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14 septembre 2015

Les grands espaces de l’Ouest africain

La Namibie est une destination de rêve pour ceux qui ont soif de nature et de paysages grandioses. L'offre touristique croît d’année en année dans le jeune pays, qui a acquis son indépendance il y a tout juste vingt-cinq ans.

La Namibie photo
Entre le désert et les eaux tumultueuses de l’Atlantique.

Windhoek, capitale de la Namibie, 4 h 30 du matin. Ou comme l’impression d’avoir atterri au bout du monde. Il fait encore nuit noire et un vent glacial souffle sur le tarmac. Car lorsque c’est l’été en Suisse, on est en hiver ici. Et même en Afrique, le mercure a l’habitude descendre en dessous de 0 degré la nuit. La température devrait pourtant vite remonter: un soleil écarlate et ovale pointe déjà à l’horizon. Premier paysage de carte postale, d’une très longue série.

Notre guide Michaël nous attend à l’aéroport pour nous emmener à bord de son minibus jusqu’à notre première étape. Dans cet immense pays (1,5 fois la surface de la France), les longs trajets sont monnaie courante. Le réseau routier s’étale sur quelque 63 000 km. Dont un quart seulement est asphalté. Les trois autres quarts sont des pistes de gravier, la plupart très bien entretenues. «Entraînez vos yeux à repérer des animaux, nous suggère le Belge qui a grandi au Congo. Il n’est pas rare qu’ils s’approchent de très près des routes.»

Une grande offre d’hôtels s’est développée dans le pays. Ici, Le Mirage. photo
Une grande offre d’hôtels s’est développée dans le pays. Ici, Le Mirage.

Quelques minutes plus tard, un phacochère traverse déjà devant notre véhicule. Un peu plus tard, nos regards se tournent vers un springbok qui pâture paisiblement dans les broussailles. Celui qu’on appelle aussi gazelles à poche dorsale est l’animal symbole de la Namibie. Il orne d’ailleurs ses billets de 10 dollars.


Après quelques heures de voyage, se dresse devant nous le portail de la réserve privée d’Erindi. Une terre d’environ 80 000 hectares – soit presque la taille du canton du Jura! – où vivent quelque 10 000 animaux. A la réception du lodge, situé au cœur de la réserve, chaque visiteur est prié de signer un formulaire, qui stipule, plus ou moins en ces termes: «A mes risques et périls si je franchis les clôtures qui séparent l’hôtel de la réserve!» Apparemment, des animaux un peu plus voraces ont établi domicile non loin d’ici…

Des animaux et des émotions

La confirmation ne tardera pas lors du premier safari en 4X4 organisé un peu plus tard dans l’après-midi. En plus du ranger qui prend place derrière le volant, un bushman – ethnie la plus ancienne d’Afrique australe – grimpe également à bord du véhicule. «On a fait appel à lui parce qu’il est très doué pour pister les animaux», nous renseigne Michaël. Ses yeux d’expert sont en effet rapidement alertés par des brindilles très légèrement abîmées le long du chemin. La piste nous mène jusqu’à trois grandes lionnes, qui prennent paisiblement un bain de soleil. A leurs côtés, ce sont huit lionceaux qui se chamaillent tendrement, sans prendre garde à notre présence à moins de 20 mètres de là.

Le bushman du safari, maître dans l’art de pister les animaux. Photo.
Le bushman du safari, maître dans l’art de pister les animaux.

La liste des animaux qu’il a été possible d’observer en ce seul après-midi est bien fournie: zèbres, chacals, oryx, crocodiles, babouins, impalas, hyènes, ou encore lycaons, une espèce de chiens sauvages qui se déplacent en d’effrayantes meutes. Mais également des oiseaux, par exemple ces vautours oricou «sans plumes sur la tête et le cou, pour pouvoir mieux pénétrer avec leur bec à l’intérieur des carcasses». Et cette outarde de kori, l’oiseau volant le plus lourd du monde (jusqu’à 20 kg!). Sur le chemin du retour, le soleil déjà couché, une dernière surprise se dissimule entre les buissons qui bordent la route: un gigantesque rhinocéros noir. Apeuré par les puissants phares du 4X4, la bête déjà s’enfonce dans la savane. Tant d’émotions en une seule journée!

Des girafes photo Getty Images.
Les girafes rencontrées lors du safari se sont montrées curieuses de la présence des humains. Photo: Getty Images.

Le deuxième safari, le lendemain aux aurores, ne se montrera pas moins spectaculaire. Il y a d’abord ce troupeau d’éléphantes, tapi parmi les bosquets. «Si le mâle était présent, nous n’aurions pas pu les approcher d’aussi près, explique le guide. Avec ses 6 tonnes et sa vitesse de pointe approchant les 50 km/h, il pourrait charger notre véhicule!» Autre point fort de cette matinée: cette tête de girafe qui soudain émerge d’entre les arbres. Et bientôt rejointe par une trentaine d’autres, toutes aussi curieuses de notre présence en pleine savane.

Entre mer et désert

La barre est déjà placée très haut. Pourtant, la suite du voyage réservera encore son lot de surprises. A l’exemple de la ville de Swakopmund, cernée entre l’aridité du désert et les eaux tumultueuses de l’Atlantique. Avec son architecture de style germanique – témoin de la période coloniale allemande de 1884 à 1920 – et ses grandes allées bordées de palmiers et de villas somptueuses… On ne sait plus vraiment sur quel continent on a mis le pied.

L'Atlantique photo.
L'Atlantique.

Si la station balnéaire est un passage obligé, ce n’est pas pour se baigner dans l’océan dont la température atteint difficilement les 20 degrés. Mais plutôt pour y observer sa riche faune marine. Notamment depuis la ville voisine de Walvis Bay, unique port namibien en eaux profondes, d’où l’on peut s’échapper pour des excursions en bateau.

Stars de la faune aquatique

Les vedettes ici ce sont d’abord les otaries. Environ 40 000 individus bordent le port. Quelques-uns, attirés par les poissons que leur tend l’équipage du navire, grimpent à bord. Sur le toit, ce sont des pélicans qui ont établi domicile. Lorsque l’embarcation a pris assez de vitesse, des dauphins nous rejoignent également, profitant des courants dans l’eau que provoque son passage. «Avec de la chance, on peut aussi y observer des baleines à bosse en période de reproduction», précise Michaël.

De retour sur la terre ferme, un 4x4 nous attend pour nous emmener jusqu’à l’intérieur du fameux parc national du Namib-Naukluft. En quelques minutes de route seulement, le paysage se métamorphose. Du sable plat aux abords de la localité, les dunes se font toujours plus hautes au fur et à mesure de notre périple. Pour culminer finalement jusqu’à 300 mètres! Une pause photos s’impose au sommet de l’une de ces montagnes de sable fin. Un paysage d’une pureté sans pareille se déploie sous nos yeux: d’un côté le désert du Namib, de l’autre l’océan Atlantique.

Même au sein du même désert, la nature namibienne sait se montrer multiple. Le site de Sossusvlei contraste des autres portions de la réserve par son sable rouge, originaire d’Afrique du sud et transporté par le vent puis par le mer pour former ici de gigantesque dunes parfaitement régulières, telles des pyramides.

Si elles sont aussi majestueuses, c’est que le vent ici souffle en toutes directions.

Leur base est donc en forme d’étoile, ce qui leur permet de culminer aussi haut.»

S’il est un lieu à visiter dans la région, c’est le Dead Vlei (en français «marais mort»), lac asséché dont la blancheur contraste avec les dunes rouges alentour. Seuls quelques arbres desséchés se détachent dans ce décor somptueux.

«Ils sont morts depuis plus de huit cents ans, indique le guide. Si leur bois n’a pas pourri, c’est qu’il ne pleut jamais sur ce site.»

Sur le long chemin de retour jusqu’à l’aéroport de Windhoek, les paysages dignes du grand Ouest américain se déroulent lentement sous nos yeux. Reviennent alors en tête tous les instants les plus exceptionnels de ce trop court voyage. Michaël nous avait avertis: «Les visiteurs de la Namibie repartent du pays avec l’impression d’y avoir séjourné plusieurs mois, même si en réalité ils n’y sont restés que quelques jours. Parce que, tous les jours, ils en ont pris plein les yeux!» On ne peut que confirmer.

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Alexandre Willemin