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6 février 2012

Le vélo en toute saison

De plus en plus de cyclistes ne rangent pas leur bicyclette durant les grands froids. Encore faut-il prendre quelques précautions...

Cycliste en ville en hiver
Rouler à vélo en hiver ne pose pas de problème particulier; il faut juste prendre garde aux plaques de glace. (Photo: Keystone / Aurora)

Le thermomètre affiche un petit –4 degrés. Du coup, même les automobilistes roulent avec gants et bonnet et hésitent à sortir. Mais pas lui. Malgré les flocons qui commencent à tomber, Christian ne renonce pas à son vélo. «J’adore ça, et j’ai pris l’habitude d’aller travailler avec, explique ce jeune publicitaire genevois. Avec un peu d’habitude, et pour autant que l’on soit bien équipé, c’est faisable presque toute l’année.» Comme lui, de plus en plus d’amoureux de la petite reine, par passion ou raison, ne rangent plus leur bicyclette à la mauvaise saison.

«Evidemment, note Adrien Rowland, vendeur spécialisé dans le cyclisme, ceux qui pédalent par pur plaisir sans être mordus arrêtent lorsque le thermomètre descend trop bas. Mais il est vrai que cette clientèle de «roule-toujours» se développe.»

A la commune de Lausanne, malgré une topographie guère favorable surtout lorsque la chaussée devient glissante, on confirme que l’augmentation du parc de vélos s’accompagne logiquement de plus d’utilisateurs hivernaux. Un peu plus au nord, à Yverdon-les-Bains, où l’on compte plus de 15 000 bicyclettes pour 25 000 habitants, le constat est identique: devant la nouvelle gare CFF, les places de la «vélostation» se remplissent également sous les frimas.

Mais faut-il être un casse-cou pour rester cycliste 365 jours (ou presque) par an? Quelle conduite adopter? Quels sont les équipements, sur la machine comme sur soi, à acquérir absolument? En selle!

Type de bicyclette

Plutôt VTT que vélo de course, bien sûr,même si ce dernier ne rend pas le roulage ­hivernal impossible. Electrique? Pourquoi pas, mais alors pour la même raison qu’en été: l’atout offert par son aide au ­pédalage est compensé par un poids plus important. Au niveau de la tenue de route, cela ne change rien.

Equipement du vélo

Les professionnels contactés se montrent unanimes: en hiver, la priorité en ce domaine ne concerne pas les conditions de circulation, mais de visibilité. «A cause du passage à l’heure d’hiver, relève le Bureau de prévention des accidents, de nombreux usagers se retrouvent sans éclairage suffisant», ce qui – on s’en doute – constitue un gros risque d’accident. D’autant que, déjà durant la belle saison, le bpa estime qu’un tiers des ­cyclistes circule sans un éclairage adéquat, et plus de 10% avec une lampe avant ou arrière défectueuse. Comme la nuit multiplie les risques par trois, leur ­acquisition devient impérieuse. «L’équipementier Smart, par exemple, commercialise des lampes 5 leds pour devant, et 3 leds pour derrière, qui non seulement permettront d’être vu, mais également de mieux voir», explique Adrien Rowland. On rappelle en outre que la loi impose aux cyclistes de disposer d’un éclairage (amovible ou non) ­visible à 100 mètres.

Profil des pneus

Avec les longues nuits, l’autre problème posé aux cyclistes hivernaux se situe naturellement sous leurs roues. Bitume froid, pluie voire neige ou verglas (mais ce dernier est de toute manière à éviter) accroissent d’autant le risque de finir par terre. Et avec deux roues, la seule solution pour rester en selle consiste à s’équiper de pneus au profil plus prononcé, voire à la gomme plus tendre. Des grandes marques comme Continental en fabriquent, mais le top se trouve auprès de fabricants plus spécifiques comme Schwalbe (pneu Hurricane) ou Maxxis (Wormdrive), à des prix juste sous la barre des 30 francs par pneu. Selon Pierre-André Clément, le patron de l’enseigne spécialisée Extrem Bike, des freins à disque sont également à conseiller. «Parce qu’ils sont plus progressifs, moins on/off que les tambours. En plus, ils offrent une meilleure tenue et un bon ressenti au niveau du guidon.» Autrefois réservé à des engins haut de gamme, le frein hydraulique se trouve désormais sur des VTT à partir de 600 ou 700 francs.Pas de quoi s’en priver.

Pour autant qu’on soit bien équipé, on peut rouler presque toute l’année.

Equipement du cycliste

L’hiver à la force du mollet nécessite évidemment de ne pas attraper une bronchite après la seconde sortie. Le plus efficace consiste à adopter la stratégie de l’oignon: en multipliant les couches. Plus c’est près du corps et plus on privilégiera un matériau «technique» en fibre synthétique, tenant chaud tout en laissant s’évacuer la transpiration. «Parce que empiler des couches trop étanches, c’est l’assurance de transpirer et donc d’avoir froid», rappelle Pierre-André Clément. Au milieu, une polaire ou un pull chaud pas trop épais fera très bien l’affaire. Et au-dessus, on adopte une veste d’hiver coupe-vent, là aussi pas trop épaisse pour conserver sa liberté de mouvement. Un pantalon coupe-vent passé sur le jeans n’est pas une mauvaise idée, on le choisit facile à enfiler (une longue fermeture éclair latérale aide grandement à la manœuvre), et complète le dispositif anti-froid.Les mains et les pieds se refroidissant vite, on n’oublie pas une bonne paire de gants étanches et des chaussettes chaudes. Christian, lui, rappelle qu’il existe, comme en moto, des surbottes chaudes et anti-éclaboussures. Enfin, le ­cycliste n’oublie pas son casque, mais cela, c’est toute l’année…

Ne pas négliger l’entretien

Eh oui, les motards le savent ­également: le sel répandu généreusement sur les routes comme les trottoirs occasionne de gros dégâts aux pièces métalliques. Comme le chrome n’est guère présent sur les vélos modernes (sauf peut-être sur les «Beach bikes» un peu hors sujet en hiver), et que les cadres sont souvent en aluminium, c’est plutôt du côté de la chaîne, mais aussi de la ­visserie et des câbles qu’il faut s’inquiéter, car ils peuvent rouiller. On peut protéger sa bicyclette en vaporisant préventivement un spray au Téflon ou au silicone, mais ce rempart finira toujours par céder sous les assauts du chlorure de sodium.A éviter ­absolument: rouler après une ­période de salage et entreposer son engin dans un endroit froid et ­humide, une cave par exemple: ­dégâts rapides assurés. «La seule ­solution consiste à laver ré­gulièrement, idéalement deux ou trois fois par semaine, son vélo. Et ­jamais au lavage ­automatique, toujours soigneusement à la main!» avertit Adrien Rowland. Faute de quoi, pression et infiltration d’eau réduisent ­drastiquement la durée de vie des pédaliers et autres roulements à billes. Eh oui, rouler en hiver à vélo n’est pas de tout repos...

Auteur: Pierre Léderrey