Archives
12 janvier 2015

Les dangers de la montagne

Avant de s’élancer sur les cimes poudrées, skis aux pieds et tête casquée, mieux vaut réviser ses bases. Histoire de savourer le free ride en limitant les risques d’accident.

illustrations de sports de neige

On l’oublie souvent, mais même à proximité immédiate des pistes balisées, il y a danger», rappelle Pascal Fournier, chef du service sécurité de Nendaz (VS) et organisateur d’un cours de prévention avalanche. Un cours mis sur pied depuis 2010, qui vise le grand public et plus précisément les 13-17 ans, avides de poudreuse et prêts à tout pour se faire une ligne sur les pentes intactes.

Au programme, apprendre à interpréter un bulletin d’avalanches et de météo, utiliser l’application «White risk» (plateforme interactive de prévention des accidents d’avalanche) et faire des exercices sur le terrain. «Le but est de mettre les jeunes en relation avec les professionnels de la montagne. Et surtout de les obliger à se renseigner.»

La pratique du free ride nécessite que l’on maîtrise plusieurs paramètres, comme la météo, l’orientation de la pente ou la lecture de carte,

poursuit Pascal Fournier, qui a déjà effectué plus de deux mille sauvetages en vingt ans de métier.

Si le nombre de skieurs hors-piste a explosé cette dernière décennie, les spécialistes s’accordent à dire que, étonnamment, le pourcentage d’accidents reste stable: soit environ 48 000 accidents chaque année, dont plus de 34 000 dus au ski et au snowboard (chiffres SUVA). Mais la montagne peut aussi être impitoyable: elle tue, en moyenne, vingt-cinq fois par hiver.

Les principales raisons des accidents? Une fausse impression de sécurité, due au matériel toujours plus performant et qui, dans certains cas, empêche les skieurs de sentir leurs propres limites. «L’existence du sac à dos airbag qui se gonfle en cas d’avalanche limite les risques d’ensevelissement dans 90% des cas. Mais du coup, on voit aussi des gens qui vont plus loin dans la prise de risques», observe Robert Bolognesi, nivologue pour Météorisk, à Sion.

Pascal Fournier, chef du service sécurité de Nendaz (VS)
Pascal Fournier, chef du service sécurité de Nendaz (VS)

Mais la plupart des accidents sont souvent le résultat d’une méconnaissance, d’une imprudence ou d’une mauvaise appréciation du terrain. «Après les fortes chutes de neige, on devrait attendre deux à trois jours pour que la neige se tasse. Mais les installations étant ouvertes, l’accès au hors-piste facilité, les accros de la poudreuse se lancent souvent trop vite. On voit les premières traces deux heures après...», répond Pascal Fournier. Voilà une situation à risques typique: trente centimètres de neige fraîche, une pente d’au moins 27 degrés et un ciel bleu qui déclenche l’euphorie…

Dans 90% des cas, les avalanches sont provoquées par les victimes elles-mêmes. Danger classique: une journée de beau temps qui succède à un ciel bouché, une belle poudreuse sur un manteau fragile et le piège blanc a de fortes chances de se refermer sur les impatients. «Tout dépend de l’état de la neige, de la durée du froid qui peut aussi bien stabiliser que désagréger, et comment tout ça se combine. Ce n’est pas facile d’évaluer une situation. Il faut suivre au jour le jour l’évolution du manteau neigeux», précise Robert Bolognesi.

De la perfidie des plaques à vent

Oui, s’aventurer hors des chemins damés requiert une attention accrue et certaines connaissances. Celles qui, par exemple, permettront de se méfier des phénomènes cumulés difficiles à interpréter – fortes chutes de neige, suivies de vent chaud et de pluie – ou des perfides plaques à vent. Il s’agit de neige soufflée, qui s’accumule sur une pente opposée, à l’abri du vent, et qui forme une couche instable, donc très dangereuse. Pascal Fournier: «Ce genre de plaques est très difficile à déceler. Il faut savoir anticiper, avoir suivi le bulletin météo pendant les jours précédents, surtout quand il y a beaucoup de vent.»

Autant de situations à risques qui nécessitent une grande prudence. Mais surtout, le skieur hors piste devrait respecter quelques règles de base. Avoir un équipement adapté, qui inclut pelle, sonde et DVA (détecteur de victime d’avalanche), et surtout savoir s’en servir. «Ça arrive encore que des gens aient du matériel très sophistiqué dans leur sac à dos et ne sachent pas l’utiliser», déplore Pascal Fournier, qui encourage vivement les personnes à manier régulièrement ces appareils, «la seule manière d’acquérir des automatismes, y compris en situation de stress». Il existe d’ailleurs des parcs d’entraînement dans la plupart des stations (Nendaz, Champéry, Zinal, Grimentz, etc.), où l’on peut réviser ses réflexes.

Dernière règle d’or, qui tombe sous le sens, mais qui parfois s’oublie sous la pression du groupe: si un seul élément n’est pas sûr, qualité de la neige, orientation, risques d’avalanche, météo, mieux vaut renoncer à la sortie de piste.

Et le guide de montagne de confirmer:

Ce n’est pas un simple accident qui nous guette, mais un risque de mort que l’on prend.

On se demande enfin, réchauffement climatique oblige, si la montagne n’est pas devenue plus dangereuse, parce que plus imprévisible qu’autrefois? Une hypothèse que les spécialistes ne confirment pas. En effet, une étude suivie, menée sur vingt ans dans la région d’Aminona, au-dessus de Sierre, a montré qu’il n’y avait aucune augmentation de l’activité avalancheuse ni aucun changement significatif.

«Un ou deux degrés de variation de température ne changent rien. Certes, les skieurs descendent plus vite et prennent plus de risques. Mais il devrait y avoir une centaine de morts par année avec tous ceux qui pratiquent le hors-piste! Or, ce n’est pas le cas. C’est donc qu’il y a une meilleure prise de conscience du danger et des services de prévision fiables», relativise Robert Bolognesi. Qui met toutefois en garde en ce début d’hiver: en dehors des pistes, le manteau neigeux manque parfois de cohésion. Alors, gare à la godille en liberté...

© Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Fabian Unternährer, Christian Lindemann (illustration)