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12 décembre 2011

Les heures bleues du Père Noël

Chaque année, des centaines de milliers d’enfants viennent à Rovaniemi en Laponie rencontrer le vrai bonhomme à barbe blanche. «Migros Magazine» les a suivis. Reportage par moins dix degrés.

Le village du Père Noël vu de nuit
Pas moins de 400 000 touristes se rendent chaque année dans le village du Père Noël situé sur le cercle polaire arctique. (Photo: Santa Claus Village)

Le Petit Prince prenait sa chaise et s’installait sur sa planète pour admirer quarante-trois couchers de soleil. Le Père Noël, lui, a le bonheur de voir un lever de soleil qui dure quatre heures. Magique!

En Laponie, on appelle cela les «heu­res bleues», celles où le soleil semble hésiter à venir, colorant le paysage enneigé de violet et de jaune. Mais le vieil homme à la barbe blanche n’a pas souvent le temps de contempler le ciel, car dès 10 heures les familles – et les couples sans enfants! – débarquent dans le Santa Claus Village, encore plongé dans un bleu indéfini.

Le village, entièrement consacré à la thématique de Noël, accueille quelque 400 000 touristes chaque année (entre 5000 et 6000 Suisses), dont un tiers en décembre. En janvier, ce sont les touristes orthodoxes qui débarquent, eux fêtent Noël le 7 janvier. A 8 kilomètres de la ville de Rovaniemi, porte d’entrée de la Laponie finlandaise, le village est situé pile sur la ligne qui définit le cercle polaire.

Et soudain au bout du couloir après une longue attente

Sa situation au milieu de nulle part ne doit rien au hasard: en 1950, Eleanor Roosevelt, veuve du président américain, désirait franchir le cercle polaire. Les autorités lui ont alors construit une cabane, encore visible aujourd’hui. Le reste du hameau a suivi très rapidement. Nous franchissons un couloir sombre, fait de glace et de bruits inquiétants, pour atteindre le salon du Père Noël. Quelques marches et l’on rejoint la file d’attente. C’est une journée calme, il n’y a «que» quarante-cinq minutes d’attente. Au-dessus de nos têtes une immense horloge symbolise le temps qui s’arrête au soir du 24 décembre, afin que tous les cadeaux puissent être distribués ce soir-là.

Notre rédactrice Mélanie Haab en compagnie du Père Noël. (Photo: Santa Claus Village)
Clou de la visite: la photo souvenir avec le vieil homme à barbe blanche (ici.: notre rédactrice Mélanie Haab. Photo: Santa Claus Village)

Les enfants trépignent, grimpent sur les barrières, chantent, crient, pleurent parfois. Mais ils sont bien vite repris par leurs parents: si tu n’es pas sage, pas de bonhomme à barbe blanche. Notre tour arrive, et l’on se surprend presque à être intimidé. Le vieil homme sourit et raconte qu’il parle «entre dix et quinze langues. C’est ta première fois en Laponie? Tu viens d’où? Ah de la Suisse francophonique!» C’est presque ça Père Noël. Mais déjà, il faut poser pour la photo et laisser la place au suivant.

Gianfranco Tirelli, Roberta Gambarelli et leurs deux enfants, Lorenzo et Leonardo sont venus de Milan.
Gianfranco Tirelli, Roberta Gambarelli et leurs deux enfants, Lorenzo et Leonardo (5 et 2 ans) sont venus de Milan. Un voyage coûteux pour la famille.

Dehors, un lutin nous attend. Une photo coûte entre 25 et 49 euros – il est interdit de prendre soi-même des photos à l’intérieur. Si la visite est gratuite, car «il serait indécent de faire payer les gens pour rencontrer l’homme», l’entreprise se rattrape sur les extras. Les enfants ont les yeux qui brillent, les parents les dents qui grincent. «Nous sommes venus de Milan, c’est un long voyage pour les petits, glisse Roberta Gambarelli. Ça nous a coûté 3600 euros. Avec l’achat de la photo, des souvenirs et les repas, on arrivera à 4000. On profite, car avec la crise en Italie, on ne refera peut-être plus de voyage avant longtemps.»

Ses enfants, Leonardo et Lorenzo, 2 et 5 ans, ont les yeux qui brillent: «Abbiamo visto Babbo Natale! Je lui ai demandé des Legos! Plein de Legos!» crie Lorenzo. Leonardo voulait des Barbapapa. «Il n’a pas voulu lui donner sa lolette en échange, il est encore trop petit», sourit Roberta Gamberelli.

Le lutin leur demande: «Tu seras de retour chez toi le 24 décembre?» Euh oui, pourquoi? «Comme ça le Père Noël ne te loupera pas!» Logique.

Des cartes postales avec le cachet du Père Noël

Dehors, Anastasia Petrova et Vladimir Ktasilnirov hésitent à entrer. Ils sont venus de Murmansk, ville russe proche du cap Nord, et ont loué un cottage à quelques kilomètres de là. «Nous venons régulièrement en vacances en Finlande, mais c’est la première fois ici. On voudrait surtout écrire des cartes postales avec le cachet du Père Noël», rient-ils. Un musée sur le Réveillon à travers les âges et les pays donne de la consistance à l’ensemble. Saviez-vous que le sapin de Noël provient de France, et que le vieux bonhomme, en Finlande, était originellement habillé en brun?

Jeune fille en costume taditionnel.
Jeune fille en costume taditionnel.

Près du village, d’autres possibilités s’offrent au visiteur: un parc de huskies, que l’on peut approcher mais pas photographier. Plus loin, des attelages de rennes attendent les touristes, pour un tour de cinq minutes: 15 euros. Le chiffre d’affaires du village avoisine les quinze millions...

A deux kilomètres du village se trouve le Santa Park. Un parc d’attractions sur le thème de Noël. C’est là qu’arrivent chaque année près de 600 000 lettres adressées au Père Noël. Les lutins trient tout ce courrier par pays. Il ne manquerait que quelques Etats pour que tous soient représentés. Le temps ne suffira pas pour répondre à toutes les missives, il vaut donc mieux être original, joindre un dessin ou écrire un «S’il te plaît».

Peter et Satu Klemola sont venus du sud du pays avec leurs trois enfants.
Peter et Satu Klemola sont venus du sud du pays avec leurs trois enfants Aino, Onni et Otto, 7, 5 et 3 ans.

Situé dans une grotte, le parc propose un voyage à travers l’atelier de fabrication des jouets. L’on peut aussi fabriquer son propre bricolage de Noël ou décorer un pain d’épice. Ou encore aller à l’école des elfes.

La famille Klemola a fait le voyage depuis le sud de la Finlande, Hyvinkää, à quelques kilomètres de la capitale Helsinki, avec leurs trois enfants, qui avaient préparé une liste impressionnante de cadeaux: «Un ordinateur, du maquillage, un karaoké, des petits animaux en peluche...», énumère Aino, 7 ans, que sa mère interrompt en riant. Ses frères Onni et Otto (5 et 3 ans) sont plus modestes: des camions et des trax pour jouer et de la musique.

S’il fait froid en Laponie? Cela dépend. Habillé avec des vêtements de ski et des sous-vêtements thermiques, le froid est supportable. Mais le temps peut tourner très vite. Dès que le soleil disparaît (vers 13 h 30 début décembre), le brouillard tombe et la température baisse. Prévoyez un thermos. Et faites comme les Finlandais, offrez-vous une séance de sauna en fin de journée.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Mélanie Haab