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23 juin 2014

Le tourisme suisse sous haute pression

Alors que le directeur de Suisse Tourisme table sur un recul des nuitées, notamment en raison du franc fort, qu’en est-il des destinations de vacances des Helvètes? Pour beaucoup, il semble que l’herbe soit plus verte ailleurs...

Vue sur Saint-Moritz
Seuls 10% des Romands, choisissent la Suisse, ici Saint-Moritz, comme destination estivale. (Photo: Keystone)

La Suisse, ses lacs de montagne, ses Alpes et ses panoramas à couper le souffle. La carte postale a beau être idyllique et séduire depuis longtemps les touristes des quatre coins du monde, elle semble pourtant avoir perdu de son attrait.

La faute au franc fort, s’est récemment inquiété Jürg Schmid, le directeur de Suisse Tourisme, faisant remarquer que l’hôtellerie helvétique avait enregistré une baisse de 18% de clients européens depuis le début de la crise du franc. A cela s’ajoute une autre crise, celle en Ukraine, qui devrait ralentir l’afflux de clientèle russe, craint le directeur.

Des envies de mer et de plage, sous le soleil exactement

C’est un fait, il faudra attendre encore longtemps avant que les prix des hôtels se montrent attractifs envers les touristes étrangers. Pour ne rien arranger, il semble qu’il ne faille pas davantage compter sur les vacanciers suisses pour inverser la tendance. L’été, ces derniers ont le plus souvent des envies d’ailleurs. Direction la mer, ses plages de sable fin, sous le soleil exactement, comme le relève Prisca Huguenin-dit-Lenoir, porte-parole chez Hotelplan (voir entretien plus bas).

Preuve en est ce sondage sur le comportement des Suisses dans le domaine des vacances réalisé en 2010 par le Centre de compétences suisse en sciences sociales (FORS). Si près de 40% d’Alémaniques privilégient des vacances au pays (hiver compris), ils ne sont que 25% de Romands à faire ce choix. L’été, seuls 10% d’entre eux optent pour la petite Helvétie.

Si l’envie d’évasion pèse dans la balance, le rapport qualité-prix vaut aussi son pesant d’or. Italie, Grèce, Turquie, Egypte, France ou Espagne, autant de destinations qui offrent un service et des prestations que la Suisse ne peut proposer à des prix concurrentiels.

Alors, face à ce constat, reste l’espoir d’une météo clémente. De quoi convaincre les indécis de passer l’été au pays de Heidi?

«Les clients suisses ont tendance à privilégier le rapport qualité-prix»

Portrait de Prisca Huguenin-dit-Lenoir
Prisca Huguenin-dit-Lenoir

Prisca Huguenin-dit-Lenoir, cheffe de la communication du groupe Hotelplan, répond aux questions de Migros Magazine.

Passer ses vacances en Suisse, c’est définitivement devenu un luxe?

C’est en tout cas cher pour un étranger même si les prix n’ont pas augmenté par rapport à l’an dernier. Le problème de la Suisse reste la cherté du franc face à un euro très attractif. En comparaison, les offres en Autriche ou en France sont plus séduisantes et le rapport qualité-prix meilleur. On ne parle pas de la Grèce ou de la Turquie où l’on trouve des prix défiant toute concurrence.

Avec des prix d’hôtellerie élevés, on imagine un service de qualité. Est-ce toujours le cas?

Tout dépend du nombre d’étoiles de l’hôtel. Mais il est vrai que pour le même type de séjour dans les Alpes, nous avons constaté que nos clients sont en général plus satisfaits du service et de l’accueil proposés par exemple en Autriche qu’en Suisse.

Selon un sondage, seuls 10% des Romands choisissent la Suisse comme destination estivale. Comment expliquez-vous ce peu d’engouement?

Les Helvètes choisissent la Suisse plutôt pour de courts séjours. Pour ce qui est de la pause estivale, les familles préfèrent le balnéaire et le dépaysement. Les gens ont envie de soleil. Et, surtout, les clients suisses ont tendance à privilégier le rapport qualité-prix. Cela est déterminant dans leur choix, notamment pour les familles. A budget équivalent, elles partent une semaine à l’étranger contre 3 ou 4 jours en Suisse.

La recette miracle, c’est donc de baisser les prix?

Ou de demander à sa banque de faire un miracle! Plus sérieusement, le problème se situe au niveau de l’étranger où en plus d’un euro très attractif, les prix baissent chaque année. Dans une telle configuration, il est vraiment difficile pour la Suisse de se montrer concurrentielle. Les solutions sont donc à chercher au niveau du service et de l’accueil, par exemple offrir un forfait de ski avec les nuitées. Il est important pour les clients d’avoir un service supplémentaire dans le prix.

Auteur: Viviane Menétrey