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29 décembre 2014

Les événements marquants de 2014

Politique, culture ou conflits: retour sur les dossiers chauds de l’année, commentés par sept personnalités.

7 mai 2014, Moscou: Didier Burkhalter et Vladimir Poutine à l’issue d’une rencontre sur la crise en Ukraine.
7 mai 2014, Moscou: Didier Burkhalter et Vladimir Poutine à l'issue d’une rencontre sur la crise en Ukraine. (Photo: Keystone)

Crise ukrainienne

La Suisse assure cette année la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Elle a donc un rôle majeur à jouer dans la résolution de la crise ukrainienne.

Didier Burkhalter, conseiller fédéral et président de la Confédération.

«En 2014, force nous a été de constater que la violence armée demeure malheureusement une réalité en Europe également et que la paix ne peut pas être garantie. La crise ukrainienne a dominé la présidence suisse de l’OSCE et mis à forte contribution la Task Force que nous avions créée pour faire face aux défis de cette année présidentielle. Nous aurions aimé qu’ils soient moins dramatiques. Mais je puis affirmer que la Suisse a fait tout son possible, compte tenu de la situation, et que son travail lui a valu beaucoup de reconnaissance dans le monde entier. Nos efforts ont porté leurs fruits: une mission d’observation de l’OSCE a attiré l’attention internationale sur les foyers de la crise et un cessez-le-feu a pu être négocié. L’OSCE en tant qu’organisation a démontré qu’elle a un rôle déterminant à jouer pour maintenir le dialogue et qu’elle dispose d’un arsenal d’instruments qui permettent une mobilisation efficace.»

L’Etat Islamique

Base aérienne de Tabqa en Syrie. Ce cliché publié en août 2014 montre un soldat de l’armée de l’Etat islamique dans un jet du gouvernement tombé entre les mains des djihadistes.
Base aérienne de Tabqa en Syrie. Ce cliché publié en août 2014 montre un soldat de l’armée de l’Etat islamique dans un jet du gouvernement tombé entre les mains des djihadistes. (Photo: Keystone)

L’organisation Etat Islamique (EI) proclame l’instauration d’un califat
sur les territoires irakiens et syriens qu’elle contrôle, marquant le début
d’une vague de massacres et d’attentats.

Xavier Colin, journaliste et présentateur à la RTS de l’émission «Géopolitis»
Xavier Colin, journaliste et présentateur à la RTS de l’émission «Géopolitis» (Photo: RTS/Philippe Christin)

Xavier Colin, journaliste et présentateur à la RTS de l’émission «Géopolitis».

«Certes, le développement actuel de l’Etat Islamique est très inquiétant, d’autant qu’après la Syrie et l’Irak, il pourrait s’étendre au Nigeria, déjà sous l’influence de l’organisation Boko Haram. D’autres pays, notamment en Asie du Sud-Est, pourraient également céder à la tentation de suivre la mouvance. La multiplication de jeunes djihadistes occidentaux est particulièrement alarmante. Il faut dire que l’EI a su profiter de l’émergence des nouvelles technologies dans son processus de recrutement: il est très présent sur les réseaux sociaux, le rendant à mon avis plus dangereux qu’Al Qaïda. Si nous ne sommes pas à l’abri d’attentats en Occident – le risque ne disparaît d’ailleurs jamais vraiment, à encore plus forte raison aujourd’hui – je pense que l’expérience du 11 septembre nous montre qu’à long terme nos démocraties survivront. Elles souffriront peut-être de lourdes pertes, mais le terrorisme ne pourra en aucun cas en venir à bout.»

La Suisse toujours compétitive

La Suisse maintient son deuxième rang au classement de la compétitivité mondiale.

Stéphane Garelli, professeur à l’International Institute for Management Development (IMD).
Stéphane Garelli, professeur à l’International Institute for Management Development (IMD). (Photo François Wavre/Rezo.ch)

Stéphane Garelli, professeur à l’International Institute for Management Development (IMD).

«La Suisse et Usain Bolt ont beaucoup en commun… Les deux sont hautement compétitifs. Bien sûr, Usain Bolt court vite mais cela n’a pas suffi. Il a eu accès à un ensemble de ressources qui lui ont permis de consolider son succès: bon stade d’entraînement, excellent coach, superbes chaussures, maillot aérodynamique, bon régime, etc. Il en est de même pour la Suisse. 2014 a été l’année de tous les succès économiques et notre pays caracole en tête de la plupart des classements: compétitivité, niveau de vie, qualité de l’environnement, éducation, etc.
Comme pour Usain Bolt, notre succès est le résultat d’avoir su gérer un ensemble de ressources et de compétences qui font la différence: internationalisation, diversification, industrialisation, infrastructure, technologie, recherche, PMEs dynamiques, qualité du service, apprentissage, etc. Cela va-t-il durer? Tout dépendra de la dernière compétence qui nous caractérise: le consensus social. Certaines nations font des pas de géant dans toutes les directions, souvent contradictoires, et se retrouvent au point de départ… Grâce au consensus social, nous avançons dans la même direction, tout tranquillement. C’est la seule différence avec Usain Bolt… mais quelle force pour une nation!»

La campagne Love Life

L'une des affiches de la campagne Love Life ayant suscité la polémique.
L'une des affiches de la campagne Love Life ayant suscité la polémique. (Photo Keystone)

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) lance la campagne Love Life contre le VIH. Jugées provocantes par les opposants, les affiches suscitent une vaste polémique.

Pascal Strupler, directeur de l'OFSP.
Pascal Strupler, directeur de l'OFSP.

Pascal Strupler, directeur de l’OFSP.

«Si je devais regretter une seule chose, c’est que l’Office fédéral de la santé publique lance une campagne qui passe inaperçue. Ce serait de l’argent public mal investi et donc inacceptable. Avec Love Life, nous avons réussi à ce que l’on parle à nouveau des risques d’infection par le virus VIH. Nous pouvons ainsi tirer un premier bilan positif. Une enquête auprès de la population a montré que la plupart des gens en Suisse estiment qu’une telle campagne est importante et justifiée. Autre point positif, le nombre des nouvelles infections recule, tout en restant malheureusement à un niveau trop élevé. Le message de l’OFSP est le même depuis trente ans: on peut avoir des relations sexuelles sûres et se protéger du virus VIH grâce au préservatif. Cette recommandation, même si elle ne plaît pas à tout le monde, a fait ses preuves.»

Votation du 9 février

Le peuple suisse accepte, avec 50,34% de oui, l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse.

Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse.
Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse. (Photo: Olivier Evard)

Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse.

«Malgré la votation du 9 février, l’image de la Suisse à l’étranger reste bonne et stable. Cette votation a eu un gros impact dans les médias étrangers, qui ont été parfois très critiques à son égard. Ils ont parlé d’isolement, de relations compliquées avec l’UE, voire d’europhobie. Mais d’un autre côté, cette votation a permis, d’après la presse internationale, de nourrir le débat sur l’immigration. Même lors de votations controversées, la démocratie directe est souvent perçue comme un outil original et efficace.
Côté grand public, la Suisse qui continue de fasciner à l’étranger est celle des montagnes, du chocolat, du chômage zéro… bref, de ces stéréotypes qui sont nos véritables forces. Le thème de l’immigration est certes évoqué, mais il arrive à leur suite. Et puis en matière d’immigration, nous ne sommes pas considérés comme plus restrictifs que d’autres pays. Alors oui, les médias et le public étranger parlent des politiques d’immigration de la Suisse, mais on ne peut pas dire que la votation du 9 février ait sérieusement affecté notre image, ou en tout cas pas de façon durable pour l’instant.»

Le virus Ebola

30 septembre 2014, Liberia. Nowa Paye, 9 ans, est emmenée à l’hôpital après avoir montré des signes d’infection par le virus Ebola.
30 septembre 2014, Liberia. Nowa Paye, 9 ans, est emmenée à l’hôpital après avoir montré des signes d’infection par le virus Ebola. (Photo: Keystone)

En mars, l’Afrique de l’Ouest est frappée par une grave épidémie d’Ebola.
On recense aujourd’hui près de 19 000 cas, dont 7400 mortels.

Bruno Jochum, directeur général de Médecins sans frontières Suisse.
Bruno Jochum, directeur général de Médecins sans frontières Suisse. (Photo: Keystone)

Bruno Jochum, directeur général de Médecins sans frontières Suisse.

«Depuis une vingtaine d’années, MSF a été confronté à de multiples reprises au virus Ebola dans différents pays d’Afrique centrale. Mais contrairement à la situation actuelle, l’extension de la maladie avait à chaque fois été évitée. Cette année, lorsque la sonnette d’alarme a été tirée en mars et que MSF a envoyé ses équipes sur le terrain, il existait déjà plusieurs foyers de la maladie: le premier cas s’était déclaré en décembre 2013 et l’épidémie avait eu le temps de se propager. Elle a rapidement traversé les frontières. L’ampleur de la situation, et le fait que les centres urbains ont rapidement été touchés, ont été les problèmes majeurs auxquels nous avons été confrontés. Par ailleurs, nous avons longtemps été les seuls à mener une action médicale sur place, aux côtés des ministères de la santé des pays concernés n’ayant à disposition que peu de ressources. Dès le mois d’avril, mais encore plus fortement cet été, nous avons lancé un vaste appel à la mobilisation internationale.
L’épidémie demeure très mobile. Si elle a été contrôlée dans certaines régions, nous avons dû ouvrir de nouveaux centres de traitement ailleurs. Les signes sont encourageants au Liberia par exemple, mais l’amélioration est très lente et les scénarios multiples: nous pouvons assister à une retombée significative de l’épidémie, tout comme à la possibilité qu’elle continue à évoluer pendant de nombreux mois. Nous devons rester flexibles et continuer à gagner la confiance de la population locale pour poursuivre notre travail de prévention, d’identification et de soins aux personnes infectées. Par ailleurs, des recherches sont menées pour élabo­rer un vaccin ou un traitement: en cas de réussite, il sera primordial de mettre au plus à vite ces moyens à disposition des peuples de l’Afrique de l’Ouest.»»

Un nouveau musée pour Genève

31 octobre 2014: ouverture du nouveau Musée d’ethnographie à Genève.
31 octobre 2014: ouverture du nouveau Musée d’ethnographie à Genève. (Photo: Keystone)

Inauguration en grande pompe du nouveau Musée d’ethnographie de Genève, que l’on attendait depuis presque vingt ans.

Sami Kanaan, maire de Genève.
Sami Kanaan, maire de Genève. (Photo: Carole Parodi)

Sami Kanaan, maire de Genève.

L’ouverture du nouveau Musée d’ethnographie de Genève, le 31 octobre, a été un événement marquant de l’année culturelle pour Genève, mais aussi pour toute la Suisse romande. Un événement qui a vu pas moins de 13 000 personnes franchir les portes de l’institution lors de son premier week-end.
Cette ouverture est marquante. Pour Genève d’abord, puisqu’elle consacre l’achèvement, après un premier refus populaire, d’un projet exemplaire qui s’inscrit au cœur de son quartier tout en ouvrant la ville sur le monde. Pour la Suisse romande ensuite, participant d’une dynamique plus large pour l’arc lémanique, avec notamment le projet de pôle muséal lausannois ou l’agrandissement-rénovation du Musée d’art et d’histoire de Genève.
Dans une période qui vit des mutations profondes et rapides, je suis convaincu que les musées ont un rôle indispensable à jouer. Ce sont des repères, des lieux citoyens, de débat, d’échange, des lieux ouverts qui éclairent les problématiques contemporaines à la lumière du patrimoine qu’ils conservent.»

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman