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16 décembre 2013

Lens: une nouvelle adresse pour les amateurs d'art

Un centre d’exposition ouvrira ses portes le 22 décembre à Lens (VS). Créé par la Fondation Pierre Arnaud, il ambitionne d’organiser deux événements d’envergure internationale par an.

Deux hommes transportent précautioneusement un tableau.
A Lens, l’agitation est palpable à la veille de l’exposition inaugurale.
Avec sa façade en miroirs et son toit jardin, le bâtiment du centre d’art s’intègre bien dans le paysage de Lens.
Avec sa façade en miroirs et son toit jardin, le bâtiment du centre d’art s’intègre bien dans le paysage de Lens.

Magnifiquement préservé, le vieux village de Lens, en dessous de Crans-Montana, semble quelque peu figé dans le temps. Blotties autour de l’église, les bâtisses historiques de pierre contrastent toutefois avec un bâtiment tout de verre et d’acier situé non loin de là, au bord du lac du Louché. C’est là que la Fondation Pierre Arnaud prévoit d’ouvrir le 22 décembre un centre d’art d’envergure internationale.

Approchons un peu. De l’extérieur, tout paraît bien calme et étrangement silencieux. Une fine couche de neige recouvre le plan d’eau déjà gelé, et le soleil caresse imperturbablement la façade vitrée. A l’intérieur, la situation est tout autre. En ce début décembre, des dizaines d’ouvriers s’activent. Dans les coulisses, on tire les derniers câbles électriques, vérifie la ferblanterie ou teste les cuisines flambant neuves. Et dans les salles d’exposition d’une surface totale de 1000 m2, les tableaux sont peu à peu accrochés aux cimaises, alors que les rayons de la boutique se parent d’un assortiment digne de tout bon musée.

Christophe Flubacher, directeur scientifique du centre d’art.
Christophe Flubacher, directeur scientifique du centre d’art.

Au milieu de cette agitation, Christophe Flubacher, directeur scientifique du centre d’art, ne cède pas à la panique. «Je peux compter sur une équipe de grands professionnels. Pour la muséographie et la scénographie, tout comme pour l’identité visuelle, nous collaborons avec des spécialistes qui ont travaillé pour le Louvre-Lens (F), la Tate Modern à Londres ou le Centre Pompidou de Paris.»

Notre exposition inaugurale sur le divisionnisme, un courant qui englobe notamment le pointillisme, réunit pour la première fois des œuvres d’artistes français, italiens, suisses, hollandais ou belges. C’est unique.

De Paul Signac à Giovanni Giacometti

Dès le 22 décembre, le public pourra ainsi admirer des tableaux de Georges Seurat, Paul Signac, Camille Pissarro, Giovanni Segantini, Cuno Amiet ou encore Giovanni Giacometti. Un très joli premier coup artistique qui montre aussi que la Fondation Pierre Arnaud, du nom d’un riche Français tombé amoureux de la région de Crans-Montana, a les moyens de son ambition.

Ultimes vérifications lors de l’accrochage des œuvres.
Ultimes vérifications lors de l’accrochage des œuvres.

«Nous espérons pouvoir capter près de 10% des 700 000 hôtes qui fréquentent chaque année le plateau de Crans-Montana. A cette fin, avec un budget d’environ 5 millions de francs par an, venant essentiellement de fonds privés, nous avons pour l’instant prévu un cycle de cinq ans. En hiver, nous monterons des expositions mettant en relation l’art suisse avec les grands courants de la peinture de 1800 à 1950. En été, nous ferons dialoguer l’art occidental avec celui d’autres régions du monde.»

La démarche ne se veut toutefois pas élitiste, et la fondation a mis en place un service de médiation culturelle dont les activités s’annoncent prometteuses. «Outre les visites guidées et les audio-guides classiques, nous allons organiser des conférences dites kaléidoscopiques offrant de nouveaux points de vue sur les œuvres ainsi que des brunchs dominicaux pour les familles, couplés ou non avec des ateliers pour les enfants et des parcours contés dans les espaces d’exposition», explique Anne Michellod, coresponsable du programme. De plus, le centre d’art prévoit de publier deux fois par an la revue Ferdinand destinée aux 5-11 ans. «Dans le premier numéro, nous expliquons le divisionnisme dans le cadre d’une petite bande dessinée. Ensuite, les jeunes lecteurs trouveront différentes activités créatives et des jeux. Ils pourront même dessiner ou peindre directement sur les pages du magazine.»

Des professionnels mettent la dernière touche à l’institution valaisanne qui ouvre ses portes le 22 décembre.
Des professionnels mettent la dernière touche à l’institution valaisanne qui ouvre ses portes le 22 décembre.

On le pressent malgré les derniers détails à régler, la Fondation Pierre Arnaud sera prête pour les trois jours de festivités (sur invitation) prévus. Micheline Calmy-Rey, marraine enthousiaste (elle a même personnellement décroché son téléphone pour tenter de faire venir des œuvres de France), pourra donc couper le ruban à temps.

Une offre complémentaire à la Fondation Gianadda

Non loin de là, la Fondation Gianadda de Martigny a-t-elle du souci à se faire? «Nous n’avons jamais eu la prétention de concurrencer le travail admirable de Léonard Gianadda. Au contraire, nous voulons proposer une offre complémentaire en montant des expositions thématiques, plutôt que monographiques, rassure Christophe Flubacher, qui est persuadé que les deux centres ne se feront pas d’ombre.

Des boîtes à outils et une échelle trônent encore au milieu de la salle d'exposition.
La Fondation Pierre Arnaud s'est entourée de spécialistes qui ont travaillé pour les plus grands musées afin d'optimiser la scénographie, la muséographie et l'identité visuelle.

Regardez ce qui se passe à Bâle. La Fondation Beyeler n’a pas asséché le marché. Au contraire, il est né une stimulation entre les différentes institutions, et les visiteurs de l’extérieur se rendent aussi bien au Kunstmuseum qu’à Riehen. Nous espérons qu’il en sera de même avec Martigny, le musée d’art de Sion, qui a de très belles collections, et la nouvelle Fondation Pierre Arnaud.»

© Migros Magazine/Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich