les raisons qui font rester les films dans la mémoire et dans l’histoire tiennent aussi à d’autres raisons que leur valeur intrinsèque.

Les films ne naissent pas égaux: les uns bénéficient d’un puissant appui publicitaire parfois plus coûteux que le film lui-même, tandis que d’autres peinent à être diffusés.

Cette inégalité a des causes nationales (la suprématie de l’industrie américaine), économiques et culturelles (la presse, les médias, l’édition).»