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14 décembre 2015

Usine à rêves

Cette année encore, Lego se taillera une place de choix dans la hotte du Père Noël. Reportage à Billund (Danemark), quartier général de l’entreprise familiale, qui fabrique la célèbre petite brique de plastique depuis 1949.

Vaisseaux spatiaux «Star Wars» en Lego
Les vaisseaux spatiaux font la fierté de la nouvelle collection Lego «Star Wars» de cet hiver.
Les machines servant à fabriquer les Lego
Le processus de fabrication est en grande partie robotisé.

Trois millions de briques par heure. C’est la cadence infernale à laquelle est soumise l’usine Lego de Billund, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Dans la seule halle où nous nous trouvons, 64 machines, alignées sur quatre rangées, fabriquent dans un bruit assourdissant les petites pièces de plastique.

Il y a les très classiques, comme ces briques rectangulaires de couleur rouge. D’autres arborent des formes ou des couleurs plus originales. Nul doute que ces longues tiges grises finiront leur parcours dans la boîte d’un train électrique…

Des briques bleues tombent hors de leur moule.
Le tout se fait à grande vitesse

Chaque élément est ici moulé à une température qui oscille entre 230 et 310 degrés, soumis à une pression de 2000 bars, puis refroidi très rapidement. Après ce processus, orchestré en seulement quelques secondes à l’intérieur d’imposantes machines ultra-perfectionnées, toutes les pièces tombent dans une petite caisse en plastique.

Un des robots en charge de gérer le remplissage des caisses.
Un des robots en charge de gérer le remplissage des caisses.

Des robots entièrement automatisés repèrent les bacs avant qu’ils ne débordent et les remplacent par des récipients vides. «Lorsqu’une pièce est fabriquée, il n’est pas encore déterminé à quelle boîte elle sera destinée, indique Jan Christensen, responsable de la communication chez Lego.

Il est difficile de prévoir quel succès connaîtra chacun de nos produits... Pour cette raison, nous essayons de toujours garder en réserve des éléments de chaque sorte.»

Les caisses de briques quittent la salle sur de longs tapis roulants. Elles sont fermées hermétiquement, puis entreposées sur d’immenses étagères de 35 mètres de haut. Dès que le besoin se fera sentir, elles seront transportées par camion vers d’autres centres Lego, où les briques seront comptées puis réparties dans les différentes boîtes de cartons par des robots.

A l’assaut du marché asiatique

La croissance de Lego n’a pas toujours été rectiligne. En 2003 et 2004, la firme danoise a même dû se confronter à un sévère repli des ventes. Mais aujourd’hui, la crise est loin derrière. Et l’entreprise connaît un tel succès qu’elle n’est pas encore certaine de pouvoir contenter tout le marché européen lors des ventes de cette fin d’année, a-t-elle récemment communiqué.

Une période clé pour l’entreprise familiale, puisque «50% de ses produits sont vendus en magasins entre novembre et décembre», précise le porte- parole.

L’un des produits vedettes cette année, c’est évidemment la gamme à l’effigie du nouveau «Star Wars» (sur les écrans dès le 16 décembre). Une collection lancée déjà en 1999, lorsque Lego signe un premier partenariat avec les studios de George Lucas.

Actuellement, la firme fabrique ses pièces sur quatre différents sites: ici à Billund, où elle emploie plus de 4000 personnes (alors que la ville ne compte que 6000 habitants!), en Hongrie, en République tchèque et au Mexique, où la production est destinée au seul continent américain. L’année prochaine, elle inaugurera une nouvelle fabrique en Chine, ciblée sur les consommateurs asiatiques.

Du cheval de bois à la brique de plastique

Pour comprendre le succès fulgurant de l’entreprise, une visite s’impose à l’«Idea House», située au centre de la petite localité et qui présente une grande exposition (non publique) à propos de l’histoire de Lego. La plus ancienne partie du bâtiment a été construite en 1924 par Ole Kirk Kristiansen, fondateur de Lego, en tant que maison familiale et atelier.

Un des premiers camions de pompiers en bois des années 1930
Un des premiers camions de pompiers en bois des années 1930

Le jeune entrepreneur, charpentier de formation, entreprend dès 1932 la production de jouets en bois, dont une large collection est exposée dans le musée. «Ces objets ont deux caractéristiques principales. D’abord, ils sont tous d’excellente qualité.

Le chef d’entreprise était réputé pour inspecter minutieusement chaque produit qui sortait de son atelier,

indique notre guide Tine Froberg Mortensen. Ensuite, tous les jouets se définissent par un design très réaliste.» A l’image de ces petits animaux, maisons ou autres véhicules de bois, extrêmement détaillés, qui trônent derrière les vitrines.

Ce n’est qu’en 1934 que l’entreprise est baptisée «Lego». Comme nous l'explique la responsable des archives,

«Il s’agit de la combinaison des deux premières lettres de l’expression danoise «Leg godt», que l’on pourrait traduire en français par «joue bien». Un nom très bien trouvé puisqu’il signifie aussi «j’assemble» en latin».

Prototype des divers systèmes d’assemblage sous les briques
Prototype des divers systèmes d’assemblage sous les briques, datant des années 1950. C’est la version à trois tubes creux qui sera retenue et qui en garantira le succès.

Les petites briques ne prennent leur forme définitive qu’en 1958, lorsqu’on imagine y ajouter les petits tubes creux au-dessous qui démultiplieront leurs possibilités d’assemblage. «Le grand point fort de Lego, c’est que toutes les pièces sont compatibles entre elles et peuvent donc s’accrocher les unes aux autres», précise la jeune femme qui effectue une démonstration en emboîtant aussitôt différentes briques entre elles.

L’exposition présente des centaines de constructions Lego, emblématiques de chaque époque, depuis les premières briques, qui permettaient uniquement de construire de petits bâtiments basiques, jusqu’aux modèles les plus récents, comme cette fidèle reproduction de la maison familiale des Simpson.

Personnages Lego avec diverses expressions.
Il faudra attendre le milieu des années 1970 pour que les visages des personnages Lego arborent différentes expressions.

Une présentation chronologique qui met en exergue les différents points forts qui tissent l’histoire de la marque. On y apprend par exemple que le premier bonhomme Lego n’a fait son apparition qu’en 1974, comme le précise Tine Froberg Mortensen:

Il faudra encore attendre jusqu’en 1989, avec l’apparition de la gamme «Pirates», pour qu’il puisse arborer différents visages.»

Un avenir solidement bâti en perspective

En toute fin de parcours, un podium présente les meilleures ventes de l’année 2014. On y retrouve notamment des modèles «Lego City», «des valeurs sûres depuis toujours!», les constructions Star Wars et la gamme «Ninjago». Plus étonnant, dans le top 5 figure également la collection Friends, qui cible principalement les petites filles. Jan Christensen explique:

Lego s’est rendu compte qu’elle passait à côté d’une grande partie des enfants en se concentrant sur des thématiques de garçons.»

Un autre type de consommateurs semble prendre toujours plus de poids au fil des années: les adultes. Lego l’a bien compris, avec sa nouvelle collection «Architecture» et ses modèles qui s’inspirent de grands films comme Le Seigneur des Anneaux ou de séries TV à succès à l’image de The Big Bang Theory. De quoi réveiller subitement tout enfant qui sommeille en nous...

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Red Star