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23 mars 2017

Les fleurs cachées de Montreux

Au tout début du printemps déjà, les quais sont couverts de fleurettes: des variétés discrètes et méconnues qui récompensent les curieux d’un délicieux parfum.

Le bord du lac Léman à Montreux et ses plantes
Une coulée de verdure surprenante et diversifiée s’épanouit sur les rives de Montreux et ses environs.

Alors que le printemps fait son apparition, il existe un endroit où les fleurs explosent en bouquets parfumés: Montreux et son long du lac, où la douceur du climat favorise la croissance de variétés exotiques parfois méconnues et souvent très rares.

De Montreux à Territet, les quais représentent cinq kilomètres de végétation ininterrompue. Soit 330 000 plantes cultivées et changées chaque année ainsi que d’innombrables arbres, arbustes et buissons entretenus avec soin en toute saison.

La spécialité de Montreux est d’être extrêmement diversifiée en matière de fleurs et plantes,

Portrait de Bertrand Nanchen au bord du lac
Bertrand Nanchen, chef jardinier de Montreux

explique le chef jardinier Bertrand Nanchen. Toutes les plantes des massifs floraux sur les quais sont produites par nos services. On suit l’exemple des Quatre Saisons de Vivaldi en proposant à chaque fois une thématique différente: au printemps, on favorise les plantes bisannuelles comme les pensées, les myosotis, mais aussi les vivaces comme les pavots multicolores. Dès la mi-mai se déploie la palette impressionnante des plantes annuelles. En automne, on favorise les chrysanthèmes multicolores et en hiver, les sculptures végétales.»

Le casse-tête de la météo

La région, protégée des vents du nord par les sommets environnants et bénéficiant des courants doux venus du Valais, permet une très large palette de plantations. Néanmoins, les changements climatiques se font sentir là aussi, et la planification est devenue un vrai casse-tête pour Bertrand Nanchen et son équipe. «L’an passé, il a beaucoup plu au printemps et en juillet, explique ce dernier.

L’automne a été aride, et il n’y a pas eu une goutte d’eau en hiver. Nous devons tenir compte de ces changements.»

Un jardinier en train de travailler en bordure du Lac Léman à Montreux.
Dans la bonne humeur générale, le bord du lac est choyé pour accueillir dignement le printemps naissant.

Les années précédentes, les jardiniers avaient déjà planté certains massifs début mars. Cette fois-ci, ils n’ont pas encore osé. «Les serres sont pleines, et on doit les vider pour préparer les plantations d’été. Mais on ne peut pas prendre le risque de planter 65 000 plantes et qu’elles meurent. Alors on regarde la météo, on suit son intuition, et on se lance! Mais je suis de plus en plus prudent… Notre métier est encore lié à la nature, on doit travailler avec, on n’a pas le choix.»

Le problème est que l’attente du public est à la hauteur de la beauté des quais. Les jardiniers ne peuvent pas offrir un spectacle désolé aux touristes en mal de floraisons printanières: «S’il y a une gelée, les plantes auront besoin de dix à quinze jours pour reprendre. Or, il suffit parfois d’attendre trois jours de plus pour les planter et qu’elles soient vraiment belles!»

Des variétés si discrètes

Iris unguicularis
Iris unguicularis

Néanmoins, de très nombreuses fleurs attendent déjà d’être admirées par les flâneurs avertis. Des variétés souvent méconnues, généralement pastel et souvent délicieusement parfumées. Nous commençons notre balade devant la salle omnisport du Pierrier à Clarens, afin de parcourir les quais d’ouest en est – c’est-à-dire de Clarens à Montreux, voire Territet si vous en avez le temps et l’envie.

Le long du bâtiment, une guirlande de jasmin (Jasminum nudiflorum) commence à peine à fleurir, «mais c’est un jasmin commun, on en verra de bien plus rares après!» On passe devant l’unique plage de sable de la région, admirant l’immense saule à notre droite ainsi que l’allée de pins parasols qui nous ouvre la route:

J’avais envie d’exprimer l’âme méridionale du lieu,

explique le chef jardinier. Nous en avons aussi planté le long de la rue principale, pour que l’on puisse bénéficier de cette impression dès l’arrivée à Montreux.»

On s’arrête devant le banc Jean-Jacques Rousseau. Juste à gauche, au-dessus de nos têtes, un magnifique bergénia (Bergenia cordifolia) déploie ses fleurs roses. Suivent un citronnier et des jonquilles, puis un jasmin, cette fois-ci très rare: le Jasminum primulinum.

On rejoint ensuite la place de jeux de Verte-Rive, le temps d’admirer un majestueux cèdre de l’Atlas, un magnolia et un très bel araucaria, ou «désespoir des singes», du Chili.

Helleborus x niger
Helleborus x niger

Revenus le long des quais, on découvre à gauche, juste avant le sentier Byron, un Garrya elliptica: ses étonnantes fleurs rose pâle, aux cônes enchâssés les uns dans les autres, tombent en cascade le long des branches. A côté, de minuscules fougères Asplenium trichomanes vert vif s’étendent en dentelles sur le mur roux. Les forsythias ne sont pas encore tout à fait en fleurs, mais des iris d’Algérie, bien cachés derrière l’arrêt du bus de la rue du Port, déploient leurs délicats pétales mauves.

Juste après, un Callistemon citrinus: ses magnifiques fleurs rouges ne s’ouvriront qu’en été, mais il présente d’étonnantes grappes de grains, d’où son surnom de «brosse à bouteille». «Quand on ouvre l’un de ces grains, il s’échappe des milliers de graines minuscules.» Sur notre droite, des hellébores. Saviez-vous qu’ils fleurissent blancs, avant de passer peu à peu au rose, puis au pourpre?

Le plein de couleurs et de parfums

Rosmarinus prostratus
Rosmarinus prostratus

Au début du quai de Vernex, sous le magnolia à gauche, un Edge­worthia chrysantha nous offre ses étonnantes fleurs parfumées jaunes, en trompettes: «Cette espèce est de la famille du bois-­gentil, il est si souple qu’on peut le plier facilement», explique Bertrand Nanchen. Sur la droite, juste après le ponton, un Pieris formosa orné de jolies fleurs en forme de clochettes translucides exhale lui aussi un parfum suave. Suivent un camélia rose vif, un daphné aux fleurs en étoile et, en face, un Rosmarinus prostratus bleu-violet.

D’arbre en fleur, de buisson en plantations, chacun peut chercher à son rythme, tous sens en éveil, les différentes espèces rares. De nombreuses surprises nous attendent encore: à gauche du ponton du Royal Plaza un arbousier ou «arbre aux fraises» (Arbutus menziesii), très rare, arbore sa surprenante écorce rousse et veloutée.

Sur la droite du parking du Miles Davis Hall, un hamamélis tend ses délicates fleurs bordeaux couronnées de fines lamelles jaunes. En continuant le long des quais, face au Jardin d’Eden, on découvre aussi un Osmanthus aux minuscules fleurs blanches divinement parfumées, un Viburnum rose et un chimonanthe précoce aux odorantes fleurs jaune pâle.

Pour bénéficier pleinement des charmes de la promenade, il est conseillé de s’approcher de chaque plante, afin de mieux observer – et humer! – les petites fleurs peu visibles. Les passants vous jettent des regards surpris? Le bonheur de dénicher des trésors floraux et de découvrir les quais différemment vous les fera vite oublier! 

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Christophe Chammartin