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10 avril 2012

«Les adultes sont des enfants avec des dettes...»

Avec «Le Livre du visage aimé», Thomas Bouvier signe, dans une prose d’une grande fluidité, une œuvre d’une ambition inhabituelle sous nos latitudes. Et s’en explique modestement.

Thomas Bouvier
L'écrivain s’est isolé pendant deux ans au fond du val Ferret pour accoucher de ce nouveau livre.

Les adultes sont des enfants avec des dettes...» Dans le nouveau livre de Thomas Bouvier, il n’y a pas que des aphorismes. Mais aussi un long conte, des histoires et de l’Histoire, un roman, des lettres, de nombreux destins véridiques.

L’écrivain, qui est aussi photographe et musicien, s’est isolé pendant deux ans au fond du val Ferret pour accoucher de ce «Livre du visage aimé». Qu’il voulait «un tribut payé à tous ceux – artisans, constructeurs, poètes, concepteurs, architectes, peintres, etc. – qui gardent un désir de vrai, un goût du sens, au milieu des conflits et des guerres, au milieu du chaos et de la brutalité».

Nous sommes dans l’extraordinaire position de pouvoir choisir.

Le livre se termine sur plusieurs ambiguïtés. Sans doute parce «l’humanité commence là: quand il y a du paradoxe». Thomas Bouvier entendait aussi prendre congé de cette «histoire du XXe siècle» qui le «hante», le siècle des camps de la mort et des goulags.

Dans le «Livre du visage aimé», il est aussi beaucoup question de vieillesse, de maladie. De filiation, de transmission. Impossible de ne pas évoquer le père, Nicolas Bouvier: «J’ai vu mon père travailler seul, inconnu et tout à coup, à la fin de sa vie, la notoriété est venue. Mais il avait ce goût du vrai, du sens, il ne voulait pas devenir riche, pas devenir célèbre, juste travailler authentiquement, c’est cela que je garde de lui.»

«Le Livre du visage aimé» est aussi un livre sur le pouvoir des mots: «Un loup ne peut pas faire du mal, il suit un programme écologique, alors que nous sommes, nous, dans l’extraordinaire position de pouvoir choisir. Chaque mot peut être orienté. Pour dominer, manipuler, détruire, déprécier ou au contraire transmettre, enrichir, enseigner, élargir». Autant compléter l’aphorisme du début. «Les adultes sont des enfants avec des dettes... et des bombes atomiques.»


La grâce qui se dégage de ce visage a été source d'inspiration pour Thomas Bouvier.
La grâce qui se dégage de ce visage a été source d'inspiration pour Thomas Bouvier.

Un visage

«Le livre a été écrit pour ce visage. Pour plusieurs visages mais particulièrement celui-là. C’est le visage qui m’a accompagné pendant toute la rédaction du livre. La grâce qui s’en dégage m’a énormément inspiré.»


Mon livre

«Mon dernier livre est un tribut payé à tous ceux qui gardent un désir de vrai, un goût du sens, au milieu des conflits et des guerres, au milieu du chaos et de la brutalité.»


Le débarcadère d’un ferry, à Forestville sur l’estuaire du Saint-Laurent.
Le débarcadère d’un ferry, à Forestville sur l’estuaire du Saint-Laurent.

Un endroit

«Le débarcadère d’un ferry, à Forestville sur l’estuaire du Saint-Laurent. L’étrange construction à droite est un canal suspendu qui permettait de flotter les troncs exploités en amont dans les terres et les forêts. Un endroit très beau, pas d’événement, juste un moment d’attente.»


«Il y a des choses très riches dans des moments ordinaires, simples.»
«Il y a des choses très riches dans des moments ordinaires, simples.»

Un moment

«Je suis chez moi, une lumière m’intéresse, un moment me plaît, je le prends. Il y a des choses très riches dans des moments ordinaires, simples. L’antispectaculaire. La vie réelle se passe beaucoup plus là, dans l’antispectaculaire, que dans la finale du Mondial».


C’est sur cette table que l'écrivain a relu, coupé, corrigé le «Livre du visage aimé».
C’est sur cette table que l'écrivain a relu, coupé, corrigé le «Livre du visage aimé».

Un bureau

«Ma table de travail à Schwytz. Marre de payer 1700 francs un studio à Genève. C’est sur cette table que j’ai relu, coupé, corrigé le «Livre du visage aimé» et où probablement je commencerai le suivant».


Thomas Bouvier apprécie les «villes dans la ville» que sont devenues les gares, comme ici celle de Lucerne.
Thomas Bouvier apprécie les «villes dans la ville» que sont devenues les gares, comme ici celle de Lucerne.

Un moyen de transport

«Je n’ai pas de voiture, n’en ai jamais eu et ne projette pas d’en avoir. J’ai appris à apprécier ces villes dans la ville que sont devenues les gares, comme celle de Lucerne ici. Quant à celle de Zurich, on peut même s’y faire soigner les dents.»

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Loan Nguyen