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27 février 2017

Leana Durney: l'opéra l'air de rien

En tournée dès fin janvier prochain, la soprano neuchâteloise Leana Durney et son compagnon le baryton Davide Autieri présentent les deux spectacles lyrico-comiques qu’ils ont créés. Leur but: ouvrir l’opéra au plus grand nombre.

A travers ses spectacles, Leana Durney aimerait faire écouter de la musique classique aux gens sans qu’ils s’en rendent compte.

Le 27 mai 2011: une date qui restera à tout jamais ancrée dans la mémoire de Leana Durney. Ce jour-là, au Théâtre de Colombier, à Neuchâtel, la jeune soprano neuchâteloise et son compagnon, le baryton Davide Autieri, présentent pour la première fois leur création lyrico-comique L’Opéra dans tous ses états avec leur compagnie Comiqu’opéra. «Nous voulions faire écouter de la musique classique aux gens sans qu’ils s’en rendent compte, explique l’artiste de 29 ans. Le défi était de toucher autant les connaisseurs que les amateurs, et c’est pour cela que notre spectacle comprend différents niveaux de lecture, avec des gags pour ceux qui connaissent l’opéra, et d’autres basés sur le quotidien et le sens commun, qui permettent que le reste du public ne se sente pas marginalisé.»

Gros succès du spectacle, au point que les deux artistes, accompagnés d’un pianiste, finissent par enchaîner deux cents représentations en Suisse et en France.

Quand on avait fait le premier filage, on n’avait même pas réussi à aller jusqu’au bout.

Mais on s’est habitués: le spectacle réunit quinze airs de Mozart à Rossini, en passant par Wagner, Offenbach, Tchaïkovski… C’est extrêmement fatigant de passer d’un emploi vocal à l’autre selon les époques présentées, mais aussi de passer des parties chantées aux parlées, le tout en courant partout sur scène!»

Coup de cœur précoce

Mais le défi n’a jamais impressionné Leana Durney. Initiée aux airs classiques par ses deux frères, dont l’un jouait du violon et l’autre chantait dans un chœur, la jeune femme fait ses premiers pas sur scène à 10 ans. «C’était dans Don Giovanni de Mozart, se souvient-elle. Je devais danser autour du soliste, mais au bout de quelques répétitions, je connaissais tous les airs par cœur. Je me suis ensuite passé le CD du concert durant des mois, en chantant toutes les paroles, celles des solistes comprises.»

A 13 ans, elle intègre l’avant-scène opéra Junior, une institution neuchâteloise créée par le directeur artistique Yves Senn en 1985, qui propose des cours de chant à tous les niveaux et intègre ensuite amateurs et professionnels dans ses différents spectacles.

L’école Junior venait de se créer et, au premier cours, j’étais toute seule! J’ai ensuite participé à énormément de productions, d’abord en tant que choriste, avant de chanter de plus en plus souvent en soliste.»

Souvenir ému de son premier solo à 17 ans, dans les arènes d’Arles: «C’était dans Mireille, de Gounod. J’étais un petit berger et je devais tenir une bougie, je crois que je n’ai jamais eu autant le trac de ma vie!» Ce fut également sa première expérience de critique négative. «Le journal local a dit qu’on m’entendait à peine. Mais entre le mistral et l’orchestre, je n’avais pas beaucoup de chance!» Quatorze ans seulement et un travail acharné séparent ce premier rôle de son préféré: Mimi, interprété en février dernier. «La Bohème, c’est mon opéra, je l’adore! C’était mon premier rôle dramatique et j’ai tout donné. C’est absolument incroyable de jouer sa propre mort, puis de revenir sur scène et de saluer…»

La passion en duo

Son quotidien de chanteuse prend un tournant en 2009, lors d’un vol pour Cracovie. «Davide et moi nous rendions à une masterclass, on se connaissait très peu. Il m’a parlé d’un projet un peu fou, mélangeant textes personnels, opéra et théâtre, et m’a dit qu’il cherchait une chanteuse. J’ai été immédiatement emballée, ce d’autant plus que nous avions exactement les mêmes envies: créer quelque chose de visuel, qui puisse plaire aussi bien aux enfants qu’aux adultes, tout en conservant une grande qualité vocale.» Deux ans après naît L’Opéra dans tous ses états.

Fort du succès de ce dernier, le jeune couple à la ville comme à la scène crée ensuite – en co-production avec la compagnie de théâtre Sugar Cane – Figaroh! en 2014, un spectacle qui métisse la pièce de Beaumarchais et l’opéra de Mozart. «Durant une heure vingt, avec les comédiens Carine Martin et Mathias Glayre, on interprète tous les personnages. Dans nos spectacles, on fait toutes les bêtises, mais sérieusement.

Et j’ai eu la preuve qu’on avait atteint notre but quand un gymnasien m’a dit: «L’opéra, c’est trop stylé!»

Du solo au partage

Parallèlement à ses créations et à la participation régulière aux spectacles de l’avant-scène opéra, la jeune soprano trouve encore le temps de collaborer à Mise en Voix, «une structure mise en place par Davide à Cologny (GE), qui offre la possibilité à de jeunes artistes en formation ou en début de carrière de présenter des projets novateurs lors de quatre récitals par an». Elle prépare aussi un programme d’audition «pour chanter sur d’autres scènes», et une tournée franco-suisse qui débutera fin janvier prochain.

Mais son coup de cœur du moment, c’est le partage et la transmission de ses connaissances. «A travers Mise en Voix, j’ai commencé à animer des stages destinés aux enfants et aux seniors, avec la collaboration de Davide et de la soprano Gabriella Cavasino. Cela a été un déclic pour moi: je me suis découvert une passion pour le travail de la voix avec des adultes amateurs. Je suis à présent sollicitée par des chœurs pour animer leurs répétitions et approfondir leurs connaissances vocales. J’aime trouver le potentiel chez les gens, savoir ce qu’on peut développer instantanément chez eux. Je ressens alors un bonheur comparable à celui vécu lorsque je salue sur scène.»

© Textes: Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Guillaume Megevand