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16 septembre 2013

Les exclus du monde digital

Etre incapable de se servir d’un ordinateur ou de trouver une info sur le Net: plus d’un Suisse sur dix serait concerné par l’illectronisme, l’illettrisme numérique.

un homme pensif devant un ordinateur et des points d'interrogations déssinés à la craie sur un tableau noir derrière lui.
Certaines personnes sont incapables de manipuler un ordinateur, une tablette ou un smartphone.

Il y avait l’illettrisme. Bienvenue dans l’ère de l’illectronisme, son pendant numérique. Aujourd’hui encore, nombre de personnes ne savent pas envoyer un e-mail, acheter un billet de train sur internet ou regarder une vidéo sur un smartphone.

Des difficultés qui peuvent se traduire à la fois par l’incapacité à manipuler des outils numériques, ce que les anglo-saxons appellent «computer illiteracy». Mais aussi par l’impossibilité ou la difficulté à «accéder aux contenus de l’information numérique, et à les comprendre», soit une «information illiteracy».

Si le premier aspect concerne plutôt une population âgée, le second peut aussi se rencontrer parmi des jeunes pourtant habiles dans un usage ludique de l’informatique, mais rapidement limités lorsqu’il s’agit de trouver et de traiter un renseignement sur le web.

Pénalisés sur le plan social et professionnel

Selon les chiffres, environ 15% de la population française serait concernée par l’illectronisme pris au sens large: un néologisme qui transpose le concept d’illettrisme dans le domaine de l’information numérique et des nouvelles technologies.

En Suisse, s’il n’existe pas de chiffres, on peut tabler sur des proportions comparables. Voilà donc une nouvelle forme de «e-exclusion», pénalisante sur le plan professionnel comme social (on est banni des réseaux sociaux comme des chats et autres messageries électroniques).

Trois questions à…

Christophe Evans devant un rayonnage avec des livres.
Christophe Evans (photo: LDD)

Christophe Evans, sociologue et chercheur au sein de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou.

L’illectronisme a-t-il forcément un lien avec l’illettrisme?

Oui, mais il va plus loin, puisqu’il concerne aussi des personnes qui ont appris à plus ou moins se servir des nouvelles technologies dans les années 80 et se sont laissés dépasser par les écrans tactiles, le web 2.0, etc.

Diriez-vous que c’est au même titre un facteur d’exclusion sociale?

C’est un frein à la socialisation, et, certainement, une source d’inégalité. Mais il reste plus facilement contournable que l’illettrisme.

Comment réduire le nombre de victimes?

Cela commence indiscutablement par la formation scolaire qui doit prendre encore davantage en compte les outils numériques. Les adultes disposent ensuite de nombreuses possibilités de se former, à travers des cours ou des associations, histoire de ne pas sombrer dans une sorte de phobie numérique.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Getty Images