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9 mai 2016

Les enfants mangent-ils vraiment si mal?

Trop de viande, trop de sucre et pas assez de fruits et légumes. C’est le constat qui ressort d’une enquête nationale sur le comportement alimentaire des enfants et des adolescents. Malgré les efforts de prévention. Les mauvaises habitudes ont la dent dure...

Deux filles ados de dos en train de manger un hamburger assises dans la rue
Les ados cumulent les comportements néfastes à la santé: ils ne mangent pas équilibré et ne font pas assez de sport... (photo: SLP/Keystone)

Les fruits et les légumes peinent toujours à se faire une place dans l’assiette des jeunes. C’est le constat qui ressort d’une étude réalisée en 2014 auprès de 9894 élèves suisses de 11 à 15 ans, et qui vient d’être publiée par Addiction suisse.

Ainsi, malgré les recommandations ressassées par la Société suisse de nutrition (SSN), à savoir consommer cinq portions de fruits et légumes par jour, les enfants et les ados ne sont que 10% à suivre la consigne. Petite consolation: ils n’étaient que 5% en 2002...

Cela dit, si les jeunes avalent avec une plus belle constance les bonbons que les épinards, l’alimentation n’est pas le seul facteur de la santé. Le mouvement, l’effort, autrement dit le sport, entrent aussi dans l’équation: quand on ingurgite beaucoup de calories, il faut en dépenser autant.

Or, seuls 14% des écoliers sondés consacrent une heure par jour à un exercice physique quel qu’il soit (aller à l’école à pied, jouer au ballon, faire du vélo, etc.). Une proportion à peine plus élevée qu’en 2002 (12%). Résultat: la courbe du surpoids ne cesse de grimper, chez les enfants et même chez les adultes: 18,9% des 15-24 ans seraient en excès pondéral (ils n’étaient que 10,3% en 1992). Et l’OMS fait des prévisions alarmantes: le surpoids pourrait atteindre 62% chez les hommes et 44% chez les femmes en 2030...

Il faudra donc choisir: manger moins calorique ou bouger davantage. Et les heures devant l’écran ne comptent pas: environ 240 000 clics de souris seraient nécessaires pour éliminer une portion de 200 g de bœuf bourguignon!

«Faisons un effort pour leur présenter les fruits de manière attrayante!»

Portrait de  Nathalie Farpour Lambert
Nathalie Farpour Lambert (Photo: François Wavre/lundi13)

médecin pédiatre, responsable du programme Contrepoids aux HUG.

D’après l’étude d’Addiction suisse, un élève sur cinq est en surpoids. Un constat inquiétant?

Cela représente quand même 320 000 enfants en Suisse. Parmi ceux-ci, 4 à 5% sont atteints d’obésité et ont besoin d’un traitement médical. Bien sûr, l’obésité ne tue pas tout de suite, mais elle entraîne le développement des futures maladies chez l’adulte. Depuis les années 1980, le nombre d’enfants et d’adultes obèses a doublé. Ce n’est pas la génétique qui s’est modifiée dans ce laps de temps, mais il y a eu un changement de société. Et un changement de regard: l’enfant enrobé était autrefois un signe de prospérité. Aujourd’hui, il est exclu et parfois harcelé psychologiquement.

Quels sont les risques pour un enfant qui prend de mauvaises habitudes alimentaires?

On sait que l’obésité chez l’enfant entraîne déjà les premières complications: déformation des genoux, par exemple, qui mènent plus tard à l’arthrose. Mais aussi diabète, maladies cardiovasculaires: 30% des enfants en surpoids présentent de l’hypertension et une perturbation des lipides sanguins. Des dépôts de graisse dans le foie qui peuvent finir en greffe hépatique à l’âge adulte...

Seuls 10% des 11-15 ans mangent des fruits et légumes plusieurs fois par jour. C’est grave?

Les légumes devraient faire partie de chaque repas. Trois poignées par jour, ce n’est quand même pas énorme! Ils contiennent des fibres, des vitamines et des substances antioxydantes. Pourquoi ne pas commencer par des crudités au petit-déjeuner comme dans les pays méditerranéens?

Mais pourquoi est-ce si difficile d’appliquer les recommandations de la Société suisse de nutrition?

C’est vrai que, pour une famille, les produits frais coûtent cher... Mais je crois que c’est important d’acheter les produits bruts, à l’état naturel, et de les cuisiner. De penser à faire des assiettes équilibrées autour d’une table conviviale: plus d’un tiers de légumes, un tiers de féculent, un quart de protéines. Et faisons un effort pour présenter les fruits de manière attrayante aux enfants. Pourquoi pas un smoothie, yogourt nature et fruits frais mixés, c’est extra! Il ne faut pas oublier la dimension du plaisir.

30% des enfants boivent des sodas chaque jour. Faut-il introduire une taxe sur les sucres ajoutés?

J’y suis tout à fait favorable. Les sodas sont un des nombreux facteurs qui contribuent à l’épidémie d’obésité. En France, cette taxe a permis de faire baisser leur consommation de 7% et au Mexique de 12%. En parallèle, il faudrait peut-être diminuer le prix des fruits et légumes pour favoriser l’accès aux aliments sains.

N’avez-vous pas l’impression que la prévention ne fonctionne pas?

Le problème de la prévention est qu’elle est insuffisante: 2% du budget de la santé, c’est trop peu! Il faut promouvoir l’activité physique, l’éducation à la santé à l’école, dans les familles et dans la société. Mais c’est dur pour les gens de faire le bon choix: il faut un doctorat en nutrition pour comprendre les étiquettes! Et il y a trop de tentations...

N’est-on pas quand même dans une société hygiéniste, obsédée par le poids et le contenu de l’assiette?

Sans tomber dans le dogmatisme, nous sommes actuellement dans l’excès. Diabète, hypertension, obésité: les maladies chroniques représentent 80% des coûts de la santé, soit 51 milliards par année. Des coûts que nous ne pourrons pas supporter longtemps.

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla