Archives
19 novembre 2012

Les biocarburants n’ont souvent de «bio» que le nom

Les carburants issus de produits végétaux sont rarement moins polluants que les carburants fossiles. Même s’ils contribuent à diminuer la production de gaz à effet de serre, ils peuvent entraîner d’autres dommages environnementaux.

Eco Energie Etoy
Eco Energie Etoy est le seule fabrique de biodiesel à base de colza en Suisse. Les graines de la plante y sont collectées dans des moulins puis transformées sur place en carburant.

«Tout d’abord top, puis flop.» C’est par ces termes que le groupe de recherche mandaté par la Confédération et sous la direction de l’EMPA résume l’histoire des biocarburants. L’équipe de chercheurs a rendu ses conclusions, après avoir dressé un bilan écologique complet de la nouvelle source d’énergie. Et le verdict est sans appel. Mireille Faist, du laboratoire technologie et société à l’EMPA:

Les biocarburants ne sont de loin pas tous verts. Si l’on observe toute la chaîne nécessaire à leur fabrication, on se rend compte que leur impact est bien souvent négatif.

A base de végétaux plutôt que de pétrole, les biocarburants permettent théoriquement de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Mais leur fabrication entraîne souvent d’autres dommages environnementaux, principalement lorsqu’ils sont fabriqués à base de produits agricoles comme le colza, la betterave ou la canne à sucre.

«Les biocarburants vont souvent de pair avec une hyperacidité des sols ou une pollution des eaux par l’abus d’engrais, met en garde Mireille Faist. Leur impact est bien sûr également très négatif s’ils sont issus de surfaces défrichées. Même si on utilise un terrain agricole pour produire du biocarburant, cette perte de terre sera souvent compensée ailleurs par de la déforestation. Nous avons toujours besoin des mêmes surfaces pour nourrir la population! L’effet est indirect mais annule les avantages des biocarburants.»

Une production très coûteuse

La Confédération juge les biocarburants en tenant compte des gaz à effet de serre émis, mais aussi des impacts environnementaux globaux. Des normes très prudentes qui ne permettent qu’aux carburants issus de biomasse d’être exemptés de la taxe sur les huiles minérales et donc être considérés comme rentables. Il faut préciser en effet que cette production est généralement très coûteuse, bien plus que le raffinage du pétrole.

Selon les résultats d’une étude mandatée par la Confédération, les biocarburants ne sont pas tous si verts que ça. (Photo Keystone)
Selon les résultats d’une étude mandatée par la Confédération, les biocarburants ne sont pas tous si verts que ça. (Photo Keystone)

Mais une telle énergie a-t-elle sa place en Suisse? «C’est à partir des déchets de l’industrie sylvicole que le potentiel est le plus important, par exemple les branches des arbres abattus, explique Mireille Faist. La plupart des autres déchets verts sont déjà utilisés, par exemple dans les centrales à biogaz. Quant à une production de biocarburant issue de l’agriculture, cela me semblerait complètement illogique. L’autarcie de notre pays au niveau alimentaire est déjà limitée! Cela aggraverait le problème.»

Dans l’Union européenne, les critères de durabilité sont moins stricts qu’en Suisse. La régulation s’appuie sur des systèmes de certification volontaire reconnus formellement par Bruxelles, y compris lorsqu’ils contiennent des normes plus contraignantes que le minimum légal. C’est le cas de la «Roundtable on Sustainable Biofuels», une initiative participative menée en Suisse à l’EPFL. Plus d’une centaine d’organisations se sont déjà ralliées à ce projet. «Nous sommes très attentifs aux spécificités locales de la production de chaque biocarburant et nous les évaluons également sur de nombreux critères de durabilité, explique Sébastien Haye, secrétaire exécutif de l’organisation. Qui poursuit:

En Suisse les normes sont en grande partie basées sur un écobilan, ce qui peut rendre leur mise en œuvre difficile. Par conséquent, il n’est pas vraiment possible qu’un biocarburant soit jugé meilleur qu’un carburant fossile sur la totalité de ses impacts.

Si l’objectif de l’Union européenne est d’atteindre les 20% de biocarburants d’ici 2020, la Suisse, prudente, table quant à elle sur d’autres solutions pour réduire son empreinte carbone, comme le solaire ou l’éolien.

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Bertrand Rey