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6 octobre 2014

Le «Titanic» fait escale à Genève

La grande exposition itinérante qui retrace l’histoire du paquebot géant passera par Palexpo dès le 10 octobre. Elle comprend une large collection d’objets originaux ainsi qu’une reconstitution des cabines du navire.

Illustration du naufrage du Titanic
Contrairement à cette illustration du célébrissime naufrage, vous avez toutes les chances de ressortir vivant de l’exposition!
une réplique de la carte d’embarquement originale fait office de billet d’entrée.
Pour vous plonger parfaitement dans l’ambiance, une réplique de la carte d’embarquement originale fait office de billet d’entrée.

«Nom: Edgar Giles. Age: 24 ans. Traversée au départ de: Southampton. A destination de: Camden, New Jersey», comme on le découvre sur la carte d’embarquement frappée du logo de la White Star Line, et obtenue en même temps que notre ticket d’entrée. Nous voilà dans la peau de ce jeune Anglais qui désirait rejoindre son frère aîné en Amérique, déjà employé là-bas en tant qu’entraîneur de chevaux de course.

«Titanic – l’Exposition», qui fait halte dès vendredi à Genève, se veut la plus authentique possible. Notamment grâce aux histoires rocambolesques de quelques-uns des 2208 passagers et membres d’équipage du navire contées tout au long du parcours. Quant à Edgar Giles, il faudra patienter jusqu’à la fin de l’exposition (ou les dernières lignes de cet article) pour savoir s’il figure sur la liste des 712 rescapés du naufrage.

Aventurons-nous donc dans l’exposition. Après une brève mise en contexte historique (nous voilà en 1912, aux dernières années de la Belle Epoque et de ses importants flux d’émigrés de l’Europe vers l’Amérique), nous entrons dans une première salle où sont entassées de grosses piles de bagages.

Portrait de Gérard Piouffre
Gérard Piouffre

«On n’avait pas l’habitude de voyager léger, à l’époque, sourit notre guide, Gérard Piouffre, grand connaisseur des constructions navales et auteur de plusieurs ouvrages à propos du Titanic.

Les passagers les plus pauvres rêvaient de démarrer une vie meilleure en Amérique. Quant aux passagers de première classe, ils possédaient parfois jusqu’à dix-huit malles! Rien que les coffres à chapeaux prenaient énormément de place...»

Les nombreux panneaux explicatifs et l’audioguide prêté gratuitement à l’entrée permettent d’en savoir plus à propos du célèbre géant des mers. On y apprend par exemple que quelque 2000 plaques d’acier ont été nécessaires à sa construction, maintenues ensemble par plus de 3 millions de rivets. Le navire était alors le plus grand objet mobile jamais réalisé par l’homme.

Contrairement à ce qu’on croit, il n’a pas fait sensation lors de son inauguration,

Portrait de
Franck Gavard-Perret

nuance notre second accompagnant, Franck Gavard-Perret, grand spécialiste des passagers du Titanic. Il était en fait une réplique de l’Olympic, l’autre navire de la compagnie White Star Line mis en service un an plus tôt.»

Des objets d’origine pour témoigner

Mais venons-en au point fort de l’exposition: plus de 200 objets originaux, tous extirpés de l’épave qui gît encore à 3821 mètres sous l’Atlantique. La collection comporte notamment des billets et pièces de monnaies de différentes nations. Mais aussi des flacons de produits cosmétiques, intacts, et contenant toujours leur liquide original.

De g. à dr.: la vaisselle lors de sa découverte
La vaisselle lors de sa découverte au fond de l'océan.

Ou encore ces nombreuses pièces de vaisselle, dont certaines sont estampillées du logo de la White Star Line. Mais comment cette fine porcelaine a-t-elle bien pu demeurer intacte après le naufrage? «Le Titanic effectuant son voyage inaugural, certaines caisses de vaisselle n’avaient pas encore été ouvertes, indique Gérard Piouffre. Et on a l’habitude de ranger en sécurité les objets fragiles sur les bateaux, pour les protéger de tout dommage si la mer venait à s’agiter.»

Une photo d’époque d'une cabine de classe supérieure.
Une photo d’époque d'une cabine de classe supérieure.

Plus impressionnant encore: ces vêtements qui ont su résister à un siècle passé sous l’océan, grâce aux malles en cuir qui les protégeaient. Et ces merveilleux bijoux, qu’aimaient tant exhiber les riches passagères de première classe. Comme cette fine broche en or que les fouilles ont permis de mettre au jour au cœur de la gigantesque épave. «Encore plus fort que retrouver une aiguille dans une botte de foin!»

Déambuler comme les passagers d’autrefois

L’escalier central en bois du «Titanic».
L’escalier reste la pièce maîtresse de l’imaginaire lié au mythe du «Titanic».

L’autre grand atout de l’exposition, ce sont les reconstitutions de certaines salles du navire. En plus des cabines de première, deuxième et troisième classe, la pièce la plus impressionnante est sans nul doute le magnifique double escalier de bois qui reliait les suites de première classe au grand salon.

Soit l’escalier où se sont donné rendez-vous Rose et Jack avant de dîner ensemble parmi la jet-set à bord du navire (les fans du film de James Cameron comprendront!):

Evasé sur le fond, l’escalier était conçu pour être descendu. Imaginez l’effet d’une belle dame qui s’y élance sur les gentlemen déjà installés en contrebas,

précise l’historien.

Un garçon vend des journeaux dans la rue.
Vente de journaux peu après la catastrophe devant le siège de White Star Line.

La fin de l’histoire, tout le monde la connaît. Au soir du 15 avril 1912, vers 23 h 40, le paquebot, réputé à l’époque «insubmersible», heurte un iceberg et entaille sa coque en dessous de la ligne de flottaison. Le navire sombrera environ deux heures et demie plus tard, à 2 h 20 du matin. Après une dernière salle qui explique en détail les raisons techniques de ce naufrage, un panneau dresse la liste de toutes les personnes à bord du navire. On y apprend qu’Edgar Giles, le passager dont nous avions reçu la carte d’embarquement, n’a malheureusement pas survécu. La poisse! Lui qui avait réservé sa traversée à bord de l’Oceanic, mais avait dû au dernier moment se rabattre sur le Titanic en raison d’une grève des mineurs de charbon…

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Keystone