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20 octobre 2014

Le vallon de la Tièche, paradis caché

Au-dessus de Crans-Montana et d’Aminona se cache un beau vallon encore sauvage, auquel on accède en longeant un charmant bisse. Native du coin, Anne Rey nous y emmène.

Mélèzes le long du bisse
Facile d’accès, le vallon de la Tièche ressourcera petits et grands.

Il n’y a pas de mérite particulier à parcourir le vallon de la Tièche. On y accède facilement et la randonnée s’offre à tous les mollets, enfants et familles compris. Mais le choisir, c’est désirer prendre un peu de hauteur par rapport à la toujours remuante station de Crans-Montana. Privilégier la douceur d’un bisse serpentant à travers des mélèzes pluricentenaires aux pentes plus fréquentées de la célèbre station valaisanne.

Portrait d'Anne Rey en plein air.
Anne Rey, notre guide.

«Tièche vient de Zesse, qui signifie pâturages escarpés en patois», relève Anne Rey. Accompagnatrice en montagne, infirmière et herboriste, notre guide ressent une affection particulière pour ce vallon qu’elle arpente depuis son enfance à Montana-Village. «Jeune homme, mon père faisait le fromage dans ces alpages, et je suis venue ici toute petite déjà voir lutter les vaches et manger du sérac.»

Un point du vue idéal sur une foule de sommets

Tout commence au parking de la télécabine d’Aminona et ses fameuses tours. Il faut parquer au départ de la route de l’alpage de Merdechon (1820 m) ou de Colombire. A pied, emprunter la petite route qui grimpe pour ensuite rejoindre le bisse du Tsittoret (dont le nom est sans doute dérivé de citurnum, signifiant cellier).

Départ de là tout en douceur et à contre-courant de ce charmant bisse qui prend sa source à la Tièche (1970 m), rivière elle-même alimentée par les eaux du glacier de la Plaine-Morte. Le sentier musarde en pente douce à l’ombre des mélèzes augustes – dont l’essence a un parfum enchanteur et de grandes propriétés médicinales – avec en ligne de mire la couronne des 4000: Bishorn, Weisshorn, Zinalrothorn, Obergabelhorn, Cervin et Dent-Blanche: plutôt pas mal comme panorama et largement de quoi réviser sa géographie des cimes.

Autrefois, il existait des droits d’eau que se partageaient les familles. Chacune pouvait disposer du bisse pendant une période donnée ou de manière limitée à certaines heures,

raconte Anne Rey en rappelant que ces précieux cours d’eau ont longtemps constitué la seule ressource pour irriguer pâturages et prairies de fauche, ainsi qu’en eau potable. Aujourd’hui encore, un gardien veille à ce que le précieux liquide s’écoule normalement et ne soit pas souillé.

L’aster des Alpes
L’aster des Alpes s’épanouit volontiers sur les sols secs et rocailleux.

Raiponce et aster des Alpes ici, thym serpolet et genévriers là: la flore s’offre dans une étonnante diversité et l’on comprend vite pourquoi Anne Rey a fait de l’endroit l’une de ses balades botaniques préférées, sous l’enseigne de «Randoplaisir». «Le long du bisse, dans les recoins les plus humides, on peut trouver l’impératoire, une véritable panacée», note Anne Rey: En fumigation, sa racine purifie l’air, en baume, elle apaise les douleurs articulaires en fonctionnant comme un véritable anti-inflammatoire naturel. «On se sert des feuilles séchées en tisane contre les affections respiratoires. Fraîches, elles s’appliquent sur la peau contre les petites plaies et l’urticaire.» Pas étonnant que son nom grec, Astranthium, signifie force suprême.

Une jolie grimpette qui côtoie une cascade

Cascade bordée par un chemin fait de marches de pierre
La cascade met un accent tumultueux dans un lieu par ailleurs empreint de calme.

Après avoir salué la buvette du Scex (qui produit un délicieux fromage de chèvre), nous voici arrivés au lieu-dit la Cave du Scex. Première cascade et donc première vraie montée qui sollicite quelque peu les mollets. La cascade chute d’une quinzaine de mètres et l’on remonte le long de celle-ci grâce à des escaliers, dont certains viennent d’être refaits à neuf. De l’autre côté des eaux tumultueuses, une trentaine de chèvres semblent nous narguer en sautillant sans effort apparent jusqu’au pâturage.

Nous voici au lieu-dit Le Plan, devant le dessableur qui empêche le limon d’obstruer le bisse en contrebas. «Dans la région de Cordona, la Tièche est rejointe par une autre rivière, la Poya. Elle change alors de nom et devient la Raspille, qui fait office de frontière linguistique entre les districts de Sierre et de Loèche, et aussi entre le Valais francophone et germanophone», explique encore Anne Rey. Qui nous rappelle que, déjà en 1490, l’évêque Jost de Silenen a dû mettre fin à l’une des nombreuses batailles pour l’eau et partager la précieuse ressource de manière équitable entre les communes.

Cascade
Plusieurs 
cascades 
jalonnent 
le bisse.

Les mélèzes ont fait place au pâturage du vallon de la Tièche proprement dit. Les plus courageux peuvent poursuivre l’ascension jusqu’à la source de la Tièche, voire jusqu’à Loèche-les-Bains. Soit en passant par Varner­alp, soit, pour les pieds encore plus montagnards, par le Schwarzhorn et la Lämmerhutte à travers un petit sentier alpestre et aérien. Le chemin d’alpage fait le tour du vallon puis rejoint le bisse alors que marmottes et chamois dégringolent la pente du Petit-Bonvin à notre droite.

Auteur: Pierre Léderrey, Laurent de Senarclens