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29 mai 2012

L'ambassadrice des arts martiaux

La judokate Juliane Robra pourrait bien rapporter une médaille de Londres. Sa vie se compose d’une discipline de fer et d’un humour solide.

Juliane Robra
Juliane Robra: «Tout est mouvement en trois dimensions. Il n’y a pas de limite. Chaque combat est différent.»

Elle peut en parler durant des heures, des étoiles dans les yeux, sans reprendre son souffle ou laisser à son interlocuteur le temps d’en placer une. Le judo, c’est sa vie et toute sa vie tourne autour de ce sport. «Tout est mouvement en trois dimensions, il n’y a pas de limites. Chaque combat est différent.» Juste avant de monter sur les tatamis, elle refait plusieurs fois le nœud de sa ceinture, tape dans la main de son entraîneuse et... attaque.

Est-ce parce qu’elle a quatre frères qu’elle a dû s’y mettre à fond? Même pas. «L’école proposait des cours de judo une heure par semaine. Ça m’a tout de suite plu, et j’ai continué dans un club à Genève.» Les premiers tournois lui apportent le respect de ses adversaires. Très vite, elle participe à des compétitions nationales puis internationales.

Juste avant de monter sur les tatamis, elle refait plusieurs fois le nœud de sa ceinture, tape dans la main de son entraîneuse et... attaque.
Juste avant de monter sur les tatamis, elle refait plusieurs fois le nœud de sa ceinture, tape dans la main de son entraîneuse et... attaque.

Une première médaille d’or en 2002

Et atterrit, un jour, sur la première marche du podium d’un tournoi junior international, à Berlin, en 2002. «La finale était très serrée, sur le gong j’ai fait une bonne prise. C’était très fort émotionnellement d’entendre l’hymne national.» La matu en poche, elle fait des petits boulots pour s’offrir son rêve, avec l’idée de commencer l’Université à la rentrée suivante. Mais stagne sportivement. Jusqu’à son arrivée au centre de sport à Macolin, en 2005. La Genevoise y rencontre un certain Sergeï Aschwanden (médaillé de bronze à Pékin en 2008), un modèle pour elle, et son entraîneuse personnelle, Monika Kurath, au palmarès long comme le bras.

C’était très fort émotionnellement d’entendre l’hymne national.

Après la qualification manquée pour les Jeux Olympiques il y a quatre ans, elle change de catégorie (des -63 kilos aux -70) qui lui convient mieux car l’endurance est plus importante que l’explosivité. Sur ses nouvelles mules, elle inscrit 2012, son nouvel objectif. «Les JO ont été ma motivation ces dernières années, j’y suis. Ce qui change, c’est de tout à coup susciter l’intérêt des médias.»

Depuis quelques mois, la jeune femme vole de victoire en victoire et vit sur un nuage: «C’est le bonheur, l’intensité, je suis ce que je suis grâce au judo! Je reste la même personne sur et à côté des tatamis, certains traits de caractère se renforcent grâce au sport, comme la détermination et la persévérance.»

«J’ai dû lui apprendre à prendre des vacances»

Son entraîneuse doit alors freiner ses ardeurs: «J’ai dû lui apprendre à se reposer, à prendre des vacances, sinon elle s’entraînerait jour et nuit, sourit Monika Kurath. Elle suit un objectif très clair. Je la motive à sortir, à se changer les idées.» «J’ai dû apprendre qu’il ne faut pas chercher à s’entraîner le plus possible, mais que la récupération en fait partie. Si j’avais sept vies, je saurais très bien comment toutes les occuper!», rigole Juliane Robra.

Actuellement au Japon pour trois semaines, elles espèrent trouver le temps et l’énergie pour visiter un peu, ce dont elles n’ont pas toujours l’occasion. «En Mongolie, lors du jour de pause d’un tournoi, les judokas locaux nous ont emmenées en excursion, c’était un moment très fort.»

A 29 ans, n’est-ce pas la dernière occasion de briller sur la scène internationale? «Non. Le judo demande de l’expérience pour être bon techniquement et pour avoir un mental d’acier, cela demande plus de temps pour éclore.» Ensuite, elle aimerait rester au service de son sport, et de la ville de Genève qui l’a nourrie. «Je vis à fond aujourd’hui, on verra bien de quoi demain sera fait!»

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo