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19 janvier 2017

Les baby-sitters 2.0 débarquent

Exit les petites annonces placardées à la boulangerie du quartier. Aujourd’hui, les gardes d’enfants se recrutent sur internet. Mais la concurrence y est rude.

Dessin humoristique de baby-sitters à choisir en vitrine
Les sites internet de garde d’enfants font de plus en plus d’adeptes.

Ils s’appellent topnanny.ch, babysitting24.ch ou yoopies.ch et depuis peu babysitter-crs.ch. Leur point commun? Tous sont des sites internet et tous visent le même but: offrir en quelques clics un ou une baby-sitter prêt(e) à venir sonner à votre porte quelques heures plus tard. Bienvenue dans l’ère de la nounou numérique. Telle Mary Poppins, elle sauvera les parents en panne de garde d’enfants.

La pratique n’est certes pas nouvelle et si le fond n’a guère changé – il faut toujours réchauffer le plat de junior, le convaincre d’enfiler son pyjama et lui lire une histoire – la forme a quant à elle connu une mutation de taille: les baby-sitters se recrutent désormais sur internet façon Airbnb ou Uber.

Profils avec photos, CV, références et texte décrivant leur expérience, les «nounous 2.0» sont connectées et motivées comme n’importe quelle personne en quête d’emploi. C’est qu’il faut batailler dur pour faire sa place dans ce petit monde.

A lui seul, le Suisse Babysitting24 comptabilise 20 000 profils pour 12 000 parents tandis que Yoopies, leader en France et en Suisse, propose 50 000 offres (mamans de jour, nounous et baby-sitters) pour 15 000 familles. Un écart «normal», juge Benjamin Suchar, cofondateur du site lancé à Paris en 2012, les familles devant avoir le choix.

Des nounous plutôt que des baby-sitters

Emilie, 24 ans, étudiante en sciences des religions inscrite sur Topnanny depuis septembre 2016, en sait quelque chose: «En cinq mois je n’ai reçu qu’un seul appel d’une famille dont je garde désormais les enfants deux heures par semaine.

La plupart du temps, lorsque je contactais des annonceurs, il s’avérait qu’ils cherchaient en fait une nounou pour un nombre d’heures fixe.

C’est finalement en jouant dans un café avec leurs enfants que j’ai rencontré d’autres parents à la recherche d’une baby-sitter.»

C’est que la frontière entre la garde d’enfants professionnalisée et le baby-sitting est ténue, avertit Isabelle Henzi, fondatrice du site internet dédié à la vie familiale en Suisse romande lafamily.ch: «Souvent, les gens pensent qu’en employant quelques heures par semaine, il s’agit de simple baby-sitting,

mais dès que l’on dépasse la soirée ou un dépannage par-ci par-là, cela s’apparente à du travail domestique,

et on arrive très vite à ce cas de figure (voir encadré ci-contre).»

Il ne s’agit donc pas d’un pur hasard si la majorité des sites de recrutement de baby-sitters proposent en parallèle des nounous à domicile ou des mamans de jour. L’Alémanique Babysitting24, qui a été lancé il y a exactement dix ans, soit en 2007, a rapidement élargi son offre:

Beaucoup de parents ne trouvent pas de places en crèche pour leurs enfants,

constate Ghena Nikolaeva, assistante marketing responsable pour la Suisse romande. Des plates-formes telles que la nôtre leur facilitent la tâche.»

Au-delà de la rapidité d’accès à un vaste vivier, l’aspect sécuritaire est un aspect essentiel mis en avant par les pourvoyeurs de gardes d’enfants. Ainsi, Yoopies se targue sur sa page d’accueil de vous aider à «trouver une personne de confiance»: «Nous vérifions les profils de nos baby-sitters et de nos nounous, assure Benjamin Suchar.

Le but n’est pas de remplacer les parents dans la recherche, mais de les aider à trouver la personne qu’ils recherchent.»

Dessin humoristique d'un bébé qui note sa baby-sitter
Les enfants ont aussi leur mot à dire...

A cela s’ajoute un système de notation et de recommandation via Facebook entre les parents-employeurs amis. Une nouvelle façon de recruter qui s’apparente, selon le fondateur de Yoopies, à du «bouche à oreille 2.0». Tous l’assurent, les mauvaises expériences sont très rares. «Il peut arriver qu’un baby-sitter ne vienne pas au rendez-vous, mais si un tel cas se présente, notre service clientèle en est immédiatement averti», affirme de son côté Ghena Nikolaeva.

Une plate-forme garantissant aussi la sécurité des baby-sitters

Et les baby-sitters dans tout ça? Comment s’assurer qu’ils ne tombent pas sur des personnes mal intentionnées? C’est pourquoi la Croix-Rouge suisse, qui dispense les fameux cours de formation, a attendu le printemps dernier avant de sauter le pas du numérique.

Il s’agit en grande majorité de mineurs et nous voulions être absolument certains qu’ils ne puissent pas être victimes de harcèlement ou faire de mauvaises rencontres,

explique Célia Francillon, chargée de communication. Nous avons pu mettre en place une plate-forme leur garantissant une sécurité maximale.» Les candidats mineurs doivent ainsi demander l’autorisation de leurs parents pour s’inscrire et ces derniers sont informés par mail de tous les échanges de leur enfant sur le site. En face, les profils des parents employeurs sont aussi vérifiés.

Quant au système de notation à étoiles auquel la plupart des sites internet collaboratifs ou de partage recourent, la Croix-Rouge suisse s’y refuse:

Nous voulons éviter de stigmatiser les baby-sitters, surtout à l’ère d’internet où il est très facile de nuire à quelqu’un.

Nous sommes de l’avis que le baby-sitting reste un job de proximité et qu’il ne nécessite ainsi pas de devoir recourir à un tel système.» Reste encore à trouver la perle rare.

Dessin humoristique d'un papa en train de chercher une jolie jeune fille sur internet.
C'est bien sûr pour Junior qu'il s'agit de dénicher la perle rare...

Texte: © Migros Magazine / Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Illustrations: Amélie Buri