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25 mai 2015

Les Açores: un monde à part

Dépaysement garanti pour qui s’aventure dans l’archipel portugais! Perdues au milieu de l’océan, façonnées par les volcans, battues par les vents, les îles dévoilent un univers magique, où il fait bon se perdre.

La marina de Horta, sur l’île de Faial, 
dernière escale avant la traversée 
de l’Atlantique.
La marina de Horta, sur l’île de Faial, dernière escale avant la traversée de l’Atlantique. (Photo: Keystone)

Aux Açores, l’aventure commence à l’atterrissage. Après avoir survolé le volcan Ponta do Pico, dominant, à 2351 mètres d’altitude, l’île du même nom, et repéré la trace des anciennes coulées de laves creusant leur sillon sur une herbe vert tendre, nous entamons notre descente sur Faial. Secoué par les vents, l’avion s’approche cahin-caha des côtes, frôle une falaise dans un virage à 90 degrés, touche de ses roues l’unique piste de l’aéroport... avant de reprendre son envol! Et c’est reparti pour un tour.

Un phénomène courant dans cette contrée, nous expliquera-t-on une fois posés sains et saufs: la faute aux éléments. Car les Açores ont beau être connues pour leur anticyclone, pourvoyeur de beau temps sur l’Europe et l’est des Etats-Unis, il ne faut pas oublier qu’elles se situent au beau milieu de l’océan, à quelque 1500 kilomètres de Lisbonne. Ici, le vent tombe rarement. Dans le port de Horta, «capitale» de l’île de Faial, il chante presque constamment dans les mâts des bateaux.

Horta, justement. Arrêtons-nous y un instant. Bourgade de 6000 habitants, elle abrite une marina que connaissent les navigateurs du monde entier, du moins de réputation. Escale essentielle pour qui se lance dans la traversée de l’Atlantique, elle a accueilli aventuriers au long cours, matelots solitaires ou skippers avides de nouveaux records, dont des grands noms comme Eric Tabarly et le commandant Jacques-Yves Cousteau.

Une belle tradition marine

Témoins de ces multiples allers et venues, les fresques multicolores – vibrant sous le soleil de fin de journée – qui ornent la moindre parcelle des quais: tradition oblige, les marins troquent ici leur gouvernail contre un pinceau et laissent leur trace sous la forme de peintures murales plus ou moins sophistiquées, dessinant une gigantesque mosaïque. Qui se renouvelle au fil des ans, lorsque les embruns ont eu raison des couleurs les plus anciennes, offrant un espace à investir pour les nouveaux arrivants.

Les Açores, c’est cela aussi. Mille et une petites histoires, mille et une fascinantes découvertes qui se dévoilent tout au long du séjour.

Comme l’aventure du câble télégraphique sous-marin, qui contribua à la notoriété de l’île de Faial, centre mondial de télécommunications jusqu’à l’avènement du satellite. Une carte exposée au musée de Horta fait état de sa position privilégiée, elle qui relayait les messages, entre autres, de New York à Malaga (E). Egalement à l’honneur dans ce musée aussi charmant qu’hétéroclite et désuet, des sculptures en cœur de figuier, typiques de l’archipel: bateaux, phares et moulins miniatures patiemment assemblés à partir de microscopiques parcelles de copeaux blanc, ne pesant pas plus, au final, que quelques dizaines de grammes.

Huile et dents de baleines

Et pour rester dans l’artisanat, rien de tel qu’une petite visite à l’étage du Peter Café Sports (autre institution de Faial, rendez-vous des marins en vadrouille et tenu par la même famille depuis plusieurs générations), au Musée de Scrimshaw, ou littéralement, de gravures sur os de baleines. Des centaines de dents du mammifère marin, ornées de décors les plus variés, peuplent les vitrines de cette petite pièce, rappelant que la chasse au cachalot a longtemps été l’une des activités majeures des Açores.

D’ailleurs, à la sortie de la ville, se trouve encore une ancienne usine où l’on peut en apprendre davantage sur la manière dont on extrayait la précieuse huile de ses entrailles.

Mais éloignons-nous un peu de la «capitale» pour nous aventurer au cœur de l’île et de son activité tellurique. Car le souffle vigoureux de Zéphyr n’est pas ici le seul signe de la toute-puissance de Mère Nature. Situées à l’intersection des plaques tectoniques africaine, européenne et nord-américaine, les neufs îles ont été engendrées, façonnées et sans cesse remodelées par les éruptions volcaniques et les secousses sismiques. Dernier tremblement de terre en date: 1998. Faial a été particulièrement touchée: de nombreuses habitations détruites, huit morts, près de 1700 sans-abris. Encore aujourd’hui, les bâtisses délabrées, à l’abandon, ponctuent les chemins, côtoyant les petits cottages blancs typiques aux bords de fenêtre en basalte et les maisons de pierre, héritage de la forte affluence flamande du 17e siècle.

Si l’archipel a de tout temps été durement éprouvé par le déchaînement des entrailles de la planète – et que sa population a émigré en masse aux Etats-Unis et au Canada au cours du 20e siècle, passant de 30 000 à 15 000 habitants – il lui doit tout de même son âme. Son caractère. Ses paysages vallonnés – autant d’anciens cratères, à présent recouverts d’une végétation luxuriante; ses couleurs contrastées, entre le noir de la roche volcanique et le vert presque irréel de son herbe.

Autre curiosité, les zones de mystères, baptisées ainsi par les habitants des temps anciens, qui voyaient dans le feu qui s’écoulait de leur terre une manifestation divine qu’ils ne comprenaient pas vraiment. Aujourd’hui encore, plus de trois cents ans après l’éruption qui les a créées, ces surfaces ne sont pas exploitées pour l’agriculture. En revanche, la végétation a repris ses droits, les arbres n’hésitant pas à planter leurs racines dans la lave solidifiée.

La terre la plus jeune d’Europe

Mais si l’on veut vraiment prendre la mesure de la force tellurique, c’est sans nul doute à la pointe nord-ouest de Faial qu’il faut aller. Là où, en 1957 et 1958, plusieurs éruptions volcaniques subaquatiques ont fait jaillir des flots une nouvelle presqu’île: Capelinhos, la terre la plus jeune d’Europe.

En face du centre d’interprétation du volcan et de l’ancien phare – visites à ne pas manquer – s’étend un paysage lunaire de sable noir, offrant un contraste saisissant avec le bleu roi de l’océan. Qui, année après année, regagne du terrain. Jusqu’à faire disparaître à jamais les traces de l’éruption? Probablement pas, nous dit-on: la Terre nous réserve peut-être une autre surprise. Aux Açores, l’aventure ne s’arrête jamais vraiment.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman