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24 septembre 2012

Les coopératives font partie de la vie des Suisses

L’ancien vice-chancelier et porte-parole du Conseil fédéral Oswald Sigg, a rédigé ces lignes en exclusivité pour «Migros Magazine». Il se souvient des magasins Migros de son enfance et rend hommage aux coopératives dont il salue la valeur.

Queue a la caisse d'un magasin Migros à Berne dans les années 50
Un magasin Migros à Berne dans les années 50: le principe du libre-service, inconnu jusqu’alors, exerce une réelle fascination sur les clients.

Année internationale des coopératives de l’ONU:

« Nous jouions souvent au petit marchand autrefois dans notre rue. Aussi me suis-je toujours intéressé aux magasins d’alimentation de toutes tailles dès cette époque, mais aussi plus tard. A cent mètres de notre domicile, à Höngg (ndlr: quartier de Zurich), se trouvait la boutique de Monsieur Bundi et trois cents mètres plus loin, en remontant la Limmattalstrasse, on tombait sur le petit magasin d’alimentation des Bertschi. Quand plus de quatre clients étaient à l’intérieur, il fallait patienter devant la porte vitrée arborant l’enseigne USEGO. Les Bertschi étaient en effet membres de l’Union suisse des groupements d’achats d’Olten.

En poursuivant son chemin en direction du bâtiment scolaire Bläsi A, on parvenait au «village», comme on appelait alors les arrondissements (Kreis) 10/49 de Zurich. Lorsqu’on gravissait la colline où était perchée l’église réformée, on passait devant la coopérative alimentaire de Zurich (LVZ). C’était là que ma tante, sociale-démocrate et syndicaliste, faisait ses courses. Le magasin Migros lui faisait face, un peu de biais, et nous autres, écoliers des familles ordinaires ou bourgeoises, devions faire un grand détour pour l’éviter.

«On pouvait se servir directement dans les rayons»

C’était fort dommage, car cet endroit avait une particularité extraordinaire: il était dépourvu de comptoir. On pouvait se servir de ce qu’on voulait directement dans les rayons! Ce Monsieur Duttweiler de Migros n’attirait les gens que par son offre de «libre-service» et il menaçait l’existence des petits magasins d’alimentation, pensait mon père. On traversait la place Meierhof, où était sise la coopérative d’achats de Zurich, puis cent cinquante mètres plus loin, toujours en direction de l’école, on longeait les étals de fruits et légumes installés sur le trottoir, devant le magasin Denner Baer-Pfister. La vie de mon quartier de Höngg était donc marquée par les fédérations et les coopératives.

Les coopératives incarnent la solidarité et la démocratie

Les Suisses sont les seuls au monde à être fédérés dès la naissance, et ce, depuis des siècles, en tant que confédérés. La théorie selon laquelle la démocratie directe a été conçue au Moyen Age sur la prairie de l’Allmend est peut-être sujette à discussions. Mais les confédérés ont lié tôt l’action économique aux valeurs politiques telles que la démocratie, l’égalité et la solidarité. Or ces convictions démocratiques leur ont probablement été transmises dès le berceau, bien avant que les femmes suisses n’obtiennent le droit de vote et d’éligibilité.

Quoi qu’il en soit, Migros sortait toujours largement en tête dans le classement informel que nous pratiquions entre écoliers, parmi les magasins d’alimentation et les coopératives de notre quartier de Höngg. Si le grand magasin Jelmoli de la Bahnhofstrasse était un peu notre caverne d’Ali Baba, avec son tapis roulant, la Migros de la place Meierhof et ses rayons en libre-service nous faisait entrevoir le paradis sur terre. Mais seulement entrevoir, car contrairement au paradis céleste, celui-ci était équipé de caisses à la sortie. Je l’ai appris à mes dépens.

Un beau jour en rentrant de l’école, peu avant midi, j’ai entendu mon copain Ruedi vanter les têtes de choco de la Migros comme étant les meilleures du monde. Alors j’ai passé outre l’interdiction paternelle et je me suis aventuré pour la première fois dans le magasin, où j’ai eu tôt fait de repérer le rayon du chocolat et des sucreries. Puis le sac d’école dans une main et la tenue de gymnastique dans l’autre, j’ai voulu glisser la tête de choco dans la poche de ma veste pour aller jusqu’à la caisse. Mais le directeur du magasin a peu après surgi derrière moi et m’a saisi l’oreille d’une main énergique. Il m’emmena ainsi tout de go dans son petit bureau, d’où il téléphona à ma mère. Il lui dit qu’il avait surpris son fils en flagrant délit et qu’il l’expédiait aussitôt à la maison. Une fois rentré, j’ai pu expliquer ma mésaventure à ma mère et la tranquilliser un peu. Mais pas suffisamment pour qu’elle garde l’épisode pour elle et, le soir venu, elle en fit le récit à mon père. Plutôt indulgent d’habitude, ce dernier réagit vivement à l’affaire, qu’il jugeait inadmissible. Ce qu’il condamnait n’était pas tant le pseudo-vol pour lequel on m’avait attrapé, mais le fait que je sois entré dans une Migros.

Migros était autrefois objet de vives controverses

Cette antipathie pour Migros était autrefois largement répandue et elle n’était pas seulement fondée sur des arguments économiques, mais aussi politiques: l’idée du capital social de Gottlieb Duttweiler, son parti – l’Alliance des indépendants – et son journal qui ne s’intitulait pas pour rien Die Tat (l’action). Avec son journal, son alliance et sa coopérative, Duttweiler était en train de plumer la Suisse! Seule la coopérative s’est maintenue, elle qui personnifiait la Migros et son capital social sur le plan économique. Mais l’économie suisse compte aujourd’hui de nombreuses autres fédérations agricoles et immobilières, sans compter des institutions comme la Coop, la Mobilière ou la banque Raiffeisen qui sont organisées en coopératives.

Mon père a toutefois changé d’opinion dix ans plus tard. Ma maturité commerciale en poche, j’ai été engagé au bureau de vente de la coopérative Migros Zurich. Il était peut-être en fin de compte assez satisfait que je puisse rapidement trouver un emploi et entrer dans le commerce, encore avant l’école de recrues.

Ce que les personnalités disent des coopératives

Viktor Röthlin, marathonien

Viktor Röthlin (Photo: Walter Bieri)
Viktor Röthlin (Photo: Walter Bieri)

«Les coopératives ont joué un rôle très important dans ma carrière de sportif. En tant que coureur, j’ai été soutenu dès le début par la Raiffeisen. Je salue aussi l’engagement de Migros pour la course à pied. Presque toutes les grandes courses populaires suisses sont en effet subventionnées par le distributeur, qui s’investit beaucoup pour la santé de la population. C’est important, car les sports amateur et de haut niveau se complètent l’un l’autre.»

André Blattmann, chef de l’armée suisse

André Blattmann (Photo: André Schild)
André Blattmann (Photo: André Schild)

«Nous autres Suisses vivons au sein d’une confédération. Et c’est un serment qui a scellé cette union. Nos prédécesseurs se sont en effet engagés à se soutenir aussi dans les moments difficiles et à ne pas penser chacun pour soi. C’est l’incarnation vivante de l’idée de solidarité: veiller ensemble au bien-être et à la sécurité de tous et mettre sa propre vie au service du pays et de ses habitants en cas de détresse. Or c’est un fait unique. Et si nous vivons libres, c’est aussi grâce à notre armée de milice.»

Jörg Abderhalden, lutteur

Jörg Abderhalden (Photo: Samuel Trümpy)
Jörg Abderhalden (Photo: Samuel Trümpy)

«Les premières coopératives avec lesquelles j’ai été en contact étaient les sociétés laitières et les communautés alpines, car j’ai grandi dans une ferme. Puis j’ai fait la connaissance de Migros à travers ma femme, car elle a effectué son apprentissage de commerce au sein du groupe. Aujourd’hui, mon principal partenaire est une coopérative – Migros justement.»

Francine Jordi, chanteuse de variétés

Francine Jordi (Photo: Wahapress/ Sam Bonyadi)
Francine Jordi (Photo: Wahapress/ Sam Bonyadi)

«Quand j’étais enfant, ma famille m’emmenait chaque année passer les vacances d’été dans une vieille ferme au fin fond de l’Emmental. Un troupeau de moutons paissait dans les pâturages situés devant chez nous et les bergers de la coopérative d’élevage ovin passaient chaque semaine et nourrissaient les bêtes. Ils me permettaient de participer à leurs tâches et déjà à la maison, je mettais le pain sec de côté pendant des semaines, pour pouvoir donner à manger aux moutons chaque jour.»