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6 août 2012

Le système solaire à vos pieds

A Saint-Luc, dans le val d’Anniviers, le Chemin des planètes offre une superbe et instructive balade la tête dans les étoiles.

La représentation de Saturne sur le chemin des planètes
Saturne, une énorme boule de gaz comprimée par son propre poids, est la planète la moins dense du système 
solaire.
Uranus est la première planète découverte à l’aide d’un télescope en 1781.
Uranus est la première planète découverte à l’aide d’un télescope en 1781.

C’est un chemin pour prendre de la hauteur. D’abord parce qu’il serpente au-dessus de Saint-Luc, entre l’arrivée du funiculaire de Tignouza et l’hôtel Weisshorn. Mais surtout parce qu’il offre un parcours à travers notre système solaire. La balade commence donc en dessous de l’observatoire François-Xavier-Bagnoud, en compagnie d’Eric Bouchet. Cet astronome de 38 ans vient du centre de la France, et a rejoint l’observatoire FXB il y a trois ans. «J’aime la montagne et je voulais travailler dans une institution moins grande, à dimension humaine. Ici, c’est parfait.»

Nous voici donc devant un grand rond (légèrement ovale, en fait) surmonté d’une plaque nominative avec des données chiffrées précédées de sigles un peu abscons pour le parfait profane. «Je me suis aperçu que le mode d’emploi du chemin n’existait pas vraiment. Pour en profiter pleinement, il faut se préparer un peu, en prenant une petite brochure explicative à l’Office du tourisme de Saint-Luc, ou en téléchargeant une application pour smartphone.» Mais quand on a la chance d’avoir avec soi un scientifique passionné, autant en profiter.

En gros, le sentier planétaire constitue un modèle réduit du système solaire, où toutes les planètes – et le soleil lui-même, donc – ont été réduites 100 millions de fois. «Cet ovale mesure donc 14 mètres dans sa plus grande longueur. Vous pouvez faire le calcul, c’est correct.»

Lorsqu’un mètre correspond à un million de kilomètres

La petite subtilité est que l’échelle des distances s’avère, elle, différente. Au milliardième. Autrement dit, un mètre parcouru sur les hauteurs magnifiques du val d’Anniviers correspond à un million de kilomètres dans le ciel. «Donc chaque fois que je fais un très grand pas, c’est comme un immense bond de fusée?» demande en s’arrêtant à notre hauteur Elie. «Oui, lui répond notre accompagnateur, nous allons plus vite que la lumière.» Du haut de ses 5 ans, Elie se promène avec ses parents. Et il semble ravi d’apprendre que dans les environs de l’astre solaire, les premières planètes se situent assez proches les unes des autres. A peine cinquante pas et nous voilà donc déjà en face de Mercure, l’une des huit planètes de notre système. Ah bon, pas neuf? «Officiellement, Pluton a été déclassée, explique Eric Bouchet. Dans les années 90, les progrès techniques ont permis d’en découvrir de nouvelles. Et il a été décidé de créer une sous-catégorie pour celles qui correspondaient aux caractéristiques de la petite Pluton.»

Une température maximale de 430 degrés sur Mercure

Une brochure permet aux visiteurs de décrypter les plaques d’identité.
Une brochure permet aux visiteurs de décrypter les plaques d’identité.

Mais revenons à Mercure. Une fois qu’on en possède les clés, sa plaque d’identité nous apprend plein de choses. Qu’elle est trois fois plus petite que la Terre. Que son «Prot» est de 58,6, soit le nombre de jours qu’il lui faut pour effectuer un tour sur elle-même. Que sa «Tmax» – température maximale – culmine quand même à 430 degrés. «Eh oui, elle est plus proche du Soleil que nous. En revanche, comme elle n’a pas d’atmosphère, il y fait très froid à l’ombre.» Et puis, surtout, qu’un (hypothétique) Mercurien fêterait son anniversaire tous les trois mois environ (88 jours), puisque Mercure est la planète qui tourne le plus rapidement autour du Soleil, à quelque 172 400 km/h. Elle porte bien son nom.

La seconde planète, Vénus, est à équidistance: cinquante pas supplémentaires, à 100 millions de kilomètres du Soleil. Son rayon est comparable à celui de la Terre, même si elle évoque l’amour et le paradis, les températures y sont plutôt infernales. Et puis, elle possède une particularité unique: «C’est la seule à tourner en sens inverse. Le Soleil s’y lève donc à l’ouest. Bon, pas souvent de toute manière, puisqu’elle tourne extrêmement lentement sur elle-même. Il lui faut 243 jours pour un seul tour», relève Eric Bouchet.

Sur Jupiter, tu n’aurais ton anniversaire que tous les douze ans.

Ensuite il y a la Terre, bien sûr, la plus grande des planètes dites «rocheuses», et sa vitesse de rotation à l’équateur, de 1675 km/h. Mais ici, à Saint-Luc, elle a diminué de moitié. «Et la suivante, tu peux la deviner, elle porte le nom d’une barre chocolatée que tu aimes bien», annonce son papa à Elie. Le petit garçon gratte avec son bâton de randonnée dans la terre du chemin. Comme elle, il sèche. «Mars, voyons!»

La planète rouge, pas du tout parce qu’il y fait chaud (-60 degrés, c’est pas terrible), mais parce que ce caillou trois fois plus petit que la Terre, autrefois peuplé de tous les fantasmes extraterrestres, recèle énormément d’oxyde de fer.

Eric Bouchet, astronome à l’observatoire François-Xavier-Bagnoud.
Eric Bouchet, astronome à l’observatoire François-Xavier-Bagnoud.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sentier n’a pas de lien direct avec l’observatoire. Sa création est d’ailleurs antérieure à l’inauguration de ce dernier (1995): c’est en 1989 que le patron de la course Sierre-Zinal en a eu l’idée, s’associant avec l’observatoire de Genève pour les données techniques.

Mais voici la géante Jupiter, dix fois plus grande que la Terre et dont «la masse dépasse celle de toutes les autres planètes réunies», explique l’animateur scientifique de l’Observatoire FXB à Elie. «Là, tu vois, tu n’aurais ton anniversaire que tous les douze ans», ajoute Eric Bouchet. Non sans nous glisser que les avancées scientifiques rendent de temps en temps une information caduque. «Par exemple, à l’époque, on accordait seize satellites à Jupiter, contre plus de soixante-quatre aujourd’hui.»

Nous avançons encore sur ce chemin large et facile d’accès jusqu’à Saturne, la dernière à être visible à l’œil nu, mais exercé quand même. Elie et ses parents nous quittent, redescendant vers Saint-Luc par l’un des sentiers permettant de ne pas forcément faire l’aller-retour sur celui des planètes.

Le chemin s’allonge jusqu’à la lointaine Uranus. Cette planète a été survolée par la sonde Voyager 2 en 1989, la même année que l’inauguration de notre itinéraire. «Elle aura quand même mis douze ans, puisque lancée en 1977.» Eh oui, septième planète depuis le Soleil, Uranus se trouve presque aux confins de notre système. Il faut donc se motiver pour effectuer les 10,88 unités astronomiques, soit 1,63 kilomètre de grimpette sur le plancher des vaches, et rejoindre Neptune, la dernière planète «officielle» là-haut sur la crête.

Besoin de motivation? Le parcours est encore plus beau, l’horizon s’ouvrant sur la vallée du Rhône. Et puis on ne vous parle même pas de la mythique tarte aux myrtilles de l’hôtel Weisshorn. Sinon, il n’y en aura plus pour tout le monde...

Auteur: Pierre Léderrey