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13 avril 2015

Les claquettes en vedette

Les danseurs de Fabrice Martin répètent fébrilement leur chorégraphie autour de grosses boules gonflables et de pots de fleurs... Loin du spectacle de claquettes traditionnel, ils nous entraînent dans un univers endiablé et poétique.

Les danseurs de Fabrice Martin photo
Quand les palmes remplacent les claquettes, c'est parti pour des sauts ébouriffants!

Pots de fleurs de toutes tailles, énormes boules transparentes, palmes et tuyaux en plastique jetés en vrac par terre: on se croirait à un vide-grenier! Et pourtant, c’est bien la salle de danse où Fabrice Martin, le champion du monde de claquettes, répète activement son nouveau spectacle en ce dimanche ensoleillé. La première de [Slap] aura lieu le 23 avril, et aujourd’hui, tout le monde est là, fébrile: Fabrice Martin et Gilles Guenat pour les chorégraphies, le metteur en scène Romano Carrara et les six danseurs qui évolueront sur scène tour à tour. C’est qu’après les spectacles de fin avril l’équipe participera aussi en juillet au Festival d’Avignon: soit vingt-sept représentations qu’il s’agira de gérer à tour de rôle…

Rien de mieux que des claquettes chaussées à l'envers pour donner une allure de canard...photo
Rien de mieux que des claquettes chaussées à l'envers pour donner une allure de canard...

La répétition commence par une danse façon haka: assis en cercle sur les pots de fleurs en plastique, les danseurs claquent leurs mains, pieds et sièges improvisés en rythme, avant de se placer en ligne en poussant des cris rauques. On est bien loin du spectacle de claquettes traditionnel! «C’est normal! s’illumine Romano Carrara, à qui la remarque ne pourrait faire plus plaisir. J’ai voulu casser l’image qu’on se fait habituellement des claquettes. Car il faut éviter le danger du répétitif: le public ne se rend pas compte de la difficulté des pas et ne peut pas attendre durant huitante minutes sans que rien ne se passe, sinon il s’ennuie et on le perd. Alors j’ai partiellement remplacé les claquettes par toutes sortes de percussions différentes et une mise en scène surprenante et pleine de mouvement.»

Le défi d’une nouvelle gestuelle

Le metteur en scène a ainsi mis de côté les «numéros» traditionnels, pour imaginer l’histoire d’une humanité sombre et triste, qui n’arrive pas à cultiver de plantes. Jusqu’au jour où une petite pousse inattendue, qui doit être protégée à tout prix des éléments déchaînés, lui redonne espoir. «J’ai été engagé pour créer d’autres mouvements, d’autres sons, et les danseurs doivent s’habituer à bouger et agir différemment. Ainsi, ils étaient tout gênés de devoir produire des onomatopées, ce matin, mais c’est déjà plus spontané maintenant.»

Même les pots de fleurs peuvent se transformer en percussions originales photo.
Même les pots de fleurs peuvent se transformer en percussions originales.

Pendant qu’il parle, les danseurs se sont lancés, palmes aux pieds, dans une parade des pingouins aussi exigeante que rigolote. Chacun compte ses pas en fonction du rythme: et un, deux, trois, et hop on lève la jambe! Gilles Guenat incarne un personnage un peu simplet, à la fois touchant et attachant. «Avec la plante qui pousse, c’est le fil rouge du spectacle. Il est un peu comme Scratch, dans «L’Âge de Glace»: on en rit et on le plaint, il crée l’émotion», explique Romano Carrara, qui dévoile aussi que le décor comprendra trois cubes géants, ouverts d’un côté et pourvus de tubes de différentes tailles, qui serviront à la fois d’instruments de musique, de structures de danse et de tableaux à dessin.

Des boules géantes à domestiquer

Autre élément-clé du spectacle: les grosses boules gonflables, dans lesquelles les danseurs plongeront la tête la première, avant de sauter par-dessus ou de s’y démener, claquettes aux pieds. Entre rires et concentration, cet accessoire ludique n’est pas si facile à apprivoiser: il s’agit pour les danseurs de prendre assez d’élan pour arriver sur leurs pieds, mais pas trop vite sous peine de reculbuter, jambes en l’air et piégés dans la structure, face aux spectateurs. «On avait déjà utilisé ces boules lors de notre dernier championnat, mais de manière très technique, explique Fabrice Martin. Là, on peut se faire plaisir en rebondissant dessus, en bougeant dedans, il y a plein de manières de les utiliser» – «On va couper un bout du numéro, il est trop long, estime le metteur en scène. Mais bravo, c’est la première fois que vous le réussissez aussi bien.» «Allez, on filme, cette fois! décide Fabrice Martin. On reprend, et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept…»

Gilles Guenat incarne un personnage simplet, à la fois drôle et attachant photo.
Gilles Guenat incarne un personnage simplet, à la fois drôle et attachant.

Ici, on est fier de ce que l’on fait!

Après trois heures de sauts et de rythmes endiablés, ce dernier annonce la fin de la répétition. Tous les participants, joues roses et cheveux emmêlés, s’écroulent sur les canapés. «Ouf, j’ai un petit coup de barre» – «Oui, on a la pression, c’est normal» – «Mais ça devient cool, vous ne trouvez pas?»

En sortant de la salle, on découvre soudain l’étincelant alignement de coupes d’or, remportées par Fabrice Martin et son équipe ces dernières années lors de multiples championnats. Dissimulées aux regards de ceux qui entrent dans l’école, elles transmettent un message limpide: ici, on est fier de ce que l’on fait mais on ne se repose pas sur ses lauriers. C’est le travail qui compte avant tout, perfectionné jour après jour – et pas à pas.

[SLAP]: du 23 au 25 avril 2015, Théâtre Barnabé, Servion. Informations: 021 903 09 03, www.barnabe.ch

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Yannic Bartolozzi