Archives
9 septembre 2013

Les faiblesses du sexe fort

L’homme utilise davantage que la femme sa sexualité à des fins défensives, notamment pour se rassurer sur sa masculinité. C’est l’hypothèse que soutient dans son dernier ouvrage Claude Crépault, cofondateur du département de sexologie à l’Université du Québec.

un homme montre le journal à sa compagne en train de faire le menage en lui disant que selon l'article, il n est si simple et basique qu'elle le croit.
Quand le sexe fort ne lésine pas sur les moyens pour s'affirmer...

Les rubriques «sexo» des magazines papier glacé et les livres traitant de la sexualité réduisent souvent l’homme à une sorte de phallus sur pattes, d’étalon prêt à saillir tout ce qui bouge. Comme si ses pulsions sexuelles dépendaient uniquement de son taux de testostérone. Comme s’il agissait par instinct. Comme si sa libido était déconnectée de son cerveau…

Cofondateur du département de sexologie à l’Université du Québec à Montréal et président de l’Institut international de sexoanalyse, Claude Crépault s’élève contre cette simplification à outrance du mode de fonctionnement charnel du mâle.

La sexualité humaine, qu’elle soit masculine ou féminine, est essentiellement sous la dépendance du psychisme. La composante biologique, elle, est secondaire!

Dans son dernier ouvrage, La Sexualité masculine (chez Odile Jacob), il va plus loin encore puisqu’il affirme, se basant sur ses quarante années de recherches et d’expérience clinique, que «la sexualité de l’homme est plus complexe ou, à tout le moins, plus énigmatique que celle de la femme».

Au téléphone, ce professeur précise sa pensée:

Si l’homme a en général plus de désir et de fantasmes que la femme, c’est parce que son identité de genre est plus fragile

et qu’il utilise, par conséquent, davantage sa sexualité à des fins défensives pour prouver et confirmer sa virilité, son hétérosexualité.» Et parfois aussi pour surmonter des états émotionnels perturbateurs, tels que la tristesse, la colère, l’anxiété, le sentiment d’abandon ou l’angoisse de mort.

«Les hommes ont ainsi plus de difficulté à supporter de longues périodes d’abstinence que les femmes. Même ceux qui ont fait vœu de chasteté!» Et les asexuels, alors? «Leur absence de désir est sans doute également un mécanisme de défense. Prenez, par exemple, un homme blessé dans sa masculinité, dans son narcisse profond suite à des ratés érectiles, eh bien il pourrait très bien choisir de désinvestir sa sexualité.»

Une sexualité atypique, le symptôme d’une faille majeure?

Talon d’Achille donc du sexe fort, cette vulnérabilité identitaire, dont parle Claude Crépault, constituerait même un terrain propice à une sexualisation atypique (fétichisme, sadomasochisme, exhibitionnisme, pédophilie…). «Souvent, on observe chez les hommes qui ont des conduites sexuelles marginales des failles majeures dans le développement de leur masculinité doublée d’un rapport distordu à la femme, où se mêlent méfiance et hostilité», écrit-il.

Et si Monsieur a une libido plus exacerbée que Madame et qu’il emprunte plus facilement des chemins de traverse, c’est la «faute» justement à son développement psychosexuel qui s’avérerait, selon notre interlocuteur et contrairement à l’hypothèse freudienne, «plus compliqué et délicat chez le garçon que chez la fille». Tout comme seraient «plus grandes les exigences de la masculinité que celles de la féminité».

L’homme doit s’affirmer, prendre des risques, laisser émerger son agressivité phallique, et surtout éviter d’être démasculinisé ou féminisé.

D’où l’importance que le mâle accorde à son pénis, véritable phare dans les tempêtes qu’il traversera au cours de son évolution, de la petite enfance à l’âge adulte.

Auteur: Alain Portner

Photographe: François Maret (illustration)